"Le biopropane est la seule ENR à ne pas être du tout subventionnée", dénonce France Gaz Liquides
Dans le contexte énergétique actuel, quels sont les objectifs de France Gaz Liquides ?
Aurélien Barbé : Pour répondre à cette question, je précise que je suis président de France Gaz Liquides mais aussi directeur général de Butagaz, une marque de gaz liquide vendant du butane et du propane, et l'un des 22 adhérents de l’association. Nos entreprises sont des producteurs, distributeurs, transporteurs, fabricants d'équipements et prestataires de services en lien avec les gaz liquides, soit un écosystème qui emploie 11.500 salariés répartis sur 95 sites industriels.
Nos entreprises sont capables de livrer partout en France, y compris en outre-mer, là où l’électricité n’est pas une option viable et là où il n’y a pas de raccordement aux réseaux de gaz naturel, ce qui concerne environ 25.000 communes. Notre activité est donc particulièrement importante pour les ménages, entreprises et collectivités dans la ruralité, ce qui concerne 1 Français sur 3.
Nous proposons du méthane, du gaz de réseau, de ville et de gazoduc, ce qui englobe aussi le GNL (gaz naturel liquéfié) ; nous commercialisons aussi du butane et du propane, qui sont des molécules proches du méthane et très facilement liquéfiables, d’où leur nom de gaz liquides. Cela permet d’avoir une grande quantité d’énergie dans un petit volume, et facilement transportable. Vingt millions d'utilisateurs recourent à nos solutions pour le chauffage, l'eau chaude sanitaire et la cuisson, sachant que 625.000 logements sont chauffés aux gaz liquides.
Face aux pouvoirs publics qui poussent les solutions électriques, rejoignez-vous le combat de l'association France Gaz qui plaide pour continuer à considérer le gaz dans le mix énergétique ?
A. B. : Nous avons besoin de nos molécules pour réussir la transition dans nos territoires et l’électrification ne peut pas être la bonne solution partout. Il faut une complémentarité des énergies pour nos clients résidentiels, tertiaires et industriels.
De la même manière qu’il y a du biométhane, il existe également du biopropane et du biobutane, produits dans des bioraffineries, avec une empreinte carbone plus faible que celle des molécules conventionnels : 42 g.CO2/m². Ce nouveau facteur d’émissions, validé par l’Ademe (Agence de la transition écologique), nous place au même niveau que le biométhane et le solaire photovoltaïque. Les biomolécules contiennent 80 % de CO2 en moins que les molécules classiques.
"Nous ne sommes pas anti-électricité mais nous voulons un mix énergétique qui respecte le principe de la bonne énergie au bon endroit. L’électricité ne marchera pas partout dans la mesure où, dans les régions rurales, les maisons sont en moyenne plus grandes et souvent plus mal isolées, quand les revenus sont aussi plus faibles alors qu'une pompe à chaleur coûte cher à l’installation."
Au-delà des raisons économiques, la Pac peut aussi ne pas marcher pour des raisons d’efficacité énergétique : 50 % des maisons construites dans les 30.700 communes rurales datent d’avant 1970, donc avant les premières réglementations thermiques, voire d’avant 1918, d’après une étude que nous avons réalisée avec l'École des Mines Paris Tech.
Dans l'un de nos scénarios de modélisation de transition énergétique du parc résidentiel situé sur les communes hors réseaux de gaz naturel, le remplacement des chaudières fioul et propane par des Pac électriques conduirait la pointe électrique d'environ 10.000 communes à augmenter de 87 % !
Autrement dit, le réseau de distribution de ces collectivités ne supporterait pas l’électrification des usages, notamment pour le chauffage. Pour y remédier, il faudrait investir massivement dans les réseaux, ce qui n’est pas prévu à date. D'autant que chaque gigawattheure distribué en zone rurale nécessite un réseau de distribution 15 fois plus long que pour un GWh distribué en zone urbaine, et qu'on se retrouve avec des mix énergétiques différents selon les régions.
Quels sont aujourd'hui les niveaux de consommation des gaz liquides en France ?
A. B. : Nos 11 millions de clients particuliers et 200.000 clients professionnels utilisent le propane ou le butane comme énergie de chauffage en l'absence de réseau de gaz naturel. L’industrie utilise le gaz pour un grand nombre d’usages, dont 70 % ne sont pas électrifiables avant 2035.
"Le gaz a des capacités thermiques et énergétiques qui lui permettent de monter très vite et très haut, des capacités que l’électricité n’a pas, du moins pour l’instant. Ces capacités sont reconnues car, pour la première fois, le butane et le propane devraient être dans la PPE 3 (Programmation pluriannuelle de l'énergie, voir encadré)."
La filière gaz liquides ne représente que 1,5 % du mix énergétique français mais tout de même 5 % du mix rural ! Nous nous engageons par ailleurs à incorporer au moins 10 % de biopropane dans notre bouquet. L’administration reconnaît bien qu’on ne peut pas traiter de la même manière les zones rurales et les zones urbaines, le pas d’après est d’inscrire le biopropane dans la stratégie énergétique nationale avec des objectifs de développement.
À l'image des producteurs de biométhane, les entreprises de gaz liquides bénéficient-elles d'un soutien public ?
A. B. : Nous ne bénéficions d’aucune aide car nous ne bénéficions pas de reconnaissance à date. Le biopropane est la seule énergie renouvelable à ne pas être du tout subventionnée, et tous ses coûts sont supportés par sa filière ! L’État n’a jamais mis un seul euro pour les infrastructures de biopropane. Aidons donc le biopropane à offrir une solution de décarbonation aux territoires ruraux, que ce soit par le levier de la fiscalité ou par un autre.
Le chapitre consacré aux gaz liquides du dernier projet de PPE connu les évoque dans ces termes :
"Le gaz de pétrole liquéfié (GPL) est utilisé comme combustible et carburant. Bien que ne représentant qu'une faible part de l'énergie primaire consommée en France pour son utilisation en combustible, c'est un vecteur énergétique important dans les zones hors des réseaux de distribution de gaz. Il est donc clé dans certaines zones rurales et les pistes proposées par la filière seront étudiées."
Sinon, on risque de passer d’une problématique énergétique à une problématique d’aménagement du territoire, avec au bout du compte une épineuse question de cohésion des territoires. Je précise qu'un client qui possède une citerne de propane peut passer au biopropane du jour au lendemain, à son rythme (10 %, puis 20 %, puis 50 %...) et à l'aide de certificats d’origine.
La filière gaz liquides planche-t-elle sur des innovations autres que le biopropane ?
A. B. : On espère rajouter le RDME (diméthyléther renouvelable), une molécule similaire au propane, à notre bouquet énergétique. Nos entreprises sont en train de se structurer sur l’outil de production de cette molécule. Le sujet est mondial car le propane est consommé partout dans le monde. Nous étudions notamment la bonne proportion à injecter dans notre logistique, car un "drop-in" permet de ne pas changer les installations. Cette réflexion s'ancre beaucoup plus en amont par rapport au biopropane qui existe déjà aujourd’hui.
Plus largement, il y a des spécificités propres à chaque matériel et équipement, et des différences entre méthane et propane, ce qui amènent les fabricants à innover en permanence, notamment sur les brûleurs. Les bouteilles et citernes étant des appareils à pression, nous avons par ailleurs des exigences réglementaires très fortes en termes de sécurité, ce qui implique toute une normalisation de contrôle périodique de nos appareils et de nos réseaux.
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