"Les ENR vont s'imposer d'elles-mêmes car elles seront les plus compétitives", A. Joffre (Qualit'ENR)
XPair : Comment analysez-vous les objectifs fixés par la PPE 3 aux filières d'énergies renouvelables ?
André Joffre : La PPE 3 met surtout l'accent sur l'électricité mais fixe aussi des objectifs extrêmement ambitieux à certains secteurs, comme la chaleur et le froid renouvelables. Le solaire photovoltaïque pourra plus facilement atteindre les siens car ses programmes découlent directement des appels d'offres. Le biométhane est lui aussi une bonne solution, pour le monde énergétique comme pour le monde agricole, avec un double effet économique à la clé.
Plus largement, le but de la PPE est de transférer la consommation d'énergie des moyens conventionnels (pétrole, gaz) vers l'électricité, ce qui se traduit notamment par la mise en place d'aides, comme pour les pompes à chaleur. Mais changer une chaudière pour une Pac n'est pas simple. Il y a déjà beaucoup de ménages équipés de convecteurs électriques qui ont opté pour le chauffage au bois. En outre, il faudra forcément augmenter les prix de l'électricité pour financer les nouveaux réacteurs nucléaires.
Les objectifs annoncés pour le solaire ont suscité des réactions plutôt tièdes, entre soulagement et déception...
Il y a une évolution importante à prendre en compte dans le solaire : c'est la batterie, qui permet de décaler la consommation aux heures où l'électricité sera la plus chère. La batterie va se banaliser dans un avenir assez proche et permettra d'augmenter le taux d'autoconsommation. Pour le reste, je rappelle qu'on nous avait prévu un moratoire, donc le fait de réduire de moitié la voilure de la production est un moindre mal.
"Je pense depuis longtemps que le solaire s'imposera à terme car il sera économiquement le moins cher : les panneaux vont avoir une durée de vie de plus en plus longue, les batteries des cycles de vie de plus en plus importants, et tout cela assurera la compétitivité du prix des ENR."
Si on dézoome, on s'aperçoit même qu'il y a une grande continuité dans le discours de l'État car les trajectoires 2030 et 2035 de la PPE 3 restent constantes avec la pensée historique des pouvoirs publics. On a aussi connu quelques belles années, particulièrement 2024 et 2025, où le marché s'est développé rapidement suite aux problèmes rencontrés par les centrales nucléaires.
Les ENR ont quand même du mal à progresser car les prix du gaz et du pétrole ne sont actuellement pas très élevés, or c'est précisément le coût des combustibles fossiles qui pourrait inciter les ménages à changer d'énergie. C'est pourquoi Qualit'ENR propose d'accompagner les entreprises à développer des concepts multi-énergies.
Certains disent déjà que la PPE 3 ne survivra pas à l'élection présidentielle et que la clause de revoyure prépare déjà le terrain à cette éventualité...
On se doute bien qu'un décret est très facilement modifiable, ce qui n'est pas le cas d'une loi, et sachant qu'il faut aussi tenir compte des directives européennes. Il peut en effet y avoir des changements brutaux en fonction du gouvernement qui viendra aux affaires en 2027. Mais l'année qui vient va être marquée par l'évolution technologique, notamment pour le photovoltaïque et ses dispositifs de stockage.
En trois ans, le prix des batteries a baissé de 80 %, et les modèles au sodium vont encore réduire de moitié les tarifs et augmenter la rentabilité. Ils sont actuellement développés en Chine et devraient arriver en Europe l'année prochaine. Je pense depuis longtemps que le solaire s'imposera à terme car il sera économiquement le moins cher : les panneaux vont avoir une durée de vie de plus en plus longue, les batteries des cycles de vie de plus en plus importants, et tout cela assurera la compétitivité du prix des ENR.
Que pensez-vous de la préférence européenne pour les Pac qui se traduira par la délivrance d'un agrément ouvrant droit à une bonification des CEE (Certificats d'économies d'énergie) ? Et les acteurs ont-ils des nouvelles du plan d'action en faveur du solaire thermique ?
Le marché de la Pac est monotone, il faut le booster ! Cet agrément est une bonne chose mais il a trop tardé. Je rappelle que la Chine a investi 90 milliards d'euros dans sa production de panneaux solaires depuis 15 ans !
"Les SSC donnent de très bons résultats, avec des logements qui consomment très peu pour peu qu'ils soient bien isolés, d'où l'intérêt des campagnes d'information et de la formation des installateurs. Le solaire thermique a un potentiel énorme mais malheureusement il passe sous le radar du grand public."
Concernant le plan de soutien au solaire thermique, il devrait se concrétiser maintenant que des objectifs lui ont été fixés dans la PPE 3. Dans ce domaine, la rentabilité du chauffe-eau solaire est énorme, il n'y a quasiment pas d'entretien et la filière peut compter sur des fabricants français de panneaux solaires.
Les SSC (systèmes solaires combinés) donnent de très bons résultats, avec des logements qui consomment très peu pour peu qu'ils soient bien isolés, d'où l'intérêt des campagnes d'information et de la formation des installateurs. Le solaire thermique a un potentiel énorme mais malheureusement il passe sous le radar du grand public car il a été cannibalisé par le photovoltaïque. L'opinion publique croit majoritairement qu'on peut produire de l'eau chaude uniquement avec de l'électricité...
