"Pac élec ou Pac hybride, l'important est que le client ait le choix", Frédéric Martin (France Gaz)
Le gaz a encore sa place dans le bouquet énergétique mondial, et même plus que jamais si l'on en croit Frédéric Martin, à la tête de France Gaz. L'association, qui organisait ce 29 janvier sa conférence de rentrée, a dressé le bilan 2025 et les perspectives 2026 des marchés sur lesquels ses adhérents évoluent, dans un contexte géopolitique et économique pour le moins tendu.
"Le monde du gaz est en pleine transformation et devient multimolécules", assure son président. "Sur le marché mondial, le charbon est en décroissance et est remplacé pour produire de l'électricité par des énergies renouvelables électriques, de l'uranium et des molécules."
La demande en gaz devrait ainsi continuer de progresser jusqu'en 2035, notamment pour répondre aux nouveaux usages, type GNL (gaz naturel liquéfié). En parallèle, le biométhane rentre progressivement dans l'équation énergétique européenne avec 7,3 bcm (milliards de mètres cubes) de nouvelles capacités prévues d'ici à 2030, selon l'EBA (European Biogas Association).
"Il s'inscrit dans la politique européenne de moins consommer et de produire nous-mêmes, et maintenant on voit tous les pays développer leurs productions de biométhane", relève Frédéric Martin, quand la stratégie sur l'hydrogène a pour sa part été recentrée sur l'industrie et décalée dans le temps.
La France au carrefour des gaz
"La France joue un nouveau rôle dans ce cadre : avec l'inversion des flux suite à la guerre en Ukraine, elle est devenue un hub gazier, un barillet de distribution", souligne le président de France Gaz. "Les flux arrivent d'abord en France et sont ensuite distribués en Europe."
"Faire du biométhane, c'est pour moi, à date, la manière de décarboner la plus rapide au niveau économique car le client n'a pas besoin de changer de chaudière."
- Frédéric Martin, président de France Gaz
L'an dernier, 510 térawattheures sont ainsi passés par les infrastructures de l'Hexagone, dont 160 qui étaient destinés au reste du continent. Les stockages, eux, s'avèrent "absolument indispensables" pour la sécurité d'approvisionnement, comme en témoigne leur participation à hauteur de 70 % à l'appel pour la vague de froid du 6 janvier.
La filière tient encore à mettre en avant la "force de l'hybridation" dans la mesure où plus de 10 % des 90 gigawatts électriques ont été produits par le gaz en 2025. À l'échelle nationale, la consommation se stabilise cependant autour de 350 TWh.
"On observe tous les ans une petite érosion car les ménages investissent dans leur logement et font preuve de sobriété", commente Frédéric Martin. Une "bonne nouvelle" malgré tout : "Le biométhane s'installe en France, partout dans les territoires, avec 803 sites et une production de 16 TWh".
Répondre aux besoins des régions rurales
Les gaziers considèrent aussi apporter une réponse aux régions rurales, où "une partie de la population est hors des réseaux, avec des bâtiments anciens et mal isolés, et donc un coût de conversion élevé ; or il ne faut pas laisser ces populations sans solution et leur offrir des possibilités sans pour autant les contraindre, notamment avec les biogaz liquides, comme en témoigne l'objectif de 10 % de biopropane".
Avec un "pipe" de 33,7 TWh de projets et le lancement du dispositif des CPB (Certificats de production de biogaz) le 1er janvier dernier, ils ne sont pas particulièrement inquiets sur leurs perspectives de développement, même si la PPE 3 (Programmation pluriannuelle de l'énergie), malgré un objectif 2030 conforté à 44 TWh injectés, laisse planer le doute sur l'objectif 2035.
D'autant que leurs clients, ménages comme entreprises, leur font clairement remonter leurs préoccupations sur l'énergie. "C'est une forte composante du pouvoir d'achat et le débat politique à ce sujet nous semble exacerbé et tomber dans les excès", déplore Frédéric Martin.
Citant l'Observatoire de la précarité, qui alertait dans sa dernière édition sur les 35 % de Français qui ont déclaré avoir eu froid dans leur logement durant l'hiver dernier et les 36 % qui affirment rencontrer des difficultés à régler leurs factures d'énergie, il juge le sujet "hautement sensible".
Décarboner autrement
C'est pourquoi France Gaz voit d'un œil circonspect les grands axes du plan d'électrification à 2050, particulièrement la "tentation du tout nucléaire avec des investissements massifs à la clé", chiffrés de 1.500 à 1.700 milliards d'euros, ou encore le relâchement des efforts sur les sobriété et efficacité énergétiques. Et ce, alors que "l'Europe rappelle qu'il est essentiel de poursuivre un travail de fond sur l'isolation des bâtiments, l'efficacité énergétique et la flexibilité du système énergétique".
"Pac élec ou hybride, l'important est que le client ait le choix. On veut décarboner, donc il faut continuer les efforts sur les bâtiments et proposer plusieurs solutions. À vouloir aller trop vite, on crée des effets d'aubaine. On l'a vu avec le Cep du DPE qui avantage maintenant l'électricité ; un bâtiment qui fuit reste un bâtiment qui fuit…"
Certes, la SNBC 3 (Stratégie nationale bas-carbone) contient des aspects positifs aux yeux de l'association, comme… le rôle central de la sobriété. Mais d'autres considérations interrogent la filière gaz, à l'image de… la vision tout élec du texte. D'où sa décision de monter au créneau pour présenter dans le débat public "une autre voie de la décarbonation" : "On va laisser passer les élections municipales mais on présentera notre vision au printemps pour qu'il y ait un vrai débat dans le cadre de l'élection présidentielle", annonce Frédéric Martin.
Avec trois objectifs : "une transition énergétique plus équilibrée avec une électrification raisonnée, une meilleure synergie des réseaux et une décarbonation du mix gazier pour l'ensemble des usages d'ici à 2050". Ce qui se traduira, entre autres dossiers, par "le développement des gaz renouvelables, le maintien des infrastructures gazières et la mixité des solutions pour baisser le coût de conversion électrique des usages".
Soutenir l'innovation
Les gaziers veulent aussi continuer à offrir des solutions adaptées à leurs clients, à l'instar de la chaudière Ch0C pour le secteur industriel, et à investir dans les filières émergentes (CO2, pyrogazéification, gazéification hydrothermale, power-to-méthane). En outre, "nous voulons éviter les risques de surtransposition du projet de loi DDADUE (Diverses dispositions d'adaptation au droit de l'Union européenne) et demandons la taxe carbone partout en Europe", note Frédéric Martin.
Le maintien d'une enveloppe de soutien dédiée aux solutions innovantes est perçu comme nécessaire "pour préparer l'avenir", prévient le responsable : "Si on n'investit pas dans ses filières, on va se retrouver post-2030 à acheter des licences à l'étranger et c'est dommageable, car ces technologies ont un fort pouvoir de réplicabilité".
Plus largement, France Gaz explique avoir déjà entamé un travail prospectif "sur une vision, non pas omnipotente mais équilibrée, et non pas du gaz mais des gaz", en vue de 2027. "Le but est que le public entende plusieurs voix. Quelle que soit l'énergie, on fait aujourd'hui du 'stop and go' et c'est mortifère pour notre économie. On a besoin de retrouver de la rationalité et de la sérénité dans ce débat."
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