Pompes à chaleur : comment le CEPAC compte passer "d'une technologie performante à une technologie prescrite"

Par   Corentin PATRIGEON

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Publié le 21 mai 2026
© Corentin Patrigeon pour XPair
De gauche à droite : Jean-Philippe Laurent, directeur stratégie et développement du pôle clients, services et territoires d'EDF ; François Deroche, président de l'AFPAC et du CEPAC ; Claire Courrèges, directrice générale de Domofinance ; Maud Bregeon, ministre de l'Énergie ; Stanislas Lacroix, président d'Uniclima ; et Pierre Claudel, directeur général du Cetiat.
MARCHÉ. Avec son Centre d'expertise de la pompe à chaleur soutenu par les pouvoirs publics, la filière veut pousser la prescription des PAC dès qu'elles sont "techniquement adaptées à une configuration bâtimentaire". Les membres fondateurs et les partenaires ont détaillé la feuille de route... et les défis techniques à relever.

Les pompes à chaleur peuvent maintenant compter sur leur propre structure technique. À l'occasion de la Journée de la PAC organisée à Paris par l'Association française pour la pompe à chaleur (AFPAC), les membres fondateurs et dirigeants du Centre d'expertise de la pompe à chaleur, ou CEPAC, ont déroulé la feuille de route de cette nouvelle entité appelée à jouer le rôle de caution technique pour l'ensemble des typologies d'unités, des aérauliques au géothermiques en passant par les chauffe-eau thermodynamiques.

Présentée comme une technologie "stratégique" au cœur du plan gouvernemental d'électrification des usages, la PAC est censée atteindre l'objectif ambitieux du million d'installations à horizon 2030. Le chemin est toutefois encore long et c'est bien pour cette raison que le CEPAC a vu le jour. "Le centre est né d'un constat assez lucide : il ne suffisait pas d'avoir raison techniquement pour accélérer le déploiement de la PAC, mais bien d'accompagner un changement structurel dans les systèmes de chauffage", indique François Deroche, président de l'AFPAC mais aussi du CEPAC.

Ainsi, la structure a pour vocation de fédérer les acteurs de la filière en leur permettant de proposer des solutions adaptées aux différentes configurations rencontrées sur le terrain. "Cette concentration de moyens va nous permettre de passer à l'échelle. C'est un dispositif de mise en synergie pour mieux se coordonner de l'amont à l'aval de la filière", veut croire Stanislas Lacroix, à la tête du groupement d'industriels Uniclima.

"L'enjeu, c'est que tout utilisateur qui a un projet de rénovation de son système de chauffage puisse avoir un interlocuteur compétent sur cette technologie, en lui donnant tout un 'backoffice' face à une réglementation qui change beaucoup", complète Jean-Philippe Laurent, directeur stratégie et développement du pôle clients, services et territoires d'EDF.

Du côté du Cetiat, le Centre technique des industries aérauliques et thermiques, représenté à l'évènement par son directeur général Pierre Claudel, on rappelle que la première plateforme d'essais sur la PAC date de 1978, soit après le premier choc pétrolier. "Mais cela n'est pas suffisant : il faut maintenant convaincre les BET et architectes en allant sur le terrain."

Les acteurs de la rénovation énergétique, dont Claire Courrèges, la directrice générale de Domofinance, fait partie, espèrent pour leur part relancer le marché de la PAC, en perte de vitesse depuis plusieurs années. "Nous attendons du Cepac plus de lisibilité, pour les professionnels comme pour les ménages."

"Il reste quelques défis techniques à relever"

Chaque membre fondateur apportera sa pierre à l'édifice du CEPAC. Les adhérents d'Uniclima fourniront leur base de données techniques, "une matière extrêmement importante collectée au fil des années pour mieux informer et former l'ensemble de la filière", assure Stanislas Lacroix. Nonobstant sa contribution financière, EDF pourra quant à lui partager ses réseaux professionnels locaux ainsi que certains de ses outils, notamment de dimensionnement.

Car tous les sujets sont loin d'être réglés, d'après Pierre Claudel : "Il reste quelques défis techniques à relever, en particulier l'évolution en cours vers des fluides frigorigènes à faible impact environnemental. Je citerai trois autres enjeux : le bruit, en particulier en rénovation, sur lequel il faut rester vigilant, car malgré que les PAC deviennent de plus en plus silencieuses, il faut faire attention aux contre-références ; les compétences, pour former toute la filière ; et les infrastructures électriques, sur lesquelles il faut aussi rester vigilant."

Le nerf de la guerre reste évidemment un paramètre central. "Le financement est un élément déclencheur pour le passage à l'acte", appuie Claire Courrèges. "Domofinance va permettre d'accélérer ce passage en proposant des parcours de financement sécurisés et fluides, qui s'appuient sur notre réseau de partenaires installateurs partout en France."

Les BET, principale cible dans le viseur du CEPAC

Les membres de l'AFPAC seront bien sûr eux aussi mobilisés pour fournir des éléments techniques, expliquer et justifier le bon déroulement des installations afin d'assurer leur bonne qualité. Fait notable : toutes les productions du CEPAC seront entièrement gratuites et accessibles à l'ensemble de la filière. Ce "collectif aligné", pour reprendre les termes de Stanislas Lacroix, devra cependant construire sa propre crédibilité afin d'être connu et reconnu par les professionnels.

"Dans cinq ans, on pourra dire que le CEPAC est une réussite si on aura réussi à simplifier et à accélérer le passage à l'acte pour les particuliers, informer et former les professionnels, et créer un écosystème structuré et fluide pour le marché", avance Claire Courrèges.

"Le CEPAC ne réussira pas tout seul", relève François Deroche, qui attend "l'engagement de toute la filière, des industriels, des prescripteurs qui ont un rôle important à jouer, et de l'Ademe (Agence de la transition écologique) aussi, car nous serons jugés sur la qualité des installations". L'une des vocations du centre sera d'ailleurs d'épauler le secteur tertiaire.

"On voit que les habitudes des BET sont mieux structurées mais il reste du travail à faire. Il faut aller porter la bonne parole auprès de ces prescripteurs du tertiaire", poursuit son président, évoquant l'idée "de mettre en place des clubs dans lesquels nous pourrons accueillir des ONG (organisations non gouvernementales), d'autres industriels, des acteurs du tertiaire, des associations de BET…"

L'Ademe, un partenaire "exigeant"

La feuille de route du délégué général du CEPAC, Arnaud Kautzmann, est donc bien remplie. "Nous voulons être référent technique en nous reposant sur l'écosystème et en animant la filière, être un acteur pour fédérer les professionnels et élargir les échanges entre eux."

"Dès qu'une PAC est techniquement adaptée à une configuration bâtimentaire, l'objectif est qu'elle soit prescrite", plaide le responsable, jugeant "qu'on est encore malheureusement beaucoup sur des choix de maintien des systèmes existants".

Pour ce faire, le centre entend actionner quatre leviers. D'abord, "sécuriser par la preuve", partant du principe qu'il est important que les acteurs disposent d'exemples concrets pour confirmer "la promesse de performance de la PAC". Ensuite, "homogénéiser la prescription", de sorte à passer de la recommandation, ou de l'intention, à l'acte. Enfin, "élever la qualité des installations" tout en créant "une dynamique collective" basée sur les retours d'expériences collectés dans les territoires et les discussions entre professionnels.

Le CEPAC trouvera à ses côtés l'Ademe, dont le directeur villes et territoires, Simon Huffeteau, résume le partenariat en un "soutien exigeant". Rappelant l'enjeu de souveraineté énergétique pour lequel l'État s'appuie sur ses opérateurs pour faire progresser la transformation des usages, en l'occurrence l'électrification, il souligne que "l'Ademe cherche à expertiser les meilleures solutions disponibles, à faire émerger les conditions de réussite, notamment économiques, et à améliorer les conditions pour que la confiance et la demande puissent prendre".

La maison individuelle et le logement collectif, segments de marché prioritaires

Les critères de performance réelle, de bruit et d'intégration seront particulièrement scrutés par les équipes de l'agence. Mais avant toute chose, le centre doit faire parler de lui. "Le CEPAC ne sera utile, pertinent que s'il est connu, sollicité et en capacité d'animer. L'enjeu des prochaines semaines est donc d'améliorer sa notoriété pour le positionner dans l'écosystème comme animateur de la filière. La priorité est de mettre en évidence l'existence, les apports et les réponses utiles du Cepac", insiste Arnaud Kautzmann. La cible, elle, est clairement identifiée : BET et installateurs, à l'échelle nationale.

"L'étude de l'Ademe sur les PAC affirme qu'elles marchent mais pose le regard des conditions dans lesquelles elles marchent, et vient crédibiliser des éléments de la feuille de route du CEPAC, en soulignant les impératifs de la loi d'eau, les besoins en formation… C'est le prisme par lequel nous allons lire les travaux du centre", rebondit Simon Huffeteau.

Le logement collectif, "un angle mort, particulièrement pour l'intégration au bâti", devra également être traité par ses équipes. Dans l'immédiat, "le CEPAC va se concentrer quasi-exclusivement sur la PAC en rénovation, car 70 % du parc de 2050 existe déjà, donc il faut le traiter en priorité", note Arnaud Kautzmann. "Deux segments de marché ont été validés en priorité : la maison individuelle, sur lequel on va travailler avec l'Ademe, l'Anah (Agence nationale de l'habitat) et France Rénov' ; et le logement collectif, pour lequel on va déployer deux démonstrateurs en 2026."

Dans le détail : "Un dans la région Auvergne-Rhône-Alpes, en rassemblant les acteurs en amont d'EnerJ-Meeting Lyon (un évènement organisé par Batiactu Groupe, propriétaire d'XPair, NDLR) pour créer une communauté d'échanges, qui partagera ses travaux pendant le salon, puis accompagnera la filière dans la mise en œuvre des technologies et dans l'investissement de l'instrumentation, afin de démontrer qu'une PAC bien installée a la même performance en collectif qu'en individuel. Et un autre démonstrateur en Île-de-France pour accompagner les copropriétés dans leur projet de rénovation en leur fournissant un audit sur l'installation de PAC."

Agrément PAC et bonifications CEE associées

Les travaux du CEPAC devraient par conséquent se traduire par la production d'un certain nombre d'outils, particulièrement sur le réglage de la loi d'eau ou l'évaluation acoustique en maison individuelle, en résidentiel collectif et en tertiaire, et déboucher par exemple sur un configurateur permettant d'éclairer les différents choix possibles.

En parallèle, l'Ademe publiera sur son site la liste des équipements éligibles à la bonification associée aux CEE (Certificats d'économies d'énergie) dans le cadre de l'agrément sur la préférence européenne des PAC, de manière à ce que les installateurs accèdent au même endroit à ces informations importantes pour le professionnel comme pour le particulier.

"Tous les matériels bénéficieront des CEE, mais seuls les matériels listés bénéficieront des bonifications associées", prévient Simon Huffeteau. En conclusion, Arnaud Kautzmann estime que "le succès du CEPAC sera le succès de la filière, qui doit se mobiliser pour faciliter le passage d'une technologie performante à une technologie prescrite".


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