Photovoltaïque "made in France" : Carbon jette l'éponge
C'est un coup dur pour la réindustrialisation "verte" de la France et de l'Europe. Ce 19 mai, l'entreprise lyonnaise Carbon a officiellement annoncé mettre un terme à son projet de giga-usine dans l'Hexagone.
Censé employer plus de 3.000 personnes pour assurer une production annuelle de 5 gigawatts-crête de panneaux solaires, le site ne verra finalement pas le jour. Portés par les enjeux de transition et de souveraineté énergétique, le projet était dans les tuyaux depuis quatre ans, mais il semblerait, aux dires de la société, que les méandres de la réglementation européenne ont eu raison de lui.
"Malgré l'affirmation, dès 2023, d'une volonté politique de l'Union européenne et de ses États membres de réindustrialiser et de relocaliser la chaîne de valeur photovoltaïque, la concrétisation de ces ambitions progresse très lentement", avance Carbon dans un communiqué.
"L'objectif du NZIA (Net Zero Industry Act), adopté en juin 2024, s'est limité à diversifier les chaînes d'approvisionnement sans créer de préférence pour une production européenne. Parallèlement, en mars 2026, l'IAA (Industry Acceleration Act) élargit le périmètre du 'Made in Europe' à l'ensemble des pays disposant d'un accord de libre-échange avec l'UE – incluant potentiellement la Turquie, le Vietnam ou encore l'Inde – et repousse l'introduction d'une préférence européenne à 2030", peut-on encore lire.
"Aucune visibilité sur l'émergence d'un marché photovoltaïque européen"
Autant de ralentissements qui auraient été fatals au projet de l'entreprise créée en 2022, laquelle déplore des "divergences persistantes" entre les Vingt-Sept sur la création d'un marché du solaire photovoltaïque 100 % européen. Dans la mesure où "aucune visibilité n'existe aujourd'hui sur l'émergence d'un tel marché" et face aux "incertitudes" sur "l'engagement européen et français" dans "des délais compatibles", Carbon estime par conséquent que "les conditions nécessaires à la sécurisation des financements indispensables" à la giga-usine ne sont pas réunies.
"Un choix difficile mais rendu inévitable", ajoute l'entreprise, qui remercie au passage "l'ensemble des collaborateurs, partenaires, investisseurs, acheteurs publics et territoires" qui y ont pris part. Ses dirigeants tiennent malgré tout à conclure sur une lueur d'espoir, se disant "convaincus que le travail accompli, les partenariats noués et la dynamique collective engagée constituent une base solide pour de futures initiatives".
Pas de "ligne cohérente" sur le solaire en France
"L’annonce de Carbon est une mauvaise nouvelle. Une alerte aussi. Une de plus", regrette Enerplan, le syndicat des professionnels de l'énergie solaire, sur LinkedIn. Selon l'organisation professionnelle, "la souveraineté ne se décrète pas. La réindustrialisation ne se décrète pas. Elles se construisent. Elles exigent vision et cohérence, ambition de long terme et stabilité règlementaire. L'agitation, les grandes déclarations ne suffisent pas."
Considérant que l'UE n'a pas tiré les enseignements de la guerre en Ukraine, et que le conflit en Iran braque de nouveau les projecteurs sur la délicate question de la souveraineté énergétique, Enerplan juge que les mesures mises en œuvre par Bruxelles "ne sont toujours pas à la hauteur". Paris est pour sa part dépeinte comme peinant "à tenir une ligne cohérente sur le solaire, entre rabotages budgétaires et zigzags règlementaires". Pour les professionnels, l'alerte envoyée par Carbon "doit être entendue".
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