À l'heure où l'électrification s'impose dans le débat, que devient la PPE 3 ?

Par   Corentin PATRIGEON

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Publié le 6 janvier 2026
© iStock/igorbondarenko
Des lignes électriques haute tension.
POLITIQUE. La troisième Programmation pluriannuelle de l'énergie brille toujours par son absence. Mais elle devrait s'inspirer de plusieurs publications récentes qui ont consacré le rôle de l'électrification dans la transition.

2026 sera-t-elle l'année de la troisième Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) ? Les acteurs du bâtiment comme de l'énergie s'impatientent depuis des mois à ce sujet qui ne semble pas franchement préoccuper le Gouvernement, embourbé dans les débats parlementaires autour du projet de loi de Finances et de ses répercussions sur les dispositifs en lien avec la rénovation énergétique.

"Le calendrier de la PPE n’est pas arrêté à ce stade", indique le cabinet du ministre de l'Économie Roland Lescure, qui compte le portefeuille de l'Énergie dans son périmètre. Et de renvoyer aux propos du Premier ministre Sébastien Lecornu qui, à l'occasion des 10 ans de l'Accord de Paris, a déclaré avoir fait le choix de ne pas publier le texte "ces derniers temps", considérant qu'il aurait été "noyé dans le moment politique que nous connaissons".

Fin 2025, le locataire de Matignon avait pourtant, lors d'une allocution aux Français, espérer "prendre des décisions d'ici à Noël" au sujet de la PPE 3, qu'il avait présenté comme "un thème important qui ne peut pas attendre l’élection présidentielle de 2027". Les choses pourraient toutefois enfin se décanter en ce début d'année, avec "de nouveaux éléments de calendrier" qui seront "communiqués ultérieurement", ajoute le ministère.

La surabondance d'électricité, un "atout" pour la France

"Le travail sur la PPE avance et est quasi-finalisé", d'après le cabinet de Roland Lescure, qui souligne que le document "s’inscrira en cohérence avec le rapport RTE" et "s’accompagnera d’un travail autour d’un grand plan d’électrification des usages". Début décembre, le gestionnaire du réseau haute tension a effectivement publié son bilan prévisionnel 2025-2035, dans lequel il fait état d'une "situation d'abondance d'électricité décarbonée, très favorable à l'accueil de nouveaux usages". Le meilleur moyen pour résorber cette surcapacité serait d'engager "un mouvement d'électrification rapide du pays", ce qui lui permettrait au passage d'atteindre "ses objectifs climatiques".

"Les analyses menées par RTE nous démontrent aujourd'hui qu'il est essentiel de ne pas sacrifier le long-terme au court-terme", avait alors réagi le président du Ser (Syndicat des énergies renouvelables), Jules Nyssen. Pour lui, l'abondance de la production électrique devrait par conséquent être vue "comme une opportunité et non pas comme une contrainte", et même comme un "atout" qui "nous permettra d'être plus souverains et de concrétiser des projets industriels sur notre territoire grâce à une électricité au prix très compétitif".

Jules Nyssen s'était aussi dit "confiant dans le fait que le Gouvernement fera le bon choix dans le cadre de la prochaine PPE". Il avait été rejoint par sa collègue Anne-Catherine de Tourtier, à la tête de l'association France Renouvelables, dédiée aux ENR électriques et aux solutions de stockage et de flexibilité : "D'ici à 2035, électrification des usages et renouvelables doivent avancer ensemble : c'est la condition pour réduire notre dépendance aux énergies fossiles importées, sécuriser une énergie abondante et abordable, et garantir durablement la compétitivité du pays comme la protection des consommateurs", avait déclaré la responsable.

+15 % de logements chauffés à l'électricité depuis 2022

D'autres publications récentes ont consacré le rôle de l'électrification dans la transition. À l'occasion de son troisième anniversaire, l'Observatoire français de la transition écologique publié par Enedis en décembre a fait état d'une baisse de 4,2 % de l'électricité consommée en 2024, par rapport à la moyenne des années 2014 à 2023. Depuis 2022, la part de logements chauffés à l'électricité a en outre progressé de 15 %, pendant que la production d'électricité d'origine photovoltaïque dans le bouquet électrique a grimpé de 23 %.

Fin décembre, l'Union française de l'électricité (UFE) y est également allée de son train de propositions : la fédération a suggéré une cinquantaine de mesures pour "électrifier la France", comme "planifier l'installation de pompes à chaleur" ou encore "créer un guichet unique" pour aider les industriels à électrifier leurs sites.

Plus que jamais, la balle est donc dans le camp de l'exécutif. "La mission Levy-Thuot [chargée d'auditer le coût des ENR sur les finances publiques et le système électrique, NDLR] a été lancée il y a quelques jours. La SNBC (Stratégie nationale bas-carbone) a été publiée le 12 décembre. L’État a bien réceptionné le devis d’EDF [sur les coûts de construction des nouveaux réacteurs EPR 2, désormais estimés à 72,8 milliards d’euros, soit un bond de 40 % par rapport au précédent chiffrage de 2022, NDLR] et la Dinn (Délégation interministérielle au nouveau nucléaire) va entamer son audit. La PPE s’inscrira dans la suite de ces annonces", assure Bercy.


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