"Tout le monde n'est pas en mesure d'électrifier", prévient Vaillant Group

Par   Corentin PATRIGEON

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Publié le 10 juin 2026
© Vaillant
Le fabricant tricolore estime avoir toutes les cartes en main pour relever le défi de la massification des pompes à chaleur.
STRATÉGIE. Le fabricant tricolore estime avoir toutes les cartes en main pour relever le défi de la massification des pompes à chaleur... mais refuse de fermer la porte aux solutions alternatives. Son directeur commercial, Diego Lepoutre, livre son analyse du marché et des enjeux de la filière à XPair.

XPair : Quel bilan le Groupe Vaillant a-t-il dressé de l'année 2025 et comment s'est portée votre activité au 1er semestre 2026, notamment suite à l'annonce du plan gouvernemental d'électrification du bâtiment qui consacre la pompe à chaleur comme solution de décarbonation ?

Diego Lepoutre : L'exercice 2025, par rapport aux 18 mois qui l'ont précédé, n'a pas été si mauvais que cela ! Le marché de la chaudière a été légèrement à la hausse ; celui de la pompe à chaleur, légèrement à la baisse, donc le bilan de l'année a été plutôt correct et a permis à des acteurs comme Saunier Duval ou Vaillant de stabiliser leur production malgré les soubresauts politiques et économiques. En revanche, les nombreux allers-retours sur les dispositifs d'aide à la rénovation énergétique n'ont pas aidé au développement du marché.

Depuis le début de l'année 2026, les chaudières souffrent beaucoup, surtout depuis le début de la guerre en Iran qui a amené les pouvoirs publics à donner cette impulsion sur la décarbonation, la sortie des combustibles fossiles et l'électrification. Cette tendance a instillé le doute chez de nombreux acteurs de la filière. Si l'on entrevoit un intérêt du consommateur pour la PAC, le marché n'est toutefois pas encore à la hausse, et de là à ce que les annonces se convertissent en devis puis en commandes – sachant que l'on parle quand même d'installations se chiffrant autour de 10.000 € –, il faut trouver des moyens de financement.

"Ce n'est pas la chaudière à gaz le problème, c'est le gaz fossile. La chaudière peut brûler avec la même efficacité du biogaz."

Globalement, il peut s'écouler 2 à 4 mois entre l'intention initiale formulée par le client et sa décision finale. Nous espérons tous que le marché va reprendre en 2026 et des faisceaux d'indices vont dans ce sens, mais ils ne se transforment pas encore dans l'activité des installateurs. J'en profite pour rappeler que notre groupe a déjà réalisé beaucoup d'investissements dans son outil de production de PAC, ce qui nous positionne comme un acteur majeur du fabriqué français.

Quelle est votre position sur la fin annoncée du gaz, et donc de facto de l'hybridation, dans la construction neuve à compter de 2030 ?

Le Groupe Vaillant est à la fois sur l'électrification et l'hybridation. Nous sommes convaincus que le nucléaire et les énergies renouvelables sont l'un des axes majeurs de la décarbonation, et nous sommes donc favorables à cette impulsion gouvernementale qui va dans le bon sens selon nous. Mais nous savons aussi que l'électricité ne peut arriver en un jour, que tout le monde n'est pas en mesure d'électrifier, techniquement comme financièrement, et qu'il y a des millions de logements chauffés au gaz qui ne disposent pas de solutions d'électrification.

C'est pourquoi il faut accompagner ces ménages dans la décarbonation de leur consommation d'énergie, et que nous prônons par conséquent la non concurrence entre technologies. Ce n'est pas la chaudière à gaz le problème, c'est le gaz fossile. La chaudière peut brûler avec la même efficacité du biogaz. La chaudière au biogaz peut parfois s'avérer être la meilleure configuration, là où la PAC peut être moins facile et plus coûteuse à installer. Il n'y a pas de tabou, mais le tout doit se faire avec des solutions au moins européennes, et si possible françaises.

Justement, comment vous positionnez-vous par rapport à la mise en place de l'agrément PAC pour les bonifications CEE "made in Europe" ?

