Rénovation : comment le confort d’été s’impose dans les copropriétés
Historiquement, la rénovation énergétique a surtout cherché à réduire les besoins de chauffage. "On a longtemps raisonné en se demandant comment consommer moins d’énergie quand il fait froid", résume Pierre Evrard, directeur associé de Synergiec, une société de financement des projets de rénovation énergétique. L'intensification des épisodes de chaleur change toutefois progressivement la donne.
L'enveloppe, le premier poste à traiter
Le problème n’est plus seulement celui de quelques journées très chaudes : les périodes caniculaires s’allongent et les bâtiments ont de plus en plus de mal à redescendre en température. Pour lui, la logique doit donc commencer par le bâti lui-même. "Il faut travailler d’abord sur l’enveloppe du bâtiment", insiste-t-il. Isolation des façades, toitures, menuiseries ou traitement des ponts thermiques doivent réduire les besoins avant d’envisager des équipements supplémentaires.
"L'ITE est privilégiée pour répondre aux périodes hivernales mais surtout caniculaires. On pense d'abord aux économies de m², alors que cela permet aussi de placer les éléments 'lourds' comme la maçonnerie dans le volume isolé."
- Pierre Evrard, directeur associé de Synergiec
L’isolation thermique par l’extérieur (ITE) est notamment privilégiée lorsqu’elle est possible. Elle permet de traiter les façades sans rogner sur les surfaces habitables. À l’inverse, une isolation par l’intérieur peut entraîner une perte de surface de plusieurs mètres carrés et réduire légèrement l’apport de lumière. Dans certaines copropriétés, les contraintes architecturales ou réglementaires empêchent toutefois de recourir à l’ITE, notamment sur certaines façades parisiennes.
Le cas des Jardins d’Arcadie, à Bordeaux, illustre cette approche. Construite en 1976-1977, cette résidence compte 182 lots principaux répartis sur près de 15.700 m² habitables. Elle compte 265 copropriétaires distincts. Le diagnostic faisait apparaître des façades en béton très peu isolées, des toitures sans isolation suffisante et encore une part importante de menuiseries en simple vitrage. Les préconisations prévoyaient notamment l’ITE, l’isolation des toitures et le remplacement des fenêtres d’origine, avec un bénéfice attendu également sur le confort d’été.
Ne pas chercher une "solution miracle"
L’enjeu est donc d’intégrer dès les études initiales des scénarios plus proches du climat auquel le bâtiment sera confronté dans les prochaines années. Cela suppose aussi de ne pas considérer la climatisation comme une réponse automatique. "La deuxième erreur, c’est de croire qu’une solution miracle existe", explique Pierre Evrard.
Installer quelques équipements de rafraîchissement sans avoir traité l’enveloppe risque seulement de déplacer le problème, voire d’augmenter les consommations électriques. Dans l’existant, les solutions actives se heurtent également aux caractéristiques techniques de chaque immeuble : réseaux, gaines, ventilation, puissance disponible ou possibilités d’intervention dans les logements.
Aux Jardins d’Arcadie, par exemple, le diagnostic relevait déjà des débits de ventilation très hétérogènes et un réseau nécessitant plusieurs adaptations. La rénovation doit donc être pensée comme un ensemble cohérent et souvent phasé dans le temps. Pour Pierre Evrard, la priorité se situe finalement en amont : "Plus on investit dans les études initiales, plus on évite les erreurs". Le confort d’été ne peut plus être traité comme un supplément dans un programme conçu uniquement pour l’hiver. Il devient progressivement un critère à part entière de la rénovation climatique des copropriétés.
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