"Tout le marché du CVC piétine en ce début d'année", avertit Pascal Housset (UMGCCP)

Par   Corentin PATRIGEON

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Publié le 15 avril 2026
© Adrien Nowak
Pascal Housset, président de l'UMGCCP-FFB et de l'AFV.
ACTIVITÉ. Alors que s'ouvre le congrès annuel de l'UMGCCP, XPair s'est entretenu avec son président Pascal Housset sur les tendances du marché à l'issue du 1er trimestre 2026 et sur l'électrification promue par les pouvoirs publics.

XPair : À l'issue de ce 1er trimestre 2026, il semble que l'attentisme se soit emparé du secteur du CVC...

Pascal Housset : Je ne peux malheureusement que confirmer vos propos. Le panel de l'UMGCCP-FFB (Union des métiers du génie climatique, de la couverture et de la plomberie de la Fédération française du bâtiment) va des artisans aux majors de l'énergie, et tous nous font remonter qu'il y a en effet un fort attentisme, aussi bien en B2B qu'en B2C. Nous sommes confrontés à un début d'année qui ne décolle pas, une conjoncture qu'on peut évidemment et facilement relier à l'actualité internationale et nationale.

Les ménages ne se décident pas, ils continuent à épargner mais leurs décisions traînent. Nous observons néanmoins un soubresaut depuis un mois dû au contexte géopolitique, mû par la peur de l'augmentation importante du fioul et du gaz, ce qui entraîne une réaction en masse, pour l'heure davantage chez les particuliers, mais sans doute aussi tôt ou tard sur le marché B2B, les professionnels étant eux aussi confrontés à des coûts énergétiques importants et craignant fortement la hausse des prix des fossiles. Il faudra voir comment cela se traduit dans la durée.

"Les réparations des installations de génie climatique sont en hausse de 15 %, les ménages acceptent même des devis avec des coûts jamais vus auparavant."

Nous avons bien sûr également subi les "stop and go" de l'Anah (Agence nationale de l'habitat) qui ne nous ont pas beaucoup aidé. Quelque 80.000 dossiers de rénovation d'ampleur qui restaient en stock en 2025 sortent seulement maintenant et au compte-gouttes. Le marché est donc véritablement en berne, il peine à décoller. Certaines entreprises ont des trésoreries plutôt tendues, les carnets de commandes diminuent à vue d'œil.

La seule chose qui fonctionne à peu près, c'est la maintenance. Les réparations des installations de génie climatique sont en hausse de 15 %, les ménages acceptent même des devis avec des coûts jamais vus auparavant. Je précise d'ailleurs qu'on ne vend pas plus de pompes à chaleur parce que la TVA des chaudières a augmenté, ce qui montre bien que c'est tout le marché du CVC qui piétine. Et ce n'est pas en réparant des vieilles machines qu'on va décarboner le parc...

XPair : Il y a donc malgré tout une prise de conscience des acteurs sur la nécessité d'entretenir leurs équipements de génie climatique afin d'optimiser leur consommation énergétique ?

P. H. : C'est surtout la crainte du coût énergétique réel des systèmes de chauffage qui constitue le véritable moteur de ces opérations. Il est toutefois rassurant de constater la montée en puissance du biogaz et de l'électricité, les deux contribuant à l'autonomie énergétique de la France. La demande reste forte mais il reste encore beaucoup de chaudières anciennes en France, notamment dans le logement collectif.

En monogestes, les PAC peuvent bénéficier de MaPrimeRénov' et des CEE (Certificats d'économies d'énergie) pour afficher des coûts d'opérations maîtrisés sur des machines de plus en plus fabriquées sur le territoire national. Tout un réseau d'installateurs professionnels – 13.500 PG, 15.000 QualiPac – est prêt à installer et à maintenir des systèmes de chauffage performants et décarbonés. La filière est totalement à maturité. Il reste bien sûr des choses à améliorer, des techniciens à former... Il y a donc encore des emplois à créer pour massifier la décarbonation.

Alors qu'elle semblait résister jusqu'à présent, la rénovation énergétique se met elle aussi à patiner...

P. H. : Il y a une perte de confiance notoire dans les dispositifs d'aide. Les particuliers n'y croient plus vraiment, ne les perçoivent pas forcément bien, et beaucoup d'entreprises ont aussi été mises en difficulté avec des décalages importants de versement des aides. Tant que nous n'aurons pas renoué avec un fort climat de confiance, nous aurons du mal à redémarrer la machine.

Encore une fois, le seul levier capable de la relancer étant les craintes sur les énergies fossiles... La plupart de nos clients sont confrontés dans leur foyer à de multiples coûts d'investissement : le chauffage, la production d'eau chaude sanitaire et le confort thermique d'une part, et la mobilité d'autre part. Or ces coûts d'investissement ne sont pas anodins et amènent les particuliers à faire des choix.

"Nous devons davantage observer et comprendre le comportement du consommateur, et l'embarquer dans les solutions qu'on lui propose."

