Élec ou gaz ? Le Synasav défend "la meilleure des solutions au meilleur des endroits"

Par   Corentin PATRIGEON

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Publié le 3 juin 2026
© Synasav
Éric Hernandez (à gauche), président, et Cyril Radici, délégué général du Synasav.
ENJEUX. Alors que le congrès du syndicat des installateurs et mainteneurs se tient ce 4 juin à Paris, XPair s'est entretenu avec son président, Éric Hernandez, et son délégué général, Cyril Radici, sur les dossiers du moment : l'électrification, la consécration de la PAC, le manque de bras ou encore le déploiement de l'IA.

XPair : Éric, pouvez-vous pour commencer détailler votre feuille de route à la tête du Synasav (Syndicat national des entreprises de maintenance en génie climatique) suite à votre élection en mars dernier ?

Éric Hernandez : La feuille de route du syndicat s'adapte en fonction du contexte et de l'actualité, le but étant de préparer notre profession aux évolutions liées à la transition énergétique, mais aussi à des problématiques de fond comme le recrutement ou la formation. Le Synasav prône tout ce qui va dans le sens de la maintenance, car bien entretenir son équipement, c'est le faire durer, ce qui évite son remplacement. Nous préconisons par exemple un entretien annuel des pompes à chaleur, contre tous les deux ans aujourd'hui, car il s'agit d'une technologie complexe et les usagers peuvent avoir du mal à utiliser certains équipements comme les thermostats.

Cyril Radici : Beaucoup d'installations de PAC ont été réalisées mais n'ont pas toujours été mises en service dans les règles de l'art, avec une bonne prise en main et des explications suffisantes, et ne sont pas nécessairement bien suivies. L'entretien annuel est donc important pour accompagner les utilisateurs et leur permettre d'avoir un système qui fonctionne bien.

Ce message est d'autant plus d'actualité après la présentation du plan gouvernemental d'électrification des usages et la consécration de la pompe à chaleur...

É. H. : Autant sur les anciens générateurs, les usagers se rendent compte de la dégradation des performances de l'équipement puisqu'il n'y a pas de système de relève, autant en cas de dysfonctionnement d'une PAC qui, elle, en possède un, l'usager ne réalise pas forcément que les performances ne sont plus au rendez-vous. C'est pourquoi nos adhérents veillent à aller sur le terrain vérifier chaque année les performances des équipements de leurs clients. Nous préconisons également la délivrance d'un certificat de mise en service et de conformité de la bonne installation de l'équipement, gage de son bon fonctionnement à l'avenir.

"L'installation, la mise en service et la maintenance constituent un triptyque essentiel."

- Cyril Radici, délégué général du Synasav

C. R. : Même les industriels poussent dans le sens d'un tel certificat car personne ne souhaite, à l'ère de la communication, entendre parler des mauvaises performances d'un équipement. Même la DGEC (Direction générale de l'énergie et du climat) revoit sa copie, d'autant que si l'on veut accélérer le déploiement des PAC, il va falloir assurer leur mise en service et leur entretien régulier. L'installation, la mise en service et la maintenance constituent un triptyque essentiel.

É. H. : Il y a aussi un enjeu de lutte contre la fraude, la technicité étant souvent l'ennemi de l'écodélinquant. Le certificat de conformité vient contrôler des points spécifiques et permet d'encadrer le marché pour éviter les agissements d'opportunistes.

En tant qu'organisation professionnelle représentant les installateurs, considérez-vous comme d'autres acteurs de la chaîne de valeur que la décarbonation du bâtiment passe uniquement par l'électrification ?

É. H. : C'est une tendance générale amorcée par la RE2020 et qui s'est accélérée par la guerre en Ukraine, puis aujourd'hui par la guerre en Iran. Il s'agit d'une volonté politique. Pour autant, il ne faut pas oublier les gaz verts, qui sont une bonne solution, ayant en plus le mérite d'être développés localement. La molécule n'est pas totalement condamnée. Le Synasav ne cherche pas à opposer les énergies mais estime qu'elles sont complémentaires. Il n'est pas possible d'installer des PAC partout, par conséquent la solution gaz a encore toute sa place. Son énergie doit se verdir, mais pas sa chaudière en tant que telle.

C. R. : Il ne faut pas se tromper de combat : nous sommes pour la meilleure des solutions au meilleur des endroits, maintenir les performances et garantir la durabilité de l'équipement. Les annonces sur l'électrification et la PAC ont un effet déplorable car nos adhérents sont maintenant sollicités par leurs clients qui veulent savoir s'ils peuvent encore utiliser leur chaudière à gaz ! Notre défi consiste à équiper les usagers d'équipements qu'ils pourront faire entretenir puisque la maintenance génère des économies d'énergie. L'hybridation est d'ailleurs un formidable moyen pour brancher une PAC à une chaudière.

É. H. : Les usagers sont obligés de faire des arbitrages au quotidien. Ils ne choisissent pas forcément leur équipement de cœur mais celui qu'ils peuvent se payer ! Ceux qui ne peuvent acheter une PAC ont une double sanction car ils doivent en plus encaisser la hausse de la TVA sur les équipements gaz. C'est une véritable injustice.

Au-delà de la priorité donnée à la PAC par les pouvoirs publics, est-ce que le conflit au Moyen-Orient a des répercussions sur l'activité de vos adhérents ?

C. R. : Les installateurs et mainteneurs sont directement impactés par la guerre en Iran par le biais du carburant. Nos techniciens sont sur la route toute la journée car ils utilisent encore des véhicules thermiques malgré une progression de leurs flottes électriques. Cette hausse des prix vient s'ajouter à celle, plus générale, observée chez les grossistes et détaillants.

