"Chefs d'orchestres" du bâtiment, les intégrateurs indépendants de GTB se mettent en ordre de bataille
Avec les objectifs énergétiques et climatiques assignés au secteur du bâtiment, la GTB a de beaux jours devant elle... à condition que ses acteurs se partagent le gâteau. C'est dans cette logique que le Syndicat des intégrateurs de gestions techniques du bâtiment, le SIGTB, a tenu à organiser une rencontre avec la presse pour détailler sa montée en puissance progressive et appeler les sociétés indépendantes à venir grossir ses rangs.
Pour Fabien Pont, secrétaire du syndicat, le rôle de l'intégrateur est devenu incontournable : "On gère énormément d'informations émanant des différents lots d'un projet, ce qui implique de connaître les autres métiers et les autres technologies mises en œuvre". Ce dernier doit donc assumer une forme d'évangélisation des sujets agrégés par la GTB, particulièrement en matière de normes et de réglementation.
Ce rôle de "chef d'orchestre" s'illustre notamment dans le contexte actuel de développement des data centers, des installations au sein desquelles "la GTB est réalisée en amont à 95 %". Les enjeux de cybersécurité ne doivent pas non plus être négligés, surtout avec l'arrivée de la directive européenne NIS 2 (Network and Information Security).
D'après le SIGTB, l'intégrateur doit donc savoir gérer – liste non exhaustive – les problématiques cyber, chantier, base de données, réseaux – protocoles techniques bâtiment (filaires et radios) – OT, réseaux IP et Internet, CVC – régulation – électricité – éclairage, informatique, IOT, maintenance... sans oublier la veille technologique. "Pour nous, l'enjeu est de vérifier ce qui existe sur le marché et d'assurer des formations adaptées", souligne Fabien Pont, mettant ainsi en exergue "une responsabilité directe et des engagements techniques et réglementaires".
"Trouver la bonne solution au bon endroit et au bon moment"
Les systèmes en eux-mêmes ont aussi évolué au fil du temps. "La GTB, anciennement GTC (gestion technique centralisée), est aujourd'hui davantage décentralisée avec un plus grand nombre d'informations collectées au plus près des machines. Les technologies actuelles permettent d'acquérir encore plus de données", analyse Alexis Tinnirello, trésorier du syndicat.
La profession, qui estime représenter environ 1,5 % du montant total des travaux engagés, se positionnait auparavant plutôt sur des surfaces de plus de 10.000 m², mais peut aujourd'hui intervenir dès 2.000 m² avec des "GTB light".
"L'intégrateur est la personne qui doit trouver la bonne solution au bon endroit et au bon moment. On se retrouve au cœur des sujets techniques de tous les métiers du bâtiment, qui parlent chacun une langue différente, et on doit jouer le rôle de traducteur", poursuit Alexis Tinnirello, reconnaissant que "le décret BACS ("Building automation and control systems") représente aujourd'hui l'essentiel de notre activité".
Travailler avec les gros, mais pas pour eux
Le SIGTB tient néanmoins à attirer l'attention sur la manière dont les acteurs se partagent ce marché porté par la réglementation. "Deux modèles s'opposent : d'un côté, des intégrateurs de sociétés indépendantes multimarques et proposant des solutions sur-mesure ; et de l'autre, des grands manufacturiers du génie électrique et climatique ne représentant que leur propre marque", signale son trésorier.
"Le métier d'intégration est un métier de proximité, où l'on passe énormément de temps sur site avec le client pour une analyse fonctionnelle, la mise en service, la maintenance…"
- Jérôme Viollet, vice-président du SIGTB
Jérôme Viollet, son vice-président, enchaîne : "La régulation de la GTB était auparavant assurée par les gros, comme Schneider Electric, qui travaillent aujourd'hui avec nous. La majeure partie de nos adhérents ont moins de 5 salariés, et il est important pour nous de s'identifier ensemble, d'autant que nous rencontrons les mêmes problématiques."
L'organisation se fixe ainsi comme objectifs d'avoir des chiffres représentatifs de la profession, d'attirer les jeunes vers sa profession et de représenter l'entièreté du territoire car "le métier d'intégration est un métier de proximité, où l'on passe énormément de temps sur site avec le client pour une analyse fonctionnelle, la mise en service, la maintenance…"
"Ne pourra jamais adhérer une société ayant une activité sous couvert d'un constructeur, les adhérents ne peuvent donc pas avoir de liens juridiques ou financiers avec des marques", précise Jérôme Viollet. Ils doivent par conséquent présenter un numéro de Siren indépendant, au moins trois références significatives et être en activité depuis plus d'un an. Une fois admis au sein du syndicat, ils pourront se positionner sur les six labels de qualification métier proposés par ce dernier – installation-électricité, automatisme, supervision, confort, développement et maintenance –, tous encadrés par les conditions d'adhésion.
Se faire (re)connaître
De nouvelles commissions (cyber, intelligence artificielle, juridique…) devraient en outre voir prochainement le jour. Un rapprochement avec d'autres fédérations professionnelles est aussi sur la table, tout comme la création et la délivrance de certifications, ainsi que l'élaboration d'une convention collective. Et "pourquoi pas créer notre propre licence/master/formation ?", interroge Alexis Tinnirello, constatant qu'"aucune école n'est spécialisée dans l'intégration GTB, ce métier est encore inconnu".
"Le marché de la GTB est porté par la réglementation et a donc encore des dizaines d'activité devant lui. Et notre syndicat aussi !"
- Thierry Tromeur, président du SIGTB
Le syndicat se félicite d'ailleurs de recevoir "énormément" de demandes de stages en alternance ou de fin d'études de la part d'étudiants en licence ou BTS domotique "depuis une dizaine de mois". La preuve que le bouche-à-oreille porte ses fruits, tout comme la participation à des salons comme IBS. Le trésorier du SIGTB invite quoi qu'il en soit l
Leur nombre devrait continuer à croître, le syndicat s'étant fixé comme objectif d'atteindre les 75 adhérents à fin 2026. Selon ses estimations, il existerait un potentiel d'intégrateurs indépendants répondant à sa charte "compris entre 150 et 200". Pour l'heure, 52 sociétés ont déjà pris leur carte, ce qui représente un millier de salariés et un chiffre d'affaires de 150 millions d'euros.
"Les petits intégrateurs n'ont pas toujours le poids nécessaire pour signaler les problématiques, c'est pour cela que le syndicat doit leur apporter des réponses et leur prouver qu'ils ne sont pas tout seuls", plaide Thierry Tromeur, le président du SIGTB. "Le marché de la GTB est porté par la réglementation et a donc encore des dizaines d'activité devant lui. Et notre syndicat aussi !", conclut-il. Les intégrateurs indépendants donnent rendez-vous à la filière sur l'édition 2026 d'IBS, les 14 et 15 octobre à la Porte de Versailles à Paris, où ils animeront un "village des intégrateurs" de 165 m² sur lequel une quinzaine d'exposants ont déjà répondu présent.
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