Malgré son attrait économique, la pompe à chaleur attend surtout davantage de soutien politique
Pompe à chaleur rime avec pouvoir d'achat, selon une enquête de l'Afpac (Association française pour les pompes à chaleur) et de l'UFE (Union française de l'électricité) menée auprès de 900 ménages de la région Occitanie fin 2025. Si l'étude confirme un engouement certain pour cette solution, elle souligne aussi que les bénéfices annoncés ne sont réellement au rendez-vous que si plusieurs conditions sont réunies.
Entretien obligatoire
L'enquête met d'abord en exergue un plébiscite de la pompe à chaleur : 97 % des particuliers interrogés se déclarent satisfaits de leur équipement et constatent une baisse de leur facture énergétique dans la foulée de son installation. Les économies atteindraient 25 % pour deux tiers des ménages, et grimperaient même à 100 % pour un foyer sur dix. Les gains seraient en outre encore plus marqués avec des unités air/air. "Ces résultats démontrent que les efforts de la filière professionnelle pour améliorer la qualité des installations portent leurs fruits", en déduisent l'Afpac et l'UFE.
Malgré tout, deux conditions "essentielles" doivent être remplies pour espérer enregistrer des résultats probants en matière de pouvoir d'achat comme de réduction des émissions de CO2. D'abord, le bon dimensionnement de l'installation en fonction des besoins réels du logement.
Ensuite, la réalisation d'un entretien régulier par un professionnel qualifié, qui est présenté comme "un geste indispensable pour maintenir la performance de la pompe à chaleur et contrôler durablement ses dépenses énergétiques". L'étude rappelle d'ailleurs que la réglementation "impose un entretien obligatoire tous les deux ans", au même titre que les chaudières à gaz ou biomasse. Environ trois quarts des ménages (72 %) qu'elle a sondé disent respecter cette obligation.
Un déploiement jugé trop timide malgré les incitations publiques
Le succès de la Pac – 4 millions de maisons individuelles en étaient équipées fin 2023, d'après l'Afpac – s'expliquerait notamment par le fait que son installation soit considérée aujourd'hui comme l'opération de rénovation énergétique la plus performante, avec en moyenne une efficacité 3 à 4 fois supérieure à des travaux d'isolation, et jusqu'à 20 fois plus que le remplacement des fenêtres.
Selon les calculs de l'UFE basés sur les données de l'ONRE (Observatoire national de la rénovation énergétique), la Pac serait aussi la solution contribuant le plus à la baisse des émissions de CO2 : 1,33 kgCO2éq. évité par euro investi chaque année, contre 0,53 pour le chauffage au bois, 0,11 pour la ventilation double-flux ou 0,04 pour l'eau chaude sanitaire.
Il faut dire que, depuis l'annonce du Plan Pac par le président de la République Emmanuel Macron visant à produire 1 million d'unités sur le sol français d'ici à 2027, les pouvoirs publics ont très largement poussé cette solution et sa principale énergie, l'électricité. Pour autant, la filière estime que son déploiement est encore trop timide, tant en maison individuelle que dans le logement collectif et le secteur tertiaire.
La France, premier marché européen de la pompe à chaleur
Les besoins en matière d'installation et de maintenance remontés par les adhérents de l'Afpac conduiront vraisemblablement le secteur à faire grimper ses effectifs, estimés à près de 50.000 personnes en 2022, à environ 100.000 d'ici à la fin de la décennie.
D'autant que les débouchés commerciaux sont assurés : en 2023, la France était le premier marché européen de la pompe à chaleur, totalisant 910.420 Pac air/air, 306.534 unités air/eau, 177.241 chauffe-eau thermodynamiques, 4.000 Pac hybrides et 3.517 unités géothermiques, ce qui représentait une part de marché d'environ 25 %.
En faisant de la Pac la "pierre angulaire" de la transition énergétique de l'Hexagone, qui remplacerait à terme les chaudières à énergie fossile, ses industriels escomptent ainsi doubler, voire tripler la chaleur renouvelable produite par leurs unités.
Impulsion européenne
Une impulsion complémentaire devrait par ailleurs venir de Bruxelles. "La Commission européenne compte adopter un plan d'action pour les pompes à chaleur dans lequel elle compte réaffirmer ses ambitions en la matière et adopter des instruments pour accélérer leur déploiement à grande échelle", indiquent l'Afpac et l'UFE, en précisant que "ce plan permettra tout particulièrement de se donner les moyens d'atteindre les objectifs de la version révisée de la directive sur la performance énergétique des bâtiments (DEPB), qui fixe un objectif d'un parc immobilier à émission nulle d'ici à 2050 et une sortie des énergies fossiles dans le bâtiment d'ici à 2040".
Mais les industriels attendent aussi un soutien concret des pouvoirs publics, via le renforcement et la pérennisation de MaPrimeRénov' (MPR) et des Certificats d'économies d'énergie (CEE), "condition nécessaire" à leurs yeux pour leur garantir de la visibilité sur leurs carnets de commandes et leur permettre "d'engager avec certitude les investissements dans les lignes de production et de concrétiser les potentiels de créations d'emplois". Une situation encore loin d'être atteinte, puisque si la montée en puissance des CEE est bien actée, la dernière suspension en date de MPR plonge de nouveau les professionnels dans l'incertitude.
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