2026 marque les 20 ans de Qualit'ENR. Quel bilan tirez-vous de l'activité de votre organisme de qualification ?
Qualit'ENR est régulièrement audité par les organismes de contrôle et figure parmi les bons élèves en termes de qualifications (voir encadré). Notre stratégie initiale était d'accompagner la profession en partant de là où elle en était et de resserrer les mailles du filet pour que la qualité des installations progressent. Nous ne formons pas nous-mêmes mais nous entretenons des relations avec une centaine de centres qui délivrent des formations que nous produisons.
Sur les chauffe-eau solaires, il a été démontré que la proportion d'anomalies s'améliore très fortement au fur et à mesure que la population d'installateurs certifiés progresse. Beaucoup de professionnels arrivent et repartent dans le métier, d'où l'importance d'améliorer la qualité de leurs ouvrages.
Qualit'ENR en chiffres
- 30.943 qualifications actives
- 18.489 entreprises qualifiées
- 1.655 entreprises qualifiées Qualisol, pour l’installation d’appareils de chauffage solaire ou de chauffe-eau solaire (solaire thermique)
- 4.914 entreprises qualifiées QualiPV, pour l’installation de panneaux solaires photovoltaïques
- 5.731 entreprises qualifiées Qualibois, pour l’installation d’appareils de chauffage au bois indépendants ou hydrauliques
- 12.341 entreprises qualifiées QualiPac, pour l’installation de pompes à chaleur et de chauffe-eau thermodynamiques
- 1.085 entreprises qualifiées Chauffage +, pour l’installation de chaudières à condensation et à cogénération
- 2.291 entreprises qualifiées Ventilation+, pour l’installation de ventilation mécanique
Comme Qualibat, considérez-vous que la qualification est aujourd'hui une manière pour les entreprises de se démarquer ?
Le label RGE (Reconnu garant de l'environnement) vient de loin mais constitue aujourd'hui un véritable atout commun. Jusqu'à présent, les qualifications étaient nécessaires pour obtenir des aides mais il faut se désintoxifier de cela car à terme il n'y aura plus d'aides. Donc en effet, la qualification permet au client lambda de vérifier que tout est en ordre. C'est plus compliqué sur les salons et foires sur lesquels il n'y a pas de recours ou de dénonciation possible après avoir signé un bon de commande.
"Jusqu'à présent, les qualifications étaient nécessaires pour obtenir des aides mais il faut se désintoxifier de cela car à terme il n'y aura plus d'aides. La qualification permet alors au client lambda de vérifier que tout est en ordre."
Les écodélinquants sévissent toujours, même s'ils semblent avoir un peu déserté le secteur du photovoltaïque. Nous les emmenons systématiquement devant la justice, le cas le plus fréquent étant l'utilisation frauduleuse de la marque QualiPV ou d'autres. Nous gagnons tout le temps, les écodélinquants disparaissent instantanément dès qu'ils sont condamnés mais il redémarrent leur activité sous une autre marque, avec des prête-noms et souvent aux mêmes adresses.
Mais nous ne lâchons rien, nous continuons à leur faire la guerre. Nous luttons aussi contre certains discours présentant la qualification comme un dispositif antilibéral et appelant le marché à laisser faire, car cela conduit à faire beaucoup de dégâts. On l'a vu dans les années 2008-2010 avec des faux professionnels qui ont mal installé des mauvais matériels. Donc il faut promouvoir la qualification !
Quels sont les chantiers de votre organisation pour cette année ?
Qualit'ENR va sortir de nouvelles qualifications, notamment sur le stockage. Nous allons aussi nous atteler à la digitalisation du processus car nous souhaitons simplifier la vie des professionnels en leur permettant de faire leur demande de qualification en trois clics, par exemple en allant chercher directement dans les bases de données Kbis et celles des assureurs les attestations correspondantes, le tout avec l'aide de l'intelligence artificielle.
C'est un chantier à plusieurs millions d'euros car Qualit'ENR gère environ 30.000 qualifications ainsi que les audits qui vont avec. Cela suppose un gros travail de suivi, toujours dans l'optique de maîtriser les coûts pour les nombreuses PME que nous qualifions et qui doivent autant que possible être allégées des tâches administratives.
La rénovation énergétique doit-elle être davantage financée par les CEE au détriment de MaPrimeRénov' ?
En tout cas, il faut arrêter de changer les règles tous les quatre matins. Je pense que faire payer le prix de l'énergie aux consommateurs n'a pas beaucoup de sens, surtout que cela risque de coincer si ce prix repart à la hausse. Au fur et à mesure que le prix de l'électricité va augmenter, les ENR vont s'imposer d'elles-mêmes car elles seront compétitives face aux autres solutions.
Les "grille-pains" disparaîtront pour cette raison, mais la pompe à chaleur reste chère et je ne comprends pas que les Pac réversibles ne soient pas subventionnées par MaPrimeRénov' car ce serait un vecteur très puissant pour sortir des combustibles fossiles. Il faut que les dispositifs d'aide permettent de s'adapter au changement climatique.
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