Rénovation : "Mesurer plus et calculer moins", l'objectif du CSTB pour la recherche appliquée

Par   Corentin PATRIGEON

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Publié le 2 juin 2026
© Corentin Patrigeon pour XPair
Julien Hans, directeur recherche et innovation du CSTB, lors de la Journée de la recherche du centre, le 2 juin 2026 à Paris.
ENJEUX. L'édition 2026 de la Journée de la recherche du Centre scientifique et technique du bâtiment a été l'occasion pour l'institution de dresser un constat lucide sur les leviers et freins de la rénovation. Si la feuille de route s'enrichit, il en va de même pour les outils et méthodes.

"Je ne suis pas sûr que nous ayons beaucoup de sujets représentant à ce point les évolutions qui sont devant nous. On peut regarder le sujet de la rénovation sous un angle simple : nous devons massifier le parc, les connaissances et les innovations sont là, mais nous ne sommes pas au bon rythme. C'est un problème de passage à l'acte, un problème de décision, un problème d'état d'esprit ; de l'architecte, de l'ingénieur, de l'artisan, du propriétaire et du chercheur."

Ces mots, prononcés par Julien Hans, le directeur recherche et innovation du CSTB, le Centre scientifique et technique du bâtiment, en introduction de la Journée de la recherche organisée par l'institution le 2 juin à Paris, ont posé le cadre des échanges qui ont suivi. Aux yeux du responsable, les chercheurs de la filière doivent revenir à une recherche "fondamentalement appliquée sur le terrain" et accepter "les échecs", jugés inévitables, qui les attendent sur ce chemin.

"Il faut sortir du bureau, sortir du papier, et se confronter au terrain. Il va falloir mesurer beaucoup plus et calculer beaucoup moins, tester des méthodes, laisser les solutions se déployer et vérifier qu'elles marchent."

- Julien Hans, directeur recherche et innovation du CSTB

Une manière d'interpeller les autres acteurs de la filière sur la nécessité d'être en phase avec la réalité vécue au quotidien par une partie d'entre eux. Consacré aux apports de la recherche dans le chantier titanesque de la rénovation énergétique du parc, l'évènement a posé comme nouveau cadre aux professionnels qu'ils partent du terrain pour trouver de nouvelles solutions et qu'ils les massifient "systématiquement" dans la foulée.

La rénovation est aussi un "sujet de société"

"On est très en retard sur les passoires thermiques, et aujourd'hui sur les bouilloires thermiques. Par conséquent, à chaque vague de chaleur, une partie de notre parc est dépassé. C'est un échec collectif car le monde change plus vite que nous", a appuyé Julien Hans. Ce qui l'a aussi amené à dire que la rénovation "n'est pas qu'un sujet technique, c'est aussi un sujet de société".

Dans ce contexte, le CSTB se veut "un équipier modèle", capable d'apporter son expertise scientifique, de partager ses outils et méthodes, et de repenser ses métiers pour s'adapter à cette nouvelle donne. Nicolas Naville, directeur rénovation et fiabilisation de l’acte de construire au centre, a enchaîné en rappelant les engagements français et européens en la matière, le tout ayant en ligne de mire la décarbonation du parc d'ici un quart de siècle.

"La SNBC (Stratégie nationale bas-carbone) s'affine au fil du temps et vise une rénovation du parc au niveau A ou B du DPE (Diagnostic de performance énergétique) en 2050 pour l'ensemble du parc, et, plus récemment, via l'électrification des usages et la massification des pompes à chaleur." Dans cette lutte contre la précarité énergétique, le CSTB dégaine ses outils, au premier rang desquels la BDNB (Base de données nationale des bâtiments) et l'ISB (Indicateur de surchauffe du bâtiment, appliqué à 38 millions de structures).

Lever la complexité et restaurer la confiance

Le constat dressé a aussi fait preuve de lucidité sur les limites des politiques publiques et des actions privées. "Il y a un éléphant dans la pièce : la rénovation coûte cher", a relevé Nicolas Naville. Certes, 120.000 rénovations d'ampleur ont été réalisées l'an dernier, mais celles-ci doivent s'inscrire dans une trajectoire soutenable pour les finances publiques, ce qui n'est pas gagné à l'heure où la pression budgétaire s'accroît.

La solution pourrait alors consister à changer de braquet. D'après le responsable, "on peut toucher 50 % des émissions de CO2 du parc en intervenant sur 20 % des logements". La question de la décarbonation des systèmes se pose également. "On ne peut pas installer de PAC partout et on ne pourra pas rénover certains bâtiments pour des raisons structurelles, démographiques, de localisation…"

D'autant que les freins à la rénovation ne se limitent pas au coût. La complexité, particulièrement la lisibilité de l'offre en la matière et des bénéfices attendus, ainsi que la confiance, par exemple sur la garantie des gains énergétiques, constituent d'autres chantiers. Dans une étude, le Club de l'amélioration de l'habitat a en outre démontré que la motivation des particuliers pour réaliser des travaux n'est jamais purement énergétique ni environnementale.

Repenser le modèle de développement urbain

C'est pourquoi "il faut mieux faire le lien entre rénovation énergétique et entretien-amélioration", estime Nicolas Naville. Ce dernier marché présente "un potentiel annuel dormant d'environ 20 milliards d'euros", selon Jean-Pascal Chirat, le délégué général du CAH. Mais comment faire pour atteindre ce potentiel ? Déployer "une armée de la rénovation énergétique" comme le préconisent certains ?

"Il faut organiser une rencontre entre une demande stable et solvable, et une offre performante et lisible."

- Nicolas Naville, directeur rénovation et fiabilisation de l’acte de construire au CSTB

Ou plutôt "organiser une rencontre entre une demande stable et solvable, et une offre performante et lisible", comme le suggère le représentant du CSTB ? Quoi qu'il en soit, le modèle de développement urbain devra être repensé. Une étude de l'Ancols (Agence nationale de contrôle du logement social) a indiqué que l'acquisition-amélioration de logements existants par des bailleurs sociaux leur revenait 30 % plus cher que d'acheter du neuf.

Pour tenter d'apporter une réponse d'ensemble, le Centre scientifique et technique du bâtiment concentre ses efforts sur ses cinq "domaines d'action stratégiques" établis jusqu'à la fin de la décennie : penser des bâtiments et quartiers "pour bien vivre ensemble" et pour s'adapter au changement climatique, rénover et fiabiliser "l'acte de construire", mobiliser l'économie circulaire et les ressources à cette fin, et enfin développer des "produits et systèmes constructifs performants".

L'idée étant de parvenir à embarquer les différentes dimensions du sujet, de ne pas négliger la performance réelle des bâtiments et de "faire les comptes au niveau économique comme environnemental". Assurément, les chercheurs du bâtiment ont encore du pain sur la planche.


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