Budget 2027 : la filière ENR demande à Matignon de ne pas "sacrifier" la transition énergétique
La filière des énergies renouvelables fait front. Dans une lettre ouverte au Premier ministre Sébastien Lecornu, 19 organisations (voir encadré) mettent en garde, alors que l'examen du projet de loi de Finances (PLF) 2027 vient fraîchement de débuter à l'Assemblée nationale, sur les conséquences d'une réduction des moyens alloués à la transition énergétique du bâtiment.
"La transition énergétique est la seule voie possible pour la France pour renforcer notre souveraineté énergétique, garantir la protection du pouvoir d'achat des citoyens et la compétitivité de nos entreprises, protéger notre environnement et lutter contre le dérèglement climatique", écrivent d'emblée les signataires. Depuis février, la guerre en Iran fait flamber les prix des combustibles fossiles, ce qui a amené l'exécutif à faire de l'électrification – et de la pompe à chaleur – une priorité nationale, tandis que cet été infernal a fait bondir la demande en solutions de rafraîchissement.
À leurs yeux, les coups de rabot sur MaPrimeRénov' – notamment sur certains gestes de rénovation et sur l'acquisition d'appareils de chauffage au bois –, ainsi que la baisse des dispositifs de soutien au solaire thermique, photovoltaïque et au biogaz ne vont clairement pas dans le bon sens. Idem pour les "délais administratifs déraisonnables" pour l'instruction des dossiers de demande d'aide, la "menace" sur les CEE (certificats d'économies d'énergie) ou encore l'hypothétique diminution "de 40 %" du Fonds chaleur.
De l'électrification oui, mais avec aussi de l'efficacité énergétique
La vingtaine d'organisations considère que la PPE (Programmation pluriannuelle de l'énergie) doit dorénavant "mobiliser pleinement et de manière cohérente l'ensemble des leviers de la transition énergétique" si elle veut espérer atteindre ses objectifs. Autrement dit, pas question de consacrer un seul et unique vecteur de décarbonation.
"L'électrification des usages constitue l'un des leviers de décarbonation, qui doit être articulé avec la sobriété et l'efficacité énergétique en premier lieu, ainsi qu'avec le développement de l'ensemble des ENR et de récupération (chaleur, électricité et gaz renouvelables, ou encore biocarburants), en fonction de leur pertinence et des besoins des territoires", peut-on lire dans la missive.
Une prise de position qui intervient quelques jours après un appel similaire, lancé cette fois par les fédérations du bâtiment et du génie climatique depuis l'édition 2026 du salon Interclima. Faute de moyens suffisants et de mesures favorables, les signataires de la lettre ouverte alertent sur des risques de différentes natures : sociétaux – "augmentation de la précarité énergétique" –, mais aussi économiques – "augmentation de la facture énergétique des entreprises françaises (...) écroulement de filières françaises de transition énergétique".
Sont également pointés du doigt des risques environnementaux et sanitaires "engendrés par l'absence d'une approche globale de la rénovation (...), par la maladaptation et la promotion de solutions énergétiques peu efficaces ou retardant la sortie des énergies fossiles". Ici, le cas de PAC air/air installées dans des passoires thermiques sans travaux d'isolation préalables est clairement mentionné. Enfin, la lettre évoque des risques institutionnels liés, entre autres, "à l'inefficacité de la dépense publique et de l'augmentation du coût de l'inaction".
Une conférence nationale et une loi de finances dédiées
Au-delà du coup de gueule, les professionnels de l'énergie sont néanmoins venus avec leurs propres propositions. Ils demandent ainsi aux pouvoirs publics de mettre sur pied une "conférence nationale de la planification énergétique", qui serait notamment chargée d'accompagner les acteurs concernés par la mise en œuvre des PPE, SNBC (Stratégie nationale bas-carbone) et Pnacc (Plan national d'adaptation au changement climatique).
Ses autres missions consisteraient à "évaluer l'efficacité des moyens réglementaires, matériels et financiers alloués, et d'en proposer les meilleures évolutions pour respecter les trajectoires de la planification énergétique".
Seconde proposition : la préparation d'une "loi de finances pluriannuelle de la transition énergétique et climatique", qui fixerait "des prélèvements financiers et des moyens financiers", et évaluerait "les coûts évités par la mise en œuvre de cette stratégie de la transition énergétique". Un tel texte serait appelé à être réajusté, en fonction de l'avancement de la planification énergétique, en collaboration avec la conférence nationale précédemment évoquée.
Les 19 signataires de la lettre ouverte :
Amorce, AFPG (Association française des professionnels de la géothermie), Agir pour le climat, ANPP (Association nationale des pôles territoriaux et des pays), CIBE (Comité interprofessionnel du bois-énergie), FedEPL (Fédération des élus des entreprises publiques locales), Enerplan (Syndicat des professionnels de l'énergie solaire), Effinergie, Fédération des agences locales de l'énergie et du climat, France Gaz Renouvelables, France Nature Environnement, France Renouvelables, France Urbaine, Association Négawatt, Réseau Cler, SER (Syndicat des énergies renouvelables), Soliha, Via Sèva (association promouvant les réseaux de chaleur et de froid) et WWF
Sélection produits
Contenus qui devraient vous plaire
- OFFICE DE PROTECTION DE L'HABITAT
