"Le seul moyen de réussir la transition énergétique, c'est la planification", Jules Nyssen (SER)
À l'image de la plupart des secteurs d'activité, les professionnels des énergies renouvelables ont bien du mal à trouver leur chemin dans le brouillard ambiant. L'heure est pourtant grave, prévient Jules Nyssen : "Dans un monde devenu dangereux, la France et l’Union européenne sont à la croisée des chemins", assène le président du Syndicat des énergies renouvelables (SER).
"Nous aimerions bien avoir un cap mais nous avons le sentiment de ne pas en avoir : nous n’avons pas de PPE (Programmation pluriannuelle de l'énergie) ; nous avons une SNBC (Stratégie nationale bas-carbone) dont nous cherchons les moyens de la mettre en œuvre ; les appels d’offres, notamment sur le solaire, sont à l’arrêt ; la vision des gaz renouvelables est assez restreinte…" Sans surprise, l'organisation appelle donc encore une fois le Gouvernement à publier la tant attendue PPE 3 et à ne pas lésiner sur ses ambitions.
"Il ne faut pas que la transition énergétique ne soