LG fait le pari de l'IA "pour répondre à la demande tout en optimisant l'énergie"
XPair : Où en est l’activité de LG après un exercice 2025 compliqué et un début 2026 poussif ?
Peter Verkempynck : 2025 a enregistré une nouvelle hausse des ventes de pompes à chaleur, due aux effets de stocks des réseaux, ainsi qu'une bonne activité pour la climatisation. En revanche, 2026 s'annonce difficile sur le segment des PAC. La feuille de route du Gouvernement en matière d'électrification est claire mais les incertitudes sur MaPrimeRénov' ainsi que sur l'approvisionnement des industriels font peser un doute sur la planification de la production.
Êtes-vous impactés par la guerre en Iran et ses répercussions sur les produits pétroliers ?
Le conflit au Moyen-Orient a entraîné une petite hausse des demandes de PAC. La même réaction avait été observée au début de la guerre en Ukraine. Il y a peut-être plus de prudence aujourd'hui de la part des industriels, mais si la demande croît, nous allons essayer d'y répondre. La hausse des prix énergétiques risque cependant d'avoir un impact sur les prix de nos produits dans les prochains mois. Mais nos équipes essayent toujours de compenser l'investissement par des systèmes plus efficients sur le plan énergétique.
Avez-vous, à l'image d'autres fabricants, anticipé l'évolution des réglementations européenne et française en faveur de leur souveraineté industrielle en implantant des sites de production sur le territoire communautaire ?
LG n'a pas encore d'usines sur le territoire européen – un site en Turquie fabrique des splits – mais a l'opportunité de gérer l'approvisionnement sur le plan européen. Autrement dit, s'il manque quelque chose en France, nous pourrons le trouver dans d'autres pays européens, et vice-versa.
"La hausse des prix énergétiques risque d'avoir un impact sur les prix de nos produits dans les prochains mois."
Vu les développements actuels, nous prévoyons toutefois de construire une usine en Pologne. Nous avons aussi soumis notre dossier de demande d'agrément PAC et nous attendons maintenant la réponse du Gouvernement. Le cas échéant, nous pourrons mettre en place une stratégie adaptée de PAC au R290 dès le mois de septembre. La production de l'usine polonaise débutera début 2027.
Souscrivez-vous à la volonté des pouvoirs publics français de s'affranchir du gaz, y compris en hybridation ?
Notre stratégie est claire : LG n'a jamais commercialisé de systèmes gaz ou fioul, nous n'en proposons pas davantage aujourd'hui et ne fabriquons donc pas d'équipements hybrides. Nous sommes vraiment positionnés sur l'électrification de la climatisation et du chauffage, et nous allons donc à 100 % vers le développement des PAC.
Quels choix avez-vous effectués en matière de fluides frigorigènes ?
Le sujet des fluides frigorigènes est assez complexe pour savoir précisément quelle direction prendre. LG a fait le choix du R290 il y a déjà trois ans, tout en allant vers des systèmes monoblocs, fermés, pour garantir la sérénité des installateurs. En France comme en Europe, le marché des splits est important.
Quelle place doit selon vous prendre l'intelligence artificielle dans les systèmes CVC ?
On parle beaucoup d'IA dans de nombreux domaines et il est certain qu'elle va jouer un rôle important dans le développement des produits. LG l'a déjà introduit dans certains systèmes, notamment de DRV (débit de réfrigérant variable), via un algorithme permettant de faire fonctionner le système dans la meilleure configuration énergétique et captant au passage les données d'utilisation pour ensuite s'améliorer.
"Le fonctionnement des systèmes CVC sera de plus en plus automatique et optimisé."
Dans les petits splits, nous avons aussi intégré l'IA pour ajuster le volume d'air, la température… Le fonctionnement des systèmes CVC sera donc de plus en plus automatique et optimisé. À terme, l'IA a toute sa place dans ces équipements car elle permet de tenir compte du bâti et de gérer les systèmes de manière à baisser le plus possible leur consommation.
Certains acteurs appellent à sanctuariser les dispositifs d'aide à la rénovation énergétique, par le biais par exemple d'un plan quinquennal...
Un horizon de deux à quatre ans serait effectivement la solution idéale, pour les budgets comme pour les approvisionnements. En matière de pompes à chaleur, les CEE (Certificats d'économies d'énergie) sont plus intéressants que MPR, mais cette dernière reste fondamentale car il faut d'abord isoler avant de changer de vecteur énergétique. Entre 1 et 1,5 million de nouveaux logements sortent de terre chaque année en Europe, mais 250 millions existent déjà, dont 10 millions équipés d'une PAC, il y a donc un énorme travail à faire !
La situation économique n'étant pas très stable, les acteurs gèrent leur trésorerie du mieux qu'ils peuvent mais le contexte nous oblige à adapter notre stratégie. Le Gouvernement ne peut pas vraiment faire de prévisions à moyen terme, c'est pourquoi nous essayons de faire passer le message selon lequel la PAC est le système idéal, mais d'autres systèmes sont tout aussi pertinents, en production de froid comme de chaleur et d'eau chaude sanitaire, et sont nettement moins chers, comme les ballons électriques intelligents ou thermodynamiques.
Dans un futur proche, il faudra que l'électrification s'applique dans toutes les configurations en impliquant des solutions directes et intelligentes adaptées à certaines situations. L'IA jouera alors un rôle pour répondre à la demande tout en optimisant l'énergie.
Des professionnels s'insurgent de l'écart de prix constaté entre une pompe à chaleur sortant de l'usine et une unité vendue au client final. Quel est votre avis sur ce sujet ?
C'est la réalité ! Il y a un très grand écart entre le prix de revient du fabricant et le prix payé par le client final. Il est néanmoins presque impossible de réguler cela sur le plan de la réglementation européenne, car on n'a plus la main sur le tarif d'un produit une fois qu'il a été vendu.
"Si Bruxelles veut installer plusieurs millions de PAC par an, les tarifs actuels ne pourront toutefois pas perdurer."
Je pense malgré tout que le marché va se réguler automatiquement. On l'a vu avec les panneaux photovoltaïques : la demande a connu un boom il y a une vingtaine d'années en raison des aides gouvernementales, qui ont quasiment disparu aujourd'hui alors qu'il se vend toujours des panneaux, qui plus est à des prix réduits.
Si Bruxelles veut installer plusieurs millions de PAC par an, les tarifs actuels ne pourront toutefois pas perdurer. À un moment donné, la pression va amener les marges à se normaliser. C'est le fonctionnement même du marché. Mais pour cela, il faut que tous les acteurs, industriels compris, prennent conscience de leur obligation d'accompagnement des installateurs, car la transition n'est pas évidente et la réglementation peut être complexe, donc il faut les aider à savoir ce qu'ils doivent faire et comment ils peuvent bien le faire.
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