Chaleur : le solaire thermique cherche sa place dans le mix énergétique

Par   Yousra GOUJA

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Publié le 12 mars 2026
© Yousra Gouja pour XPair
De gauche à droite : Richard Loyen, délégué général d'Enerplan ; Daniel Mugnier, administrateur et référent solaire thermique chez Planair ; et Julie Rudy, formatrice solaire thermique à l'Ines.
ENJEUX. Longtemps éclipsé par le photovoltaïque, le solaire thermique revient dans les débats. La filière entend démontrer qu’elle peut jouer un rôle majeur dans les années à venir, à condition d’adapter ses modèles économiques et de structurer ses compétences.

Longtemps éclipsé par le photovoltaïque, le solaire thermique revient dans les débats sur la transition énergétique. Production de chaleur, stockage intégré, applications collectives ou industrielles : la filière entend démontrer qu’elle peut jouer un rôle majeur dans les années à venir... à condition de s’adapter. Une conférence y était consacrée lors du salon Open Énergies, ce 10 mars à Lyon.

En France, le solaire thermique représente une filière industrielle structurée, qui employait environ 3.000 personnes en 2024. Elle s’appuie sur un tissu d’acteurs nationaux et sur un marché composé de plusieurs segments : chauffe-eau solaires individuels (CESI), systèmes solaires combinés (SSC), eau chaude sanitaire collective, mais aussi installations de grande taille pour l’industrie ou les réseaux de chaleur.

"Il faut raisonner en termes d’usage", souligne Richard Loyen, délégué général d’Enerplan, rappelant que "le solaire thermique est livré avec du stockage", une caractéristique qui constitue l’un des atouts majeurs de la technologie. La filière française s’inscrit aussi dans un marché international dynamique : selon le Ceto-JRC (Clean Energy Technology Observatory - Joint Research Centre, un observatoire/centre de recherche de l'Union européenne), l’industrie du solaire thermique a généré plus de 170 millions d’euros d’exportations en 2024.

Un potentiel important pour la production de chaleur

Dans le mix énergétique, la chaleur représente environ 50 % des besoins en énergie. Pour Daniel Mugnier, administrateur et référent solaire thermique chez Planair, cette réalité devrait logiquement donner plus de place à la technologie. "Le solaire thermique a un vrai rôle à jouer dans le mix énergétique", plaide-t-il.

D'autant que sa technologie s’intègre particulièrement bien dans certains bâtiments. "Dans un Éhpad (établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes) équipé d’un chauffage au gaz, par exemple, le solaire thermique trouve sa place. Le tiers-investissement devrait se développer à partir de 2026, notamment dans le secteur médico-social", poursuit-il.

Le développement du solaire thermique collectif s’appuie notamment sur le programme Socol, lancé en 2009 avec le soutien initial de l’Ademe (Agence de la transition écologique), rejoint par GRDF en 2013 pour structurer la filière. Les objectifs sont ambitieux : passer de 2 gigawatts installés en 2023 et produisant 1,4 térawattheure par an, à plus de 16 GW en 2035, soit 10 TWh de production annuelle. Pour accompagner cette trajectoire, l’Ademe, la Direction générale de l’énergie et du climat (DGEC) et Enerplan travaillent actuellement à un plan national d’action pour le solaire thermique.

Formation et suivi des installations

Si la technologie est mature, son déploiement dépend cependant aussi de la qualité des installations et de leur suivi dans le temps. "L’important, c’est la mesure de performance", insiste Julie Rudy, formatrice solaire thermique à l’Institut national de l’énergie solaire (Ines). Plusieurs niveaux de supervision existent aujourd’hui : "Des alertes simples, un suivi simplifié ou un suivi détaillé pour évaluer la production réelle et la comparer aux performances théoriques".

Ces outils permettent d’éviter les installations sous-performantes et d’améliorer le dimensionnement des projets. "On peut devenir installateur en six mois avec les formations adaptées", souligne-t-elle, rappelant que plusieurs certifications RGE (Reconnu garant de l'environnement) existent pour la filière.

Le solaire thermique doit toutefois trouver sa place dans un paysage énergétique où le photovoltaïque domine souvent les décisions. Le Fonds chaleur, qui finance entre 30 et 50 % de l’investissement, reste un levier déterminant pour les projets collectifs.


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