L'agrément PAC que Bercy devrait mettre en place d'ici à cet été peut-il donner un coup de boost à l'activité ?

P. H. : Il y a une tendance naturelle des consommateurs à apprécier les produits fabriqués en France, mais cette sensibilité est malheureusement réservée à ceux qui en ont les moyens ! Beaucoup regardent d'abord le prix, à l'image de ce que l'on observe sur les plateformes de vente en ligne. Il est toujours riche d'enseignements de dresser un parallèle avec d'autres secteurs d'activité. Nous devons davantage observer et comprendre le comportement du consommateur, et l'embarquer dans les solutions qu'on lui propose.

Globalement, les particuliers font confiance à leurs artisans de proximité : nous sommes en quelque sorte les médecins du chauffage, nous sommes là pour proposer des choix techniques. Mais le label RGE (Reconnu garant de l'environnement) a été trop souvent galvaudé et est devenu un laisser-passer aux aides, et il y a un vrai manque d'adaptation des solutions aux besoins finaux des clients.

L'UMGCCP tient son congrès 2026 à Montpellier. Sur quels sujets comptez-vous interpeller vos adhérents ?

P. H. : Cette année, nous aurons des thématiques disruptives dans l'approche. Pour les 400 à 500 congressistes que nous attendons pour ce grand rendez-vous du génie climatique, l'objectif sera de reprendre de la hauteur, de se poser les bonnes questions sur le marché, via des ateliers techniques et des rendez-vous partenaires qui exposeront toute la valeur ajoutée des solutions produits.

Deux thématiques seront au cœur des discussions. D'abord, réaborder le sujet de l'approche commerciale dans le cadre du B2C. Pour ce faire, une intervenante va nous permettre d'avoir pour la première fois une vraie réflexion sur le comportement du consommateur, l'idée étant de mener un vrai travail de fond avec une étude à l'approche sociologique.

Ensuite, aborder l'approche du chef d'entreprise dans ces temps difficiles de fortes tensions : comment lâcher prise, comment prendre soin de lui et de ses équipes ? Cela est nécessaire, cela s'apprend et se communique. Nous espérons que nos adhérents trouveront le juste équilibre entre les deux approches.

"Il faut stabiliser les dispositifs dans un cadre de concertation active pour lutter efficacement contre la fraude à la rénovation et lever ce frein aux aides."

Nous réalisons régulièrement des sondages sur l'état de santé mentale de nos professionnels dans les régions, ce qui nous permet de prendre le pouls de leurs entreprises. Chaque mois, un point est aussi fait au niveau national, en tentant de comprendre la "météo interne" de nos adhérents pour savoir comment ils se portent. Nous voyons malheureusement que des chefs d'entreprises sont usés, parfois démotivés.

Nous accompagnons nos adhérents avec des cellules dédiées puisque nous disposons de toutes les structures nécessaires sur l'ensemble du territoire. Ce soutien psychologique est important car le chef d'entreprise est souvent seul pour prendre ses décisions.

Enfin, nous avons aussi voulu laisser du temps au temps dans le cadre de notre congrès, plus exactement laisser plus de place aux moments d'échange et de convivialité informels, afin de pouvoir vider son sac, se parler et se soulager dans un climat d'entraide.

Une réaction à l'élection de Frédéric Carré comme nouveau président de la FFB ?

P. H. : Frédéric Carré a été élu à l'issue d'une belle campagne de haut niveau, durant laquelle nos électeurs ont eu le choix entre trois candidats de grande qualité très impliqués dans leurs mandats respectifs. J'ai échangé à plusieurs reprises avec Frédéric Carré sur son programme ainsi que sur des sujets en lien avec la décarbonation et l'énergie. On se réjouit de l'avoir comme nouveau président car il est très motivé et aura l'occasion de faire avancer les dossiers.

Est-ce que 2027 et son élection présidentielle sera une année de combats pour le génie climatique ? Et souscrivez-vous à l'idée soutenue par le président sortant de la FFB, Olivier Salleron, d'établir un plan quinquennal en faveur de la rénovation ?

P. H. : En neuf comme en rénovation, il va falloir que ça bouge en vue de la présidentielle. On est en train de mettre les deux genoux du bâtiment à terre, il est donc évident qu'il faut de grandes décisions notoires sur le logement, des engagements forts des pouvoirs publics, pas forcément que des sommes d'argent mais aussi une forte communication sur ces enjeux.

Toutes les études démontrent la nécessité de construire des logements neufs et arrêter les "stop and go" en rénovation pour restaurer la confiance. Donc oui, il y aura des combats à mener et j'y participerai en ma qualité de président de l'UMGCCP, aux côtés de Frédéric Carré.

Je souscris par ailleurs à cette idée d'Olivier Salleron de lancer un plan quinquennal en faveur de la rénovation : il faut stabiliser les dispositifs dans un cadre de concertation active pour lutter efficacement contre la fraude et lever ce frein aux aides. Un plan sur cinq ans permettrait de mieux mettre en programmation et en visibilité les programmes pour la rénovation.


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