Rénovation : en dépit d'un budget "stabilisé", la FFB s'étonne que le marché "ne décolle pas"

Par   Corentin PATRIGEON

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Publié le 17 mars 2026
© Corentin Patrigeon pour XPair
Olivier Salleron (à droite), président de la Fédération française du bâtiment.
ACTIVITÉ. Si le début 2026 semble confirmer une reprise du neuf, il montre en revanche que la rénovation énergétique patine toujours. Pour la Fédération française du bâtiment, il convient d'actionner certains leviers et de faire les bons choix en matière de systèmes énergétiques.

Un nouvel espoir. Pour sa dernière conférence de presse en tant que président de la Fédération française du bâtiment (FFB), Olivier Salleron a présenté ce 17 mars 2026 des éléments plutôt rassurants sur "l'amorce d'une reprise" d'activité dans le secteur.

L'adoption de la loi de Finances pour 2026 a notamment permis de préserver les financements alloués à la rénovation énergétique. "Il est positif que le budget MaPrimeRénov' soit stabilisé", commente le dirigeant. "C'est essentiel pour que les clients s'y retrouvent, mais aussi pour les professionnels, qui commencent à en perdre la tête."

Il salue au passage l'abaissement de 400 millions d'euros de la ponction sur les bailleurs sociaux au titre de la Réduction de loyer de solidarité (RLS) par rapport à 2024 ainsi que la mise en place du dispositif Jeanbrun. "Quelques centaines d'opérations étaient bloquées en France ; grâce au Jeanbrun, nous estimons maintenant que près de 15.000 logements supplémentaires vont être mis en chantier, pour atteindre 308.000 unités en 2026."

La "grosse déception" de l'amélioration-entretien

En comparaison à la fin 2025, l'horizon semble donc se dégager pour la construction : la production de logements neufs progresserait de 11,2 % cette année. En glissement annuel sur trois mois à fin janvier 2026, les ouvertures de chantiers de logements, individuels et collectifs confondus, bondissent en effet de 24,5 %. Les autorisations ralentissent toutefois, bien qu'affichant toujours +10,1 % (dont +5,9 % pour le collectif et +15 % pour l'individuel).

"Après avoir entendu toutes ces paroles gouvernementales sur la transition écologique et la souveraineté énergétique de la France, ce n'est pas satisfaisant que la rénovation plonge encore aujourd'hui", appuie Olivier Salleron.

Cumulées entre novembre 2025 et janvier 2026, et par rapport à la même période un an plus tôt, les surfaces commencées dans le non résidentiel augmentent de 8,3 %, tirées par les bâtiments administratifs (+32,8 %) – un détail pour le moins paradoxal dans le contexte des élections municipales. Les surfaces autorisées s'infléchissent cependant de 15,3 %, plombées par les bâtiments industriels et assimilés (-37,3 %) ou les bureaux (-7,8 %).

"L'activité du bâtiment, entraînée par cette amorce de reprise du logement neuf, repartirait et on observerait une inflexion de la courbe, avec +2,1 %", reprend Olivier Salleron. Pour rappel, elle s'était rétractée de 4,3 % entre 2024 et 2025. Une "grosse déception" néanmoins : l'amélioration-entretien, qui "ne décolle pas, ce qui, franchement, avec les objectifs de transition écologique et énergétique annoncés par tous les gouvernements qui se sont succédé, prouve que cela ne fonctionne pas. On rénove trop lentement."

Pas de Pac partout

Après quatre années consécutives de hausse, l'amélioration-entretien s'est en effet repliée de 1,1 % en 2025, dans le résidentiel comme dans le non résidentiel, et comme dans la rénovation énergétique. Et les perspectives pour le 1er trimestre 2026 laissent présager une nouvelle dégradation. Invitée aux réunions du groupe de travail gouvernemental sur l'électrification du bâtiment, la FFB met d'ailleurs en garde sur la généralisation de la pompe à chaleur.

"On ne peut pas installer de Pac partout, notamment en ville. Il ne faut donc pas faire rêver tout le monde en faisant des promesses qu'on ne pourra pas tenir. Et n'oublions pas les chaudières gaz THPE – on n'a pas installé des méthaniseurs partout en France pour ne pas utiliser du gaz vert ! – ni les chaudières fioul, qui peuvent rester indispensables dans certaines configurations."

Pour redynamiser la rénovation, la FFB demande donc à augmenter le nombre de contrôles sur les chantiers pour lutter plus efficacement contre les fraudeurs. "Pour faire repartir l'activité, il faut un peu d'aides et beaucoup de stabilité, comme un plan quinquennal, ainsi que de la réflexion avec les professionnels", résume le dirigeant.

Ajoutant : "Ce n'est pas non plus la peine de vouloir faire une nouvelle RE2020 tous les ans – on est déjà les champions mondiaux de la construction environnementale ! On doit être innovant sur les financements bancaires, car jusqu'à présent il n'y a pas eu d'enthousiasme débordant de ce côté-là. Il faut enfin rouvrir le débat pour mobiliser l'épargne des Français, d'une façon ou d'une autre, vers le financement de la rénovation énergétique."

Des impacts à attendre de la guerre en Iran ?

Pour l'heure, les carnets de commandes sont malgré tout "dans une moyenne acceptable". Ce qui est beaucoup moins le cas sur le front de l'emploi : "On a perdu environ 20.000 emplois, dont 18.000 salariés en 2025, et nous prévoyons encore 10.000 salariés de moins en 2026 – un chiffre qui, j'espère, pourra être corrigé". En glissement annuel à fin janvier 2026 et sur trois mois, les défaillances d'entreprises du secteur de la construction ont par contre baissé de 7,8 %.

Reste à voir à quel niveau les professionnels seront impactés par la guerre en Iran. La FFB scrute notamment les indices de prix de production des demi-produits en cuivre et aluminium, qui ont actuellement tendance à s'envoler. "Le meilleur moyen de se prémunir de ces risques est d'indexer les marchés publics, notamment de logements sociaux, et privés, et c'est ce que nous recommandons à nos adhérents", souligne Olivier Salleron.

Les professionnels portent le même regard inquiet sur le prix du gaz, dont certains industriels du bâtiment sont particulièrement dépendants. Son mégawattheure a atteint, voire parfois dépassé les 50 € depuis le début du conflit au Moyen-Orient.


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