"Il n'est pas possible d'installer des PAC partout, par conséquent la solution gaz a encore toute sa place. Son énergie doit se verdir, mais pas sa chaudière en tant que telle."

- Éric Hernandez, président du Synasav

Par les temps qui courent, nos clients remplacent moins facilement leur installation et font donc en sorte de la faire durer. Nous effectuons donc moins de remplacements mais plus de réparations. Ce qui pourrait nous inquiéter demain, et ce qu'il faut par conséquent éviter, ce serait de se retrouver avec des consommateurs qui n'auraient plus les moyens d'entretenir leur équipement. En bout de ligne, c'est toujours le client qui paye.

Plusieurs acteurs pointent du doigt le coût encore très élevé d'une pompe à chaleur, qui mobilise de fait des subventions publiques à leur achat, et posent la question plus large de l'écart de prix entre le coût de revient et la facture payée par le client final...

É. H. : Il y a eu un pic d'installations de PAC en 2007-2008, nos adhérents ont donc déjà pris le virage de la pompe à chaleur. Toutefois, la bascule ne se fait pas à grande vitesse et cela va prendre des années de transformer le parc. Dans ce cadre, le Synasav leur donne les grandes trajectoires, les avertissements et l'accompagnement nécessaires.

Nous pensons effectivement que les aides viennent fausser le marché car elles gonflent les prix d'achat. S'il n'y avait pas autant de subventions, est-ce que les prix des équipements seraient toujours aussi élevés ? Je suis mitigé sur l'intérêt de ces dispositifs, qui ont été tellement modifiés, qui ont connu tellement de hauts et de bas, qu'ils ont contribué à plomber le marché.

C. R. : Il faut de la stabilité et de la visibilité pour que les entreprises puissent s'adapter. Les "start and stop" ne sont pas bons pour l'activité des professionnels et la confiance des clients. Toutes les aides dopent et biaisent le marché car les équipements sont probablement vendus plus chers. On ouvre ainsi la porte à des opportunistes de marché. Le plan d'électrification veut packager l'installation d'une PAC mais il s'agit d'une opération complexe.

"S'il n'y avait pas autant de subventions, est-ce que les prix des équipements seraient toujours aussi élevés ?"

- Éric Hernandez

Le leasing pour une voiture, oui, mais pour une PAC ? Si le client ne paye pas, est-ce qu'on va rentrer chez lui pour démonter sa pompe à chaleur ? Tout ce qu'on entend sur le déploiement de la PAC ne permettra pas de résoudre l'ensemble des problèmes. Nos entreprises sont prêtes mais celles qui font uniquement de l'installation souffrent. La PAC fait maintenant partie de l'écosystème mais leur prix déséquilibre le marché. Et est-ce que la filière sera vraiment capable d'atteindre l'objectif fixé par le Gouvernement de produire un million de PAC en 2027 ?

Les métiers du CVC sont confrontés à un manque de main-d'œuvre. Comment les entreprises d'installation et de maintenance tentent-elles d'attirer de nouveau les jeunes ?

É. H. : La problématique du recrutement est très complexe car il y a moins de jeunes qui arrivent dans les CFA (Centres de formation des apprentis), et ceux qui y arrivent vont ensuite exercer un métier pendant un temps défini et voudront bouger au bout d'un moment. Nous avons donc du mal à recruter et à fidéliser.

D'un autre côté, comme les jeunes ont ce besoin de bouger, ils peuvent justement en profiter pour se diriger vers nos métiers ! On observe par ailleurs des phénomènes inattendus. Il y a par exemple beaucoup de reconversions professionnelles qui viennent grossir les rangs de nos techniciens. Il existe pour cela de nouveaux centres de formation, comme la Solive, à destination d'actifs souhaitant se réorienter.

Comment vos métiers appréhendent-ils l'intégration de l'intelligence artificielle ?

É. H. : On parle souvent de la peur de l'IA mais quand un compresseur ou une carte électronique est HS, l'IA pourra certes nous le signaler mais il y aura malgré tout toujours besoin de bras pour les remplacer ! Nous aurons toujours besoin de nos entreprises sur le terrain pour effectuer ces opérations techniques, c'est pourquoi nos métiers ont de l'avenir. Les jeunes qui nous rejoignent ont la garantie d'avoir du travail pour les années à venir. Nous travaillons aussi sur le fait de prendre dans nos entreprises des jeunes suffisamment tôt, lorsque leur choix d'orientation n'est pas encore fait, en privilégiant notamment les stages de 3e. Il faut s'adapter car il n'y a pas de règle permanente.

"On a besoin de trouver des jeunes qui ont envie, et s'ils ont envie, on les formera et on leur offrira un travail utile, un métier d'avenir !"

- Cyril Radici

C. R. : Le syndicat travaille depuis plusieurs années à valoriser ses métiers en anglant sur l'impact environnemental de nos compétences. De plus en plus de jeunes veulent avoir un métier qui a du sens, et c'est précisément le cas quand on va installer ou remplacer un système obsolète, énergivore et polluant. Nos métiers sont plus attractifs et nos professionnels ont également appris à mieux en parler.

Sur tous les métiers, la difficulté est générationnelle : comment attirer les nouvelles générations, les garder alors qu'elles n'ont pas les mêmes codes que les anciennes ? Beaucoup de professionnels s'étaient positionnés sur l'installation mais comme son activité se porte moins bien, on voit de plus en plus de monde arriver sur la maintenance. On a besoin de trouver des jeunes qui ont envie, et s'ils ont envie, on les formera et on leur offrira un travail utile, un métier d'avenir ! La technologie ne suffit pas, il faudra toujours des professionnels pour l'installer et la maintenir.


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