Électrification, solaire, Pac : ce qu'il faut retenir de la version définitive de la PPE 3
Les secteurs du bâtiment et de l'énergie n'y croyaient plus, le Gouvernement l'a (enfin) fait. En déplacement aux centrales hydroélectriques de Saut-Mortier et de Vouglans, dans le Jura, le Premier ministre Sébastien Lecornu, le ministre de l'Économie et de la Souveraineté énergétique Roland Lescure, ainsi que la ministre de la Transition écologique Monique Barbut ont dévoilé les grandes lignes de la troisième Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE), désespérément attendue depuis deux ans et demi par les professionnels. Voici ce qu'il faut en retenir.
Sur le cadre général
L'exécutif veut faire de la PPE 3 le fer de lance pour atteindre la neutralité carbone en 2050 tout en garantissant à la France une souveraineté industrielle ainsi que des prix compétitifs. Le principal objectif du texte est d'augmenter la production d'énergie décarbonée à commencer par celle de l'électron, en visant entre 650 et 693 térawattheures en 2035, contre 544 TWh en 2025.
En parallèle, la consommation de combustibles fossiles doit tomber à 330 TWh en 2035, contre encore 900 TWh en 2023. Un mouvement de balancier censé remplacer les 60 % d'énergies fossiles actuellement utilisées dans la consommation par 60 % d'énergie décarbonée d'ici à 2030, et 70 % en 2035.
"Les objectifs de la PPE 3 sont compatibles avec les orientations de la Stratégie nationale bas-carbone (SNBC 3), qui donne la trajectoire de réduction des émissions de gaz à effet de serre pour tous les secteurs d'activité économique en vue de l'atteinte de la neutralité carbone en 2050", indique Bercy dans son dossier de presse.
Mise en consultation en décembre dernier, la SNBC 3 devrait être publiée dans le courant du printemps. "La PPE s'inscrit également dans les objectifs du troisième Plan national d'adaptation au changement climatique (Pnacc), avec un réseau électrique adapté à un climat plus chaud", et elle est en ligne avec la réglementation européenne et l'Accord de Paris de 2015, précise aussi le ministère.
Sur l'électrification des usages et la pompe à chaleur
Le Gouvernement assure par ailleurs que la PPE 3 sera appliquée "en prenant en compte la réalité de chaque territoire" et que "les appels d'offres pour le soutien aux projets d'énergies renouvelables seront relancés". Dans la mesure où l'électrification "massive" des usages est présenté comme "une condition à sa réussite", il prépare en parallèle un plan d'électrification censé "synchroniser consommation et production sur le long terme" et axé sur quatre "thématiques" : l'industrie et l'artisanat, le bâtiment, la mobilité et le numérique.
Les consultations seront lancées ce mois-ci, puis les groupes de travail se réuniront jusqu'en avril et le Gouvernement prévoit de faire ses annonces en mai. La préférence européenne des bonifications CEE sur les pompes à chaleur individuelles et collectives, qui devrait pour sa part entrer en vigueur en septembre, jouera notamment un rôle dans ce plan d'électrification. L'objectif de produire 1 million de Pac par an dans l'Hexagone est donc réaffirmé.

Les objectifs de la PPE 3 par filière aux échéances 2030 et 2035. Source : Gouvernement
Mais les autorités veulent se ménager une marge de manœuvre avec les acteurs des filières énergétiques, d'où l'intégration dans la PPE d'une clause de revoyure qui leur permettra de dresser un point d'étape en 2027 pour, si besoin, rectifier le tir en fonction de la demande en énergie réellement constatée à l'échelle nationale. À noter : les "zones non interconnectées", tels que la Corse et les territoires d'outre-mer, feront chacune l'objet d'une PPE spécifique, votée par leurs collectivités respectives puis publiée par décret.
Des chantiers sont aussi lancés pour améliorer la flexibilité et la stabilité du réseau électrique, qui sera de plus en plus sollicité avec l'augmentation de la part d'ENR. L'État devrait ainsi réformer dès cette année le pilotage des ENR électriques, tandis que les filières ont pris l'engagement de mieux piloter la production de leurs installations et que la modulation du parc nucléaire sera maîtrisée. Des mesures réglementaires devraient être prises en complément, notamment une réforme du mécanisme de capacité.
Sur le plan économique, Bercy estime que la mise en œuvre de la PPE 3 permettra de créer plus de 120.000 emplois avant la fin de la décennie, dont 38.000 dans le solaire photovoltaïque.
Sur le nucléaire
La PPE 3 consacre un changement de braquet sur le nucléaire : là où la deuxième version prévoyait la fermeture de 14 réacteurs, la troisième mouture table sur la construction de six EPR 2 (2e génération de réacteurs pressurisés européens) ainsi que sur la prolongation du parc actuel (57 réacteurs) dès 2030, avec une production grimpant de 380 à 420 TWh (contre 320 TWh en 2023).
Le texte devrait également relancer les investissements dans la filière hydroélectrique puisqu'il prévoit d'augmenter les capacités des barrages de 2,8 gigawatts.
Sur l'éolien en mer, il fixe une cible de 15 GW de puissance installée en 2035. Sur l'éolien terrestre, la priorité sera donnée à la modernisation et au renforcement des parcs existants, avec une première étape à 31 GW en 2030 et une seconde entre 35 et 40 GW en 2035.
Sur le solaire photovoltaïque
S'agissant des ENR électriques, les objectifs "ont été ajustés pour tenir compte des débats parlementaires du printemps 2025 et de l'évolution de la consommation électrique sur les dernières années". Pour le solaire photovoltaïque, cela se traduit par "une évolution raisonnée" de la cible de production, qui reste néanmoins "ambitieuse" aux yeux du ministère : d'abord de 48 GW en 2030, puis entre 55 et 80 GW en 2035, contre près de 30 GW en 2025.
Bercy espère que la trajectoire de la PPE 3 incitera la filière à investir dans des giga-usines de production de modules et cellules photovoltaïques. Une telle relocalisation de la production de panneaux solaires dans l'Hexagone représenterait environ 1 milliard d'euros d'investissement et quelque 4.000 créations de postes.
Sur les ENR non électriques, la chaleur et le froid renouvelables
Dans le domaine des énergies bas-carbone non électriques, le Gouvernement veut pousser le biométhane, l'hydrogène, la chaleur et le froid renouvelables ainsi que les biocarburants. Ainsi, les capacités en chaleur renouvelable et de récupération passeront de 172 TWh en 2023 à 328-421 TWh (et entre 2,5 et 3 TWh de froid livré par les réseaux) en 2035 ; celles du biométhane de 9 à 47-82 TWh aux mêmes échéances ; celles en biocarburants de 38 à 70-90 TWh ; enfin, l'hydrogène grimpera jusqu'à 8 GW.
Dans le détail des objectifs assignés à la chaleur renouvelable, les pouvoirs publics espèrent quintupler les capacités de la géothermie de surface et de la géothermie profonde d'ici neuf ans. Ils misent de plus sur le prolongement de MaPrimeRénov' et le soutien à l'installation de systèmes plus efficaces via les CEE (Certificats d'économies d'énergie).
Le Fonds chaleur jouera aussi un rôle dans le développement des réseaux de chaleur et une "accélération de la dynamique" de la filière solaire thermique est prévue, dans le but d'atteindre 10 TWh de production en 2035, contre seulement 1,5 TWh en 2022.
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