L'ensemble de nos produits, existants et futurs, seront tous agréés par l'Ademe (Agence de la transition écologique) puisqu'ils seront tous fabriqués dans nos usines européennes. Après le rachat d'Atlantic par Paloma Rheem, Vaillant Group est l'un des rares acteurs majeurs du confort thermique résidentiel qui demeure 100 % européen. Nous souhaiterions que l'ensemble de la PAC soit fabriqué en Europe, et pas seulement le circuit frigorigène. Une première étape a en tout cas été franchie mais il faut aller encore plus loin pour que ce marché reste européen.

Appelez-vous vous aussi à sanctuariser les aides à la rénovation ?

Il nous faut des dispositifs stables et des règles du jeu communes. Je pense qu'il ne faut pas avoir une industrie 100 % subventionnée car le jour où il n'y a plus de subventions, la filière est déstabilisée. Le caractère raisonnable doit être défini par les pouvoirs publics en fonction des enjeux du moment et de l'état des finances publiques. Le secteur doit quoi qu'il en soit bouger, former ses installateurs et mainteneurs, pérenniser ses équipements, assurer la disponibilité des pièces de rechange, imposer des obligations d'entretien.

"L'IA viendra dans un second temps. Faisons d'abord en sorte que les installateurs soient formés, que la filière soit robuste, que chaque acteur comprenne son rôle."

Si on ne veut pas que la décarbonation soit un feu de paille, il faut penser à des dispositifs qui rendent la filière robuste. Des acteurs, gros comme petits, ont envie de faire du bon travail mais ont pour cela besoin d'être bien accompagnés. Et il faut avant toute chose penser sobriété énergétique. Donc avant d'électrifier, il faut déjà réduire la consommation, isoler, puis installer un équipement moderne et optimisé. Il faut procéder étape par étape et au cas par cas car chaque logement est différent.

Jugez-vous utile de remettre à plat la fixation des prix des pompes à chaleur ?

C'est un sujet délicat. Il peut y avoir un écart de prix très important entre une PAC bas de gamme et un modèle haut de gamme. Il faut donc comparer ce qui est comparable, en termes de caractéristiques techniques, de puissance, de longévité… Si on veut optimiser le prix, il faut également que l'installateur soit bien formé et bien accompagné par l'industriel. Il y a en fait tout un travail d'éducation de la filière à mener afin d'éviter les opportunistes.

Qu'est-ce qui est mieux pour le consommateur : payer moins mais avoir une installation mal dimensionnée ou l'inverse ? C'est aux professionnels de parler de prix, en prenant le temps de se pencher sur le sujet et en sachant de quoi ils parlent. Pour que chaque acteur s'y retrouve, on devrait avoir une homogénéité de prix plus importante. Il faut donc travailler tous ensemble pour arriver à une convergence de bonnes pratiques.

Certains déploient déjà des fonctionnalités d'intelligence artificielle dans leurs gammes. Allez-vous faire de même ?

On ne coupera pas à l'IA, mais elle ne se basera que sur les informations qu'on lui fournira. Vaillant et Saunier Duval essaient d'abord d'améliorer leurs machines, avec dans un premier temps davantage de connectivité pour optimiser le fonctionnement de l'installation. L'IA viendra dans un second temps. Faisons d'abord en sorte que les installateurs soient formés, que la filière soit robuste, que chaque acteur comprenne son rôle.

L'IA aura des bons résultats à court terme mais les professionnels doivent d'abord comprendre comment marche une boucle à eau chaude, une PAC… Vaillant Group croit beaucoup à la maintenance à distance, surtout pour la pompe à chaleur, qui est très dépendante de l'installation, de la zone géographique, de l'utilisation… Chaque cas est particulier. Occupons-nous d'abord de la formation de l'humain, et ensuite viendra l'automatisation de la machine.

Sur ce point, allez-vous participer aux travaux du CEPAC (Centre d'expertise de la pompe à chaleur) ?

Nous sommes partie prenante du CEPAC, au sein duquel je suis convaincu que tous les contributeurs, dont les fabricants mais pas que, feront avancer un certain nombre de sujets plus rapidement et de façon plus structurelle. C'est un bel outil qu'il faut apprendre à utiliser et à déployer. La PAC est un élément délicat à maîtriser dans son environnement, qui jusqu'à présent se résume essentiellement à la maison individuelle. Or beaucoup d'applications doivent encore être approfondies.


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