Pompes à chaleur : le nouveau plan stratégique devrait être opérationnel "fin décembre 2025"

Un nouvel élan pour la pompe à chaleur ? Lors de la Matinale de la Pac, organisée par l'Association française pour les pompes à chaleur (Afpac), acteurs publics comme privés ont listé les nombreux freins que la Pac doit encore lever pour s'imposer sur le front de la décarbonation.
Pour relever le défi de l'électrification du bâtiment, la filière demande une visibilité réglementaire et s'attelle à mieux former ses professionnels, tandis que l'État cherche à rentabiliser ses dispositifs de soutien tout en relocalisant la production - sans oublier de lutter contre les idées reçues. D'ici décembre, les industriels et le Gouvernement doivent désormais accorder leurs violons autour d'un Plan Pac repensé pour (ré)concilier réindustrialisation et souveraineté énergétique.
Pour XPair, Éric Baudry, administrateur et président de la commission logement/résidentiel collectif de l'Afpac, également à la tête de la commission thermique du Gifam (Groupement des marques d’appareils pour la maison), partage les travaux actuellement menés. Celui qui est aussi directeur des affaires publiques d'Intuis revient par ailleurs sur les perspectives d'activité du groupe.
XPair : Quel bilan dressez-vous de l'exercice 2024 ?
Éric Baudry : L'année 2024 a été compliquée. Il y a eu une relative stabilité sur le marché du chauffage électrique, qui est un marché d’ampleur puisqu'il concerne un tiers des logements français et environ 70 millions d’appareils. C'est aussi un marché avec beaucoup de spécificités, comme le développement d’appareils pilotables capables de s’adapter à la stratégie d’effacement.
Ce fut plus difficile pour la Pac air-eau en raison de la contraction globale du marché Pac pour le résidentiel, et des nombreuses questions de prix, de compréhension des aides, de flou réglementaire, de stocks pour la distribution... L’activité en logement collectif se tient quant à elle relativement bien mais il s'agit d'un marché au temps plus long, qui dépend du profil du client (bailleurs sociaux, dans le neuf ou la rénovation...).
Nous disposons de la technologie adéquate, au R290 et adaptée pour la production d’eau chaude thermodynamique, ainsi que de la puissance thermique nécessaire. Le marché n'est cependant pas aussi florissant qu’on pouvait l’espérer, alors qu'il pourrait aller bien plus vite.
L’activité tertiaire s’inscrit elle aussi à long terme et se porte bien, grâce à la dynamique des programmes lancés depuis plusieurs années dans les métropoles. D'une manière générale, il faut tout de même noter que la complexité de l’administration française et européenne a tendance à freiner les projets d’investissement.
Quelles sont vos perspectives d'activité pour 2025 ?
É. B. : On peut imaginer que le marché du neuf restera compliqué jusqu’à l’horizon 2026, le temps que les déclarations d’intentions se concrétisent en actes. Dans le neuf collectif, on voit un certain nombre de programmes sortir un peu partout en France. Dans la rénovation, la prise de conscience des consommateurs en matière d’énergie se traduit pour l'heure par une position attentiste, avec une priorité donnée à la thésaurisation.
On voit une électricité relativement stable en 2025, et on est donc plutôt confiant sur le marché du chauffage électrique et sur celui du chauffe-eau thermodynamique. Les difficultés devraient en revanche se maintenir sur le marché Pac résidentiel, et une inconnue demeure pour la Pac collective.
On peut imaginer la mise en place d’un nouveau dispositif d'aide simplifié, accompagné d'une communication musclée, pour une meilleure clarté de l'information et un meilleur accès aux aides. Mais il faut aussi davantage de professionnels qualifiés pour amplifier les contrôles.
Quels sont les enjeux du réajustement du Plan Pac ?
É. B. : Tout est parti d’une volonté du chef de l’État de produire 1 million de Pac par an à horizon 2030, un objectif finalement ramené à 2027. Il y a eu une véritable volonté de mettre sous tension les filières française et européenne autour de la définition de critères.
Un premier exercice en la matière a débouché sur un volet carbone, pour mesurer l’empreinte carbone de la production de la Pac ; un volet performance intégrant toutes les performances de la machine (acoustique, maintenance…) ; et un volet environnemental embarquant les politiques RSE des entreprises et la logique d’écoconception pour l’ensemble de la filière.
On s’est alors retrouvé confronté à des situations complexes, voire ubuesques, la Commission européenne en rajoutant une couche et la France préférant s’abriter derrière le parapluie législatif européen. Paris veut maintenant se baser sur le dispositif NZIA (Net Zero Industry Act), qui veut réduire autant que faire se peut l’impact carbone de l’industrie en priorisant les produits qui auraient la meilleure empreinte carbone au sein de l’UE, dans l'optique de sortir de la dépendance à la Chine.
