"L'essentiel est de donner un cap" à la filière CVC "et de le tenir", Aristide Belli (AICVF)

Par   Corentin PATRIGEON

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Publié le 27 janvier 2026
© AICVF
Aristide Belli, nouveau président de l'AICVF.
PROFESSION. Nouveaux chantiers, attractivité des métiers, réglementation, qualité de l'air intérieur ou rafraîchissement : le nouveau président de l'Association des ingénieurs et techniciens en climatique, ventilation et froid déroule sa feuille de route à XPair.

XPair : Quels vont être les grands chantiers de votre mandat à la tête de l'AICVF ?

Aristide Belli : L'AICVF est une association qui a plus de 110 ans. Cet historique impressionnant se poursuit encore aujourd'hui, avec l'objectif réaffirmé de partager et de concourir aux transferts des savoirs du CVC, en intégrant au passage une dimension liée au bâti. Notre filière est confrontée à de nombreux enjeux : la construction neuve et la rénovation énergétique, aussi bien en résidentiel qu'en tertiaire, et pour certains équipements en industrie, la transition énergétique et la décarbonation...

À travers notre comité international et notre lien avec Rehva (Fédération européenne des associations de chauffage et climatisation), nous participons également à tous les travaux réglementaires européens, qu'il s'agisse de directives à transposer ou de textes à appliquer directement. L'AICVF est représentative de l'ensemble des acteurs de la chaîne du HVAC, des entreprises industrielles fabriquant les systèmes aux bureaux d'études techniques, en passant par des économistes de la construction, des architectes, des entreprises de travaux et de maintenance…

De fait, nos actions ont une sensibilité technique et nous nous pensons plutôt comme un lieu d'échange sans étiquette, dans le but de porter des points de vue techniques sans adopter un angle particulier. Cela se retrouve aussi dans notre participation à de nombreux groupes de travail des institutions et organisations de la filière, ainsi qu'à travers des partenariats, par exemple avec l'Agence Qualité Construction (AQC). Pour nous, l'enjeu est dorénavant d'être encore plus représentatifs et d'attirer toujours plus de membres.

Comment cela va-t-il se traduire sur le terrain pour vos adhérents ?

Précisément par des actions sur le terrain, avec nos délégations régionales. D'une manière générale, de nombreuses organisations ont encore du mal à garder un lien entre Paris et le reste de la France, qui est pourtant le reflet de ce que les professionnels rencontrent dans leur quotidien. Or c'est l'une des forces de notre association : avoir cette présence sur le terrain et intégrer dans nos publications techniques ces retours d'expérience.

"Il faut être en amont des politiques publiques pour expliquer à l'administration ce qui est possible, entre les moyens de mesure, d'incitation et de contrainte."

Beaucoup de réunions se font à Paris mais il ne faut pas pour autant oublier les entreprises en régions qui mettent en œuvre nos actions, et il faut pouvoir les questionner sur ces sujets. Nous organisons pour cela des manifestations, avec les membres et acteurs locaux. L'AICVF a également comme objectif d'accroître sa visibilité et son entente avec les pouvoirs publics, particulièrement dans un contexte d'instabilité politique et législative, et de prises de décisions parfois hâtives et insuffisamment réfléchies.

C'est pourquoi nous devons accompagner nos adhérents dans leurs choix techniques, les mobiliser davantage aussi, pour qu'ils puissent produire des notes de travail, à la fois suffisamment simples pour que l'administration les assimile, et en même temps suffisamment techniques pour éviter des erreurs dans les interprétations techniques.

Comment travaillez-vous avec les autres organisations professionnelles du bâtiment et de l'énergie ?

Il nous faut aussi avoir une coordination d'action, en adoptant davantage de positions techniques communes avec le reste de la filière, ce qui viendra compléter notre capacité d'explication et d'information. Resserrer les rangs permettra d'avoir une force de frappe accrue pour que nos messages soient davantage écoutés. Nous voulons également nous pencher sur les services aux adhérents, relancer les sujets de formation, d'accompagnement RSE…

L'AICVF, qui conserve un coût d'adhésion relativement faible par rapport à la moyenne des associations de ce type, planche par ailleurs sur une nouvelle cotisation pour les TPE afin d'intégrer l'ensemble des chefs d'entreprises et de leurs salariés. Plus nous aurons de forces vives avec nous, meilleure sera notre représentativité.

D'après vous, quels sont les sujets prioritaires pour la filière CVC ?

Il faut être en amont des politiques publiques pour expliquer à l'administration ce qui est possible, entre les moyens de mesure, d'incitation et de contrainte. Par exemple, le décret Bacs représente la contrainte de mise en œuvre, les CEE (Certificats d'économies d'énergie) l'incitation, et le DPE (diagnostic de performance énergétique) la mesure. Il faut se positionner simultanément sur les trois sujets et ne pas en aborder un seul à la fois.

"Depuis le lancement de la RE2020, toute une filière s'est adaptée. Si on devait changer maintenant de vision et de cap, modifier les règles sans regarder l'impact global, on rencontrerait des problèmes."

