Bruxelles présente son propre plan d'électrification pour décarboner l'Europe
Après Paris au mois d'avril, c'est au tour de Bruxelles de présenter son propre "plan d'action pour d'électrification" pour décarboner l'Europe et assurer la souveraineté énergétique des Vingt-Sept. La Commission européenne veut ainsi faire du Vieux Continent "le premier continent électro-alimenté" afin de le rendre moins dépendant des importations de combustibles fossiles, qui l'ont exposé "à plusieurs reprises à des chocs géopolitiques" et à une inflation que les ménages comme les entreprises ont dû encaisser.
"Alors que 70 % de l'électricité de l'Union européenne est désormais produite à partir de sources d'énergie propres locales, le taux d'électrification de la demande d'énergie a stagné à 23 % au cours de la dernière décennie. Nous devons donc accélérer l'électrification des secteurs consommateurs d'énergie, notamment l'industrie, les transports et les bâtiments", pose Bruxelles dans un communiqué.
"Pour soutenir cette ambition, un objectif indicatif d'électrification de 46 % d'ici à 2040 sera évalué par la Commission dans le cadre du train de mesures sur l'union de l'énergie pour l'après-2030. La réalisation de cet objectif pourrait réduire la facture des importations de combustibles fossiles de l'UE de 260 milliards d'euros par an d'ici à 2040", peut-on encore lire.
Passer des chaudières aux PAC ? "Des obstacles subsistent"
Pour la Commission, l'électron présente "des avantages considérables" pour les particuliers aussi bien que pour les professionnels, en contribuant à faire baisser leurs facture d'énergie. Reste que les entreprises de l'UE ont besoin d'investir pour intégrer des processus d'électrification et de décarbonation à leur outil industriel.
Pour les aider, la Commission propose une batterie de mesures juridiques et financières, comme le fait de revoir le fonctionnement du SEQE (Systèmes d’échange de quotas d’émissions, ou marché carbone) de manière à favoriser les investissements. Dans le bâtiment, Bruxelles pousse pour le remplacement des chaudières à gaz par des pompes à chaleur, tout en admettant que "des obstacles à une adoption généralisée subsistent" : différence de prix, connexions au réseau, manque d'industrialisation des technologies innovantes...
"Le plan d'action vise à uniformiser les conditions de concurrence entre l'électricité et le gaz. Leur différentiel de prix décourage souvent le passage à des options plus propres telles que les PAC (...). Pour y remédier, la proposition relative à des factures d'électricité à l'épreuve du temps dans l'UE permettra aux États membres de réduire les redevances de réseau pour certains groupes de consommateurs, et les taxes pour les entreprises grandes consommatrices d'énergie", souligne le communiqué.
Rééquilibrage de la fiscalité entre l'électron et la molécule
"Elle favorise également un déploiement plus rapide des compteurs intelligents, ce qui permettra aux consommateurs d'économiser plus facilement sur leurs factures d'énergie. La proposition vise également à faire en sorte que l'électricité ne soit pas taxée plus lourdement que le gaz."
Pour aider les innovations à passer à l'échelle, notamment dans le bâtiment, "un large éventail d'outils" devraient être mobilisés, "tels que l'utilisation de systèmes de crédit-bail social, d'instruments financiers du SEQE, y compris le Fonds social pour le climat et la Banque de décarbonation industrielle, et d'un mécanisme de marché de la chaleur propre".
Pour Dan Jørgensen, commissaire européen à l’énergie et au logement, "le message que nous envoyons aujourd'hui est très clair : choisir l'électricité plutôt que les combustibles fossiles". Et d'appeler les entreprises et citoyens européens à choisir "des électrons verts, cultivés chez vous, moins chers que des molécules noires, importées et chères".
"Ce plan change la donne"
Du côté des organisations professionnelles, on accueille la décision de Bruxelles avec satisfaction. "Ce plan d'action pour l'électrification change la donne. Pour la première fois, il se concentre sur la stimulation de l'électrification de la demande – et le fait via une large gamme de mesures, allant de la fiscalité de l'énergie et des prix de l'électricité à l'exploitation de la flexibilité des PAC, en passant par le soutien à l'électrification industrielle et à la récupération de la chaleur résiduelle", analyse Jozefien Vanbecelaere, directeur politique de l'Association européenne des pompes à chaleur (EHPA).
Mais de nuancer : "Pour garantir qu'il soit efficace, la Commission européenne doit rapidement le traduire en mesures législatives à adopter au niveau national." Même son de cloche du côté de SolarPower Europe, la fédération européenne des professionnels de l'énergie solaire.
"L'avenir de l'Europe repose sur l'électricité", abonde sa présidente-directrice générale, Walburga Hemetsberger, en saluant les mesures prises "pour corriger le déséquilibre fiscal entre l'électricité et les combustibles fossiles, et reconnaître le stockage par batteries, la flexibilité et une utilisation plus intelligente du réseau dans les tarifs comme des piliers essentiels d'un système énergétique compétitif et abordable". La responsable estime néanmoins qu'il manque encore "des investissements et un soutien financier clairs".
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