"On est plutôt confiant sur le marché du chauffage électrique et sur celui du chauffe-eau thermodynamique. Les difficultés devraient en revanche se maintenir sur le marché Pac résidentiel, et une inconnue demeure pour la Pac collective."
Il existe néanmoins des composants pour lesquels il est difficile de sortir de cette dépendance. Uniclima (Syndicat des industries thermiques, aérauliques et frigorifiques), pour la Pac, et le Gifam, pour le chauffe-eau thermodynamique, se sont lancés dans un exercice de définition des critères de résilience concernant l’assemblage du circuit frigorifique, l’origine du compresseur et le pays de fabrication du produit fini.
On ne remet pas en question les critères de durabilité mis en place avec les pouvoirs publics (qualité, réseau de service après-vente, disponibilité des pièces de rechange…), mais on peut toujours avoir le meilleur produit fabriqué en amont, si l'aval de la filière ne suit pas, on n’y arrivera pas. D'autant qu'il y a une autre échéance à envisager : la formation des jeunes générations pour prendre le virage des énergies renouvelables.
Et où en sont actuellement les discussions entre les pouvoirs publics et les industriels ?
É. B. : Nous échangeons avec la DGE (Direction générale des entreprises), qui a un discours parfaitement clair et un calendrier précis, le tout avec le soutien de l’Ademe (Agence de la transition écologique). La filière est prête à s’organiser de sorte qu'en décembre, tous les produits éligibles à ce nouveau dispositif soient déposés et certifiés (NF Pac, Climarque ou Origine France Garantie). Côté chauffe-eau, deux certifications seront possibles (NF Électricité performance 3 étoiles ou OFG).
Sorti de sa chaîne industrielle, il faudra que le produit ait au minimum 50% de sa valeur réalisée en France. Vu le plan de la DGE, cela semble faisable. Globalement, la volonté des pouvoirs publics et celle des industriels convergent en faveur de Pac et de chauffe-eau affichant des garanties de qualité et de performance.
Le nouveau dispositif devrait être opérationnel fin décembre, pour une entrée en service début janvier. Cela devrait permettre de créer une zone de protection de l’espace européen. Sachant que si un fabricant chinois s’implante en Europe, il devra lui aussi se plier aux règles européennes et françaises.
Dans quelle mesure le Plan Pac en cours d'élaboration pourrait-il impacter votre activité ?
É. B. : Notre marché est en train de se repositionner avec l’accompagnement de la DGE. Cela nous demande beaucoup de travail et nous impose des réunions préparatoires, mais c’est de bon augure car tous les acteurs y contribuent de manière constructive : industriels, distributeurs, BET, exploitants, mainteneurs... Tous avec une vision partagée et une belle dynamique.
Ce qui est pénalisant, c’est le retour de l’opposition entre les énergies, entre le gaz et l'électricité. Au global, le marché de la Pac air-eau a chuté de 40% fin 2024, celui de la Pac air-air de 15%. Des incertitudes demeurent sur les prix de l’énergie, des problèmes de simplification continuent à se poser, certains installateurs poussent la chaudière gaz…
"Le plan Pac est en train de se construire, avec comme logique un modèle économique efficace permettant d'accompagner la réduction des consommations et l’électrification du bâtiment. Chez Intuis, 60% de nos Pac ont au moins 50% de leur valeur réalisée en France."
On essaye de modéliser une chaîne logique et de raisonner en coût global : d’un côté, une chaudière gaz à 4.000 € n’est éligible à rien, tandis que de l’autre, une Pac à 12.000 € est éligible à des dispositions fiscales, qui, avec sa consommation et ses performances, compensent l'investissement initial. La réalité est là.
Pour le reste, le Plan Pac est en train de se construire, avec comme logique un modèle économique efficace permettant d'accompagner la réduction des consommations et l’électrification du bâtiment. Chez Intuis, 60% de nos Pac ont au moins 50% de leur valeur réalisée en France, puisque nous sommes, avec Vaillant, les deux marques qui fabriquent encore en France. Donc notre catalogue s'inscrit dans la logique du futur plan.
La grande tendance actuelle est de recourir au R290 pour les nouveaux modèles de Pac. Intuis a été un peu précurseur dans ce domaine...
É. B. : Oui, nous avons fait le choix d'orienter notre R&D vers le R290 il y a 15 ans. On voulait avoir à l'époque un fluide frigorigène avec le plus faible impact environnemental possible, malgré les contraintes. Ce choix nous a permis d'améliorer nos performances en chaud comme en froid.
Pour rappel, le PRG (potentiel de réchauffement global) du R290 est de 3. Si on veut encore descendre, il existe des solutions à base d'ammoniac et de CO2. L’industrie européenne n’est cependant pas encore assez musclée pour développer les solutions CO2 car cela implique de travailler avec une pression de 120 bars. Pour l'heure, il n'y a pas de filière professionnelle pour accompagner ce développement et assurer l’entretien et la maintenance de ces solutions.
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