Pompes à chaleur : au-delà des aides, Panasonic juge qu'il y a "un vrai travail à faire sur les prix"
XPair : Comment s'est déroulé le 1er trimestre 2026 pour l'activité de Panasonic Heating & Cooling Solutions en France ?
Thierry Ronat : L'année fiscale japonaise étant en décalé, le 1er trimestre 2026 fait en réalité toujours partie de l'exercice 2025. L'activité France de Panasonic Heating & Cooling Solutions se base maintenant sur trois grands piliers bien identifiés : la pompe à chaleur air/eau, la climatisation résidentielle et la climatisation tertiaire, qui se décompose en deux sous-catégories que sont la détente directe et l'eau glacée.
Ces trois piliers contribuent chacun à hauteur de 30 % à notre chiffre d'affaires, ce qui est une excellente nouvelle puisqu'on s'était fixé comme objectif de renforcer nos parts de marché aussi bien en résidentiel qu'en tertiaire.
Pouvez-vous détailler l'évolution de ces différents marchés ?
T. R. :
Nous avons d'excellents retours sur la technologie, notamment pour des réalisations dans l'hôtellerie. Aujourd'hui, notre problématique n'est pas de vendre nos produits mais de les installer et de les accompagner techniquement, car il y a une grosse demande sur la Pac collective en lien avec le dispositif des CEE (Certificat d'économies d'énergie).
"L'activité décolle, s'arrête, redécolle, s'arrête de nouveau... on vit au gré des annonces gouvernementales. Ce qui nous manque et ce qui nous frustre, c'est bien le décalage entre les annonces et les décisions."
En climatisation résidentielle, 2025 s'est faite en deux temps : avant la canicule de juin et après. Nous sommes toujours dans une tendance extrêmement favorable, avec une croissance forte et un renouvellement de la gamme qui va accueillir des machines au R32 et plus faciles à installer. Depuis janvier 2026, nous enregistrons un record en termes de chiffres d'affaires sur le résidentiel.
La réglementation française comme européenne pousse à la relocalisation industrielle en Europe ; Panasonic avait déjà pris les devants en modernisant son site tchèque de Pilsen...
T. R. : Le "made in Europe" est une vraie préoccupation et Panasonic a en effet déjà pris cette direction : la relocalisation a énormément de sens car elle nous permet de développer les produits dont nous avons exactement besoin pour nos marchés, de sécuriser l'approvisionnement et d'être extrêmement réactifs sur la disponibilité et la fourniture, mais aussi sur la personnalisation des produits.
"On est aujourd'hui capable d'adapter les machines en fonction des besoins de nos clients grâce à notre base industrielle européenne."
Nous pouvons compter sur quatre usines européennes : celle de Tchéquie, dédiée aux Pac air/eau fonctionnant au R32 ; celle d'Italie qui fabrique des chillers ; celle de France qui produit des plus petits chillers et des ventiloconvecteurs ; et celle de Pologne consacrée à la réfrigération. Auparavant, on fabriquait des machines dans des pays lointains ; aujourd'hui, on est capable d'adapter les machines en fonction des besoins de nos clients grâce à cette base industrielle locale.
Dans le même registre, vous accueillez sans doute favorablement l'agrément Pac qui sera mis en place d'ici cet été par Bercy ?
T. R. : Panasonic est déjà prêt puisque la quasi-totalité de nos gammes auront les critères nécessaires pour décrocher l'agrément Pac. Cette mesure va dans le bon sens mais je nuancerai le propos en soulignant qu'il y a également des compétences intéressantes et des belles productions qui sortent de nos usines asiatiques.
C'est pourquoi il ne faut pas non plus couper les échanges technologiques entre l'Asie et l'Europe, d'autant que les machines actuellement fabriquées en Europe nous viennent précisément de notre ancrage japonais.
Dans le domaine de la rénovation, partagez-vous la proposition de la Fédération française du bâtiment (FFB) de mettre sur pied des plans quinquennaux afin de garantir de la stabilité aux professionnels ?
T. R. : Oui, il nous faut de la stabilité car cela nous permet de construire de l'activité dans la durée. Nos clients installateurs ont du mal à suivre et ne sont pas à l'aise pour aller proposer et déployer les dispositifs existants auprès des utilisateurs finaux. Cela dit, on ne peut pas uniquement compter sur les dispositifs d'aide et les subventions pour développer notre marché ; toute la filière, y compris les industriels comme nous, a un vrai travail à faire sur les prix.
"Vu les prix de production d'une Pac aujourd'hui, on a toujours du mal à comprendre pourquoi elle est vendu 4 à 6 fois plus cher au client final..."
C'est un combat que je mène avec mes équipes, mes clients et mes distributeurs : vu les prix de production d'une Pac aujourd'hui, on a toujours du mal à comprendre pourquoi elle est vendu 4 à 6 fois plus cher au client final... Il faut rendre les technologies d'aujourd'hui accessibles, faciles à poser et fiables. Or les aides peuvent occulter ce message en occultant le coût réel des technologies. Il faudrait revenir à des choses plus digestes pour le client final. Pour reconstruire nos prix, il y a donc de l'explicatif à faire auprès des installateurs.
La guerre en Iran a-t-elle des répercussions sur votre activité ?
T. R. : Le conflit au Moyen-Orient n'a pour l'instant pas d'impact sur les ventes de Panasonic car les machines fabriquées en Asie voyagent par bateau à distance de la zone du conflit. S'il n'y a donc pas trop de risques sur l'approvisionnement, il y en a par contre un sur l'inflation. La hausse des prix de l'après-Covid avait déjà été disproportionnée, alors retrouver de l'inflation telle qu'on en a eu il y a quelques années tuerait la reprise qui s'est amorcée depuis.
À l'opposé, Panasonic travaille sur l'efficacité énergétique et la baisse des consommations, et cela tombe bien car nos machines fonctionnent à l'électricité. Notre rôle consistera donc à accompagner la transition énergétique et à promouvoir l'électrification des usages en Europe.
Cette électrification des usages, que le Gouvernement envisage de pousser aussi via les CEE, va donc dans le bon sens selon vous ?
T. R. : Pour nous, l'électricité c'est l'avenir. Certes, on ne peut pas y aller sans prendre quelques précautions mais c'est clairement la solution qui doit être privilégiée. Nous faisons aussi de l'hybridation, notamment sur des projets collectifs, car cela peut avoir du sens sur certaines applications. Même si la Pac vient maintenant de plus en plus en relais de la chaudière, conserver une installation gaz peut avoir du sens pour assurer un approvisionnement de secours.
Mais les technologies Pac sont désormais extrêmement efficaces : le Cop (coefficient de performance) ne chute plus quand il fait froid, ce qui permet de couvrir la totalité des usages sur l'ensemble du territoire avec une fiabilité extraordinaire. Continuer à brûler du gaz dans ces conditions, même s'il est "vert", n'en reste pas moins une combustion qui dégage des polluants. À un moment donné, il va falloir couper le cordon et se diriger vers la voie des produits en mesure de répondre aux enjeux de décarbonation.
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