Globalement, les mesures incitatives doivent être pertinentes, tandis que les contraintes sont plutôt fixées au niveau européen, comme sur les émissions de carbone ou la politique RSE des entreprises, qui peut ensuite impacter leurs sous-traitants. Bref, il faut une vision d'ensemble. Et à l'AICVF, nous avons tous les acteurs pour le faire, de la certification à la maintenance.

Votre prédécesseur, Frank Hovorka, a déclaré que la France était, grâce à la RE2020, à la pointe de la réglementation énergie-climat. Percevez-vous ces textes comme un frein ou au contraire comme un accélérateur ?

Il faut surtout avoir une stabilité des règles ! On peut se tromper à la marge mais les acteurs ont besoin de visibilité. Depuis le lancement de la RE2020, toute une filière s'est adaptée. Si on devait changer maintenant de vision et de cap, modifier les règles sans regarder l'impact global, on rencontrerait des problèmes.

La priorité est à la stabilité. La RE2020 fonctionne, avec un impact environnemental intéressant en raison des matériaux et matériels qui se sont adaptés. Au contraire, changer la réglementation poserait des difficultés et les acteurs risqueraient de subir des coups d'arrêt.

Beaucoup de professionnels appellent à la complémentarité des énergies et à l'hybridation des systèmes, quand les pouvoirs publics continuent à pousser l'électricité, et donc la pompe à chaleur. Comment analysez-vous cette situation ?

En matière d'énergie, il faudrait déjà commencer par publier la troisième PPE (Programmation pluriannuelle de l'énergie) ! On ne peut pas raisonner en grandes masses car les différentes solutions seront toujours plus ou moins adaptées en fonction du climat, du bâti… La filière peut aussi compter par exemple sur les biogaz ou des solutions en biomasse liquide. L'essentiel est de donner un cap, d'inciter pour que les industriels aient de la visibilité et puissent investir. Ensuite, il faut tenir le cap et garder de la marge.

On ne peut pas penser que production, il faut avoir une vision globale, réfléchir au dimensionnement comme à la pose, puis à l'exploitation et à l'entretien. Autrement, nous risquons de nous diriger vers des contre-références qui feront énormément de mal à la filière.

Sur le Cep (coefficient d'énergie primaire de l'électricité), il y a un intérêt certain pour pousser les Pac mais ce n'est pas tant le sujet. Le sujet, c'est plutôt que 700.000 logements sont sortis de leur statut de passoires thermiques et ne sont plus éligibles aux aides ! Voici un exemple concret de lien entre mesure, incitation et contrainte que j'évoquais plus haut.

Depuis le Covid, de plus en plus de particuliers comme de professionnels ont pris conscience des enjeux autour la qualité de l'air intérieur. Comment vous emparez-vous de ce sujet à l'AICVF ?

Des groupes de travail sont déjà en place avec l'AFV (Association française de la ventilation) et l'AICVF abonde leurs actions. Le problème de la QAI rejoint plus largement celui du confort d'été, en fait celui d'un logement inadapté pour certains usages.

"On ne peut pas penser que production, il faut avoir une vision globale, réfléchir au dimensionnement comme à la pose, puis à l'exploitation et à l'entretien. Autrement, nous risquons de nous diriger vers des contre-références qui feront énormément de mal à la filière."

Le développement de bactéries fait partie des constats relevés lors d'expertises judiciaires et s'inscrit dans des actions que nous menons avec l'AQC sur des retours d'expérience sur la RE2020, en présentant les atouts de rénovations performantes avec des systèmes de ventilation double-flux ou les pathologies à éviter… Les dégâts peuvent être impressionnants dans des logements insalubres. Cela permet de voir les erreurs qui peuvent être faites, et nous devons absolument trouver des solutions pour les éviter.

Lors de la COP30 au Brésil, l'ONU a signé un rapport alertant sur le déploiement de la climatisation à l'échelle mondiale. Le rafraîchissement peut-il être durable ?

Climatisation et rafraîchissement sont justement deux mots différents. Dans certains cas, comme les bureaux et les data centers, on ne peut pas faire autrement que de climatiser car sinon la productivité est impactée. Dans le résidentiel, le raccourci peut être de climatiser pour pouvoir aussi faire du chauffage l'hiver, avec du matériel certes performant et qui répond à une attente.

En réalité, c'est plutôt l'usage du logement qui doit être analysé, et c'est le rôle du professionnel de bien comprendre les habitudes de vie des occupants. Des bâtiments avec une ITE ont une inertie beaucoup plus forte à l'intérieur, alors si les fenêtres restent ouvertes durant les premiers jours de canicule, le bâti intérieur va emmagasiner la chaleur et il sera ensuite impossible de faire baisser la température sans recourir à la climatisation.

Cela illustre le besoin d'accompagnement des usagers, notamment pendant les périodes de chaleur, en leur présentant des solutions alternatives comme le freecooling ou le rafraîchissement nocturne. Se mettre à la place de l'usager permet d'éviter les solutions simplistes et d'apporter les réponses les plus pertinentes aux questions de santé humaine et d'adaptation au changement climatique. L'AICVF travaille aussi à transmettre ces enjeux aux jeunes générations d'ingénieurs.


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