"Une GTB mal installée peut coûter cher sans générer d’économies", Jacques Montagne (Alter Watt)

Par   Yousra GOUJA

Actualités
Publié le 18 mai 2026
© Alter BACS
Des techniciens d'Alter BACS devant l'armoire électrique d'une chaufferie.
RÉGULATION. Le report à 2030 d’une partie des obligations du décret BACS risque de ralentir certains projets dans le tertiaire. Mais pour Jacques Montagne, président d’Alter Watt, le vrai enjeu est ailleurs : installer des GTB réellement utiles, adaptées et exploitables dans la durée.

XPair : Le Gouvernement a décidé de repousser à 2030 l’échéance du décret BACS ("Building automation and control systems") prévue en 2027 pour une partie du parc tertiaire. Est-ce une simplification bienvenue ou un mauvais signal envoyé au marché ?

Jacques Montagne : Il y a clairement une volonté de simplification de la part du Gouvernement. Mais mécaniquement, ce report repousse aussi des projets de GTB (gestion technique du bâtiment) et vient retarder une partie de la transition énergétique. La tranche concernée est celle des bâtiments dont la puissance des équipements est comprise entre 70 et 290 kilowatts.

Sur le terrain, on le voit. Dans la restauration, par exemple, nous avons échangé avec un gros client qui possède de nombreux petits bâtiments inférieurs à 290 kW. Si cela ne tenait qu’à nous, le projet aurait été lancé tout de suite. Mais le client a décidé de repousser, pour avoir plus de temps. Il faut aussi comprendre que les capacités d’investissement sont réduites.

C’est un peu comme lorsqu’on repousse un devoir à rendre à l’école : la nouvelle échéance donne l’impression qu’on peut attendre. Mais avec le recul, le sujet n’est pas seulement la date. Le plus important, c’est que les GTB soient bien installées. Il y a beaucoup de GTB mal mises en place. C’est à mon avis un problème plus grave encore. Installer une GTB uniquement pour respecter le décret BACS, sans se demander comment elle sera utilisée, peut être contre-productif.

Configuration d'une CTA (centrale de traitement d'air) par les équipes d'Alter BACS. © Alter BACS

Quels sont les risques d’une GTB installée seulement pour "cocher la case" réglementaire ?

Le risque, c’est de payer très cher pour n’avoir aucune économie d’énergie. Et j’en ai vu beaucoup. Certaines installations sont trop complexes ou mal pensées. Dans certains cas, le client dépense beaucoup pour installer une GTB, puis il consomme autant, voire plus qu’avant.

"Aux acteurs qui pensent pouvoir attendre 2030, je leur dirais : prenez votre temps, mais installez bien."

C’est évidemment choquant : non seulement il a payé l’installation, mais il ne récupère pas les économies d’énergie qui devaient financer une partie du projet. Il faut rester humble devant la complexité de ces systèmes. Une GTB doit communiquer avec beaucoup d’équipements différents.

Aux acteurs qui pensent pouvoir attendre 2030, je leur dirais : prenez votre temps, mais installez bien. Il ne faut pas attendre la dernière minute, car le marché risque aussi de se retrouver sous pression.

Qu’est-ce qui différencie l’approche d’Alter Watt ?

Nous avons une double vision : celle du bureau d’études et celle de l’installateur, avec Alter BACS en interne. Nous organisons chaque semaine des cafés techniques : on partage les retours d’expérience, on améliore nos méthodes qualité, on discute des problèmes rencontrés. Pour illustrer, nous avons travaillé sur un bâtiment de bureaux de 7.500 m², près de La Défense. Il comprenait notamment un espace de coworking, avec beaucoup d’utilisateurs différents.

Le bâtiment date de 2011 et les travaux ont été réalisés en milieu occupé, sept jours sur sept. Le projet a duré six mois, à partir du premier semestre 2025. Nous avons installé 80 compteurs communicants dans les tableaux et les locaux techniques, ainsi que 115 régulateurs communicants. L’enjeu était de connecter toutes les petites entreprises présentes dans la pépinière et de gérer beaucoup de zones différentes.

Dans un bâtiment classique, une zone correspond souvent à un plateau de bureaux occupé par une entreprise. Mais avec le coworking, il faut une finesse de zonage plus importante. C’est d’ailleurs un sujet qui va prendre de l’ampleur avec l’évolution des usages. Au bout d’un semestre, nous avons ainsi mesuré 10,6 % d’économies d’énergie grâce à la GTB.


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