La pompe à chaleur au centre du jeu de l'Équipe de France de l'électrification
C'était le rendez-vous à ne pas manquer pour les professionnels du bâtiment engagés dans l'électrification des usages. Ce 26 mai, le président de la République Emmanuel Macron a réuni "l'Équipe de France de l'électrification" à l'Élysée – comprendre les acteurs économiques en mesure de mettre leur outil de production au service de la transition électrique que l'exécutif appelle de ses vœux afin d'améliorer le bilan environnemental du pays tout en lui garantissant un certain degré de souveraineté industrielle et énergétique.
Quelques semaines après la présentation de la feuille de route gouvernementale en faveur de l'électron, dans la droite lignée des PPE (Programmation pluriannuelle de l'énergie) et SNBC (Stratégie nationale bas-carbone) déjà définies par les pouvoirs publics, c'était donc au tour du chef de l'État lui-même d'insister une nouvelle fois sur le rôle de l'électricité dans le contexte actuel.
Des "champions" français de la PAC
L'objectif est connu et martelé : réduire la part des énergies fossiles dans la consommation finale de l'Hexagone de 60 % aujourd'hui à 40 % en 2030, puis sous les 30 % en 2035. Dans le même temps, la part de l'électricité est censée grimper de 27 % à 38 %. Cette ambition se traduit, dans le secteur du bâtiment, par la consécration de la pompe à chaleur, présentée par le Gouvernement comme la "technologie de référence pour le chauffage". Pour y parvenir, un million de PAC doivent sortir des chaînes de production d'ici à quatre ans.
Niveau finances, l'État mettra sur la table 10 milliards d'euros par an, via une redirection des crédits dévolus à MaPrimeRénov' et des CEE (Certificats d'économies d'énergie) existants, représentant respectivement 500 et 600 millions d'euros. Les CEE concernant le bâtiment pèseront pour leur part 1,1 milliard d'euros. Sur le plan industriel, les autorités mettent en avant des "champions" comme "Atlantic, Saunier Duval ou De Dietrich, en capacité de couvrir l'intégralité de la demande" en PAC.
"Depuis le plan annoncé en 2024, et grâce au soutien du crédit d'impôt industrie verte, les capacités de production nationale se sont développées pour atteindre 300.000 PAC air/eau par an en France, et la cible de 500.000 PAC produites par an en France est jugée atteignable, sous réserve de la finalisation des projets en cours ou récemment annoncés", souligne-t-on à l'Élysée.
Signature d'un pacte sur le génie électrique
Deux étapes ont été fixées sur la trajectoire : d'ici à 2027, atteindre 400.000 PAC air/eau et géothermiques installées par an, pour un total de 4,5 millions de PAC air/eau ou géothermiques installées ; d'ici à 2030, parvenir à 600.000 PAC air/eau et géothermiques installées par an, pour un total de 6,1 millions de PAC air/eau ou géothermiques installées.
La grand-messe en faveur de l'électrification qui s'est tenue au Palais s'est par conséquent traduite par la signature de plusieurs "pactes" avec les filières impliquées, particulièrement celles du génie électrique et de la pompe à chaleur, dont des gestionnaires de réseaux, des opérateurs de stockage et de flexibilité des consommations, des intégrateurs-électriciens ou des plombiers-chauffagistes (voir détail en fin d'article).
Les représentants de l'AFPAC (Association française pour la pompe à chaleur) et du groupement d'industriels Uniclima ont ainsi paraphé un document officialisant leur engagement à produire 1 million de PAC "et à les installer à la hauteur de la demande française", ce qui devrait permettre "la création de 41.000 emplois". La fameuse offre "clés en main", présentée par le Premier ministre Sébastien Lecornu comme s'apparentant au leasing social pour les véhicules électriques, a aussi été précisée à cette occasion.
Une nouvelle usine de PAC en projet
Son principe est d'intégrer au prix de la pompe à chaleur le coût de son installation, de sa maintenance et de sa consommation d'électricité, "avec une mensualité inférieure au prix payé chaque mois par le ménage pour sa facture de gaz", le tout pour une durée de trois ans. Plusieurs entreprises sont déjà sur les rangs pour la déployer, ou plus largement pour apporter leur pierre à l'édifice de l'électrification.
EDF va par exemple injecter 30 millions d'euros supplémentaires dans ses aides à l'achat de PAC pour les ménages modestes et très modestes, et 30 autres millions pour financer un "Coup de pouce" en faveur de l'installation de chaudières électriques dans l'industrie. Octopus Energy a pour sa part annoncé investir "jusqu'à 150 millions d'euros" pour construire une usine de Pac en France "dès que les volumes d'installation se matérialiseront".
"Des solutions industrialisées" pour électrifier
En outre, l'énergéticien national et BNP Paribas ont conclu un partenariat "afin d'accélérer l'électrification des usages industriels et tertiaires", dans la même veine que l'offre MaPrimeAssur lancée en 2025 par Effy et Allianz Assistance. Dalkia, filiale d'EDF, a également accepté de prendre en charge l'étude préliminaire de géothermie de surface "pour tous les EHPAD (établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes)" souhaitant remplacer leur chaudière au fioul.
Le secteur HLM ambitionne quant à lui de décarboner deux millions de ses logements, dont un million électrifiés en s'appuyant sur l'essor des réseaux de chaleur urbains. L'opérateur Idex se lance en parallèle dans la décarbonation "au moins à 80 %" de ses réseaux de chaleur et de froid, "via notamment des PAC (géothermie, thalassothermie, chaleur fatale, thermofrigopompe)".
Enfin, Schneider Electric proposera "des solutions industrialisées" pour aider ses clients à s'électrifier. Le spécialiste des installations électriques avance des gains de l'ordre de 20 à 40 % pour la consommation énergétique des bâtiments, et "jusqu'à -90 % d'émissions avec une électricité bas-carbone, et -15 % dans les data centers".
***
Les acteurs du bâtiment signataires des pactes de l'Équipe de France de l'électrification, des réseaux pour électrifier et de la filière de la pompe à chaleur :
La Capeb (Confédération de l'artisanat et des petites entreprises du bâtiment), la Fieec (Fédération des industries électriques, électroniques et de communication), Coédis (Fédération des distributeurs d'équipements et solutions électriques, génie climatique, plomberie et sanitaires), le Gifam (Groupement des marques d'appareils pour la maison), le Gimelec (Groupement des entreprises de la filière électronumérique française), l'UFE (Union française de l'électricité), la FFB (Fédération française du bâtiment), Ignes (Alliance des industriels des solutions électriques et numériques pour le bâtiment), le Serce (Syndicat des entreprises de la transition énergétique et numérique), le Sycabel (Syndicat des fabricants de fils et de câbles électriques et de communication), Uniclima, EDF, la FNCCR (Fédération nationale des collectivités concédantes et régies), Syntec Ingénierie, Groupe Airwell, Vaillant, Thermor, Sauter, Saunier Duval, Mitsubishi Electric, Intuis, Frisquet, ETT, Carrier, Bosch, De Dietrich, Elco, Atlantic, Arkteos, Panasonic, Aldes, Viessmann et Ariston.
Lire aussi
-
Comment la filière bâtiment prépare le terrain pour une seconde loi Grenelle
-
Atlantic et Paloma Rheem scellent leur accord sous le regard vigilant de Bercy
-
À "un point de bascule", la distribution du CVC cherche à "adapter ses modèles"
-
Pompes à chaleur : comment le CEPAC compte passer "d'une technologie performante à une technologie prescrite"
