Pompes à chaleur : comment la filière anticipe le risque des contre-références

Par   Corentin PATRIGEON

Actualités
Publié le 1 septembre 2026
© Corentin Patrigeon pour XPair
De gauche à droite : Arnaud Kautzmann, délégué général du Centre d'expertise de la pompe à chaleur (CEPAC) ; Caroline Aubier, responsable pôle énergie et carbone chez Seqens ; Adel Lassel, responsable conception et référence engagement sociétal chez Crédit Agricole Immobilier ; et Sébastien Decottegnie, responsable d'agence Tecsol.
VERBATIM. Lors d'un échange sur les enjeux de son déploiement, différents acteurs de la chaîne de valeur du bâtiment ont appelé à ne pas faire tomber la pompe à chaleur dans les mêmes pièges que le solaire thermique, une dizaine d'années auparavant.

"Ne faisons pas de la pompe à chaleur le futur solaire thermique !" Ainsi était intitulée l'une des nombreuses conférences organisées sur le Sibca, le salon de l'immobilier bas-carbone, qui se tient à Paris jusqu'au 3 septembre. Un titre qui interpelle d'autant plus au moment où les pouvoirs publics ont fait de l'électrification une priorité nationale, et du déploiement de la PAC sa traduction dans le secteur du bâtiment.

Les participants à cet échange ont ainsi appelé particuliers comme professionnels à suivre une série de recommandations afin d'éviter que la PAC ne tombe dans les mêmes pièges que le solaire thermique, une dizaine d'années auparavant.

"L'ADEME (Agence de la transition écologique) encourageait alors l'installation de solaire thermique : l'instruction était simple, les budgets disponibles, les maîtres d'ouvrage étaient intéressés par cette solution permettant de respecter la Réglementation thermique et les labels (HQE, BBC…) de l'époque. Il y avait donc un encouragement de l'administration pour le solaire et il y a eu un fort emballement pour les bâtiments neufs", se souvient Sébastien Decottegnie, responsable d'agence Tecsol.

Un constat partagé par la responsable du pôle énergie et carbone chez Seqens, Caroline Aubier : "Il y avait une impulsion de la réglementation et des politiques publiques en faveur du solaire thermique (ST), avec des subventions allouées à nos opérations de réhabilitation, permettant de réduire les charges de nos locataires en eau chaude sanitaire. Le ST cochait donc beaucoup de cases."

"Simplicité = pérennité"

Seulement voilà, les différents acteurs de la chaîne de valeur du bâtiment ont progressivement perdu confiance dans cette technologie. "Au-delà de l'habituelle réticence au changement, on n'a pas réussi à convaincre, il y a eu des dysfonctionnements que les exploitants n'ont pas réussi à gérer avec des coûts déjà élevés, peu ou pas de formation sur cette technologie, et donc un effet boule de neige avec des coûts de dépannage et de remplacement encore plus élevés."

Chez Tecsol, on confirme recevoir les mêmes retours d'expérience de propriétaires et d'exploitants de ST : "Si on ne fait pas un dimensionnement comme il se doit, avec un outil adapté, ça ne marche pas. Il faut, de plus, impérativement utiliser les services d'une entreprise formée, et même envisager d'avoir un lot solaire dédié avec des acteurs dédiés. En résumé : simplicité = pérennité", reprend Sébastien Decottegnie.

"Il y a des schémas hydrauliques obligatoires à suivre pour le ST, il ne faut pas aller chercher la petite virgule pour les modifier. La technologie en tant que produit a peu évolué mais a atteint son niveau maximum en termes d'efficacité : je rappelle que le rendement d'un capteur solaire est de 60 % et que 90 % des projets ST sont fait pour du préchauffage, le reste pour du réseau de chaleur ou du chauffage d'intérieur", poursuit le responsable d'agence.

Des niveaux de développement pas comparables

Les installations de solaire thermique doivent par conséquent être mises en œuvre par des entreprises formées et qui s'engagent sur la performance, ce qui implique selon lui "d'anticiper le fonctionnement du système sur la durée et de promouvoir des contrats de performance énergétique (CPE)". Caroline Aubier souligne pour sa part l'intérêt du compteur d'énergie et du monitoring, pour relever et ensuite faire analyser les données par des professionnels.

"La sortie du gaz nous a certes délesté de beaucoup de contraintes, mais la PAC coûte plus cher à l'intégration, elle est plus complexe, nos architectes ne sont pas habitués – et parfois même c'est l'architecture locale qui ne se prête pas à cette intégration."

- Adel Lassel, responsable conception et référence engagement sociétal chez Crédit Agricole Immobilier

"Il faut expliquer aux équipes en quoi ces choix sont pertinents, où sont les éventuels dysfonctionnements, comment les résoudre, pour être dans une démarche d'amélioration continue et pour systématiquement réadapter l'installation", assure la représentante de Seqens. Également présent à la table ronde, Adel Lassel, responsable conception et référence engagement sociétal chez Crédit Agricole Immobilier, raconte quant à lui que sa société, qui avait voulu s'affranchir du gaz en anticipation de la RE2020, avait alors observé "beaucoup d'affolement chez les développeurs".

Plus que promue par l'État, la pose tous azimuts de pompes à chaleur risque-t-elle de provoquer aussi des sueurs froides chez les prescripteurs et installateurs ? "Je pense que la PAC offre un usage multiple et que sa filière est beaucoup plus développée que celle du solaire thermique, mais l'intégration de la PAC doit être pensée dès sa conception et son installation, puis lors de son exploitation et de sa maintenance."

Il précise : "La PAC peut avoir sur le papier d'excellents calculs mais si elle est bruyante, mal installée, mal orientée, difficile à maintenir, c'est le flop. Déjà que les clients sont peu nombreux en ce moment, on ne peut pas se permettre des contre-références. Il faut un suivi, une analyse des installations à chaud et à froid… La sortie du gaz nous a certes délesté de beaucoup de contraintes, mais la PAC coûte plus cher à l'intégration, elle est plus complexe, nos architectes ne sont pas habitués – et parfois même c'est l'architecture locale qui ne se prête pas à cette intégration."

Des objectifs fixés par la PPE

Représentant des industriels de la pompe à chaleur à double titre, en sa qualité d'administrateur de l'AFPAC (Association française pour la pompe à chaleur) et de délégué général du CEPAC (Centre d'expertise de la pompe à chaleur), Arnaud Kautzmann répond que ce dernier est précisément une initiative de la filière qui a pour vocation de faire passer les prescriptions de PAC à la vitesse supérieure.

"Il nous faut passer d'un métier de spécialiste à un métier de généraliste, pour que tout le monde sache faire du solaire comme de la PAC."

- Sébastien Decottegnie, responsable d'agence Tecsol

"Certains diront qu'il y en a déjà beaucoup, d'autres pas assez, mais quand on lit la SNBC (Stratégie nationale bas-carbone), on voit qu'il en faut encore beaucoup, donc le CEPAC se reposera sur les éléments techniques et des outils de la filière pour l'accompagner et l'animer, et motiver des installations de qualité." D'après lui, la différence entre le ST des années 2000 et la PAC de 2026 réside dans les niveaux d'émergence et de développement de chacune des deux technologies.

En revanche, "la similitude entre les deux, c'est l'apport de soutiens réglementaires, gouvernementaux et financiers pour accélérer au rythme de la filière". Quant au risque majeur, "c'est la contre-référence, car c'est malheureusement celle qui se diffuse et fait oublier toutes celles qui ont été bien faites. Même si on a déjà des millions de PAC installées, elles l'ont sans doute été dans les configurations les plus faciles, et les prochaines devront être installées dans d'autres conditions."

Si aucun des participants à cet échange n'a remis en question la performance de la PAC, tous se sont malgré tout accordés sur l'importance de sa mise en œuvre, en mentionnant à plusieurs reprises le passage de relais de l'installateur à l'exploitant. "On milite au sein de la filière pour instaurer une attestation de conformité afin que l'installateur soit responsable de son installation", appuie Arnaud Kautzmann. "En logement collectif, on va plutôt parler de garanties, de commissionnement et de compétences pour bien exploiter."

En résumé de la table ronde, Sébastien Decottegnie renvoie les filières solaire et pompe à chaleur à leurs objectifs respectifs, assignés par les documents de planification publique. "Je vois qu'il y a encore des ambitions sur le solaire et sur la PAC à travers la PPE (Programmation pluriannuelle de l'énergie). Dans les deux cas, il nous faut donc passer d'un métier de spécialiste à un métier de généraliste, pour que tout le monde sache en faire."


Actualités

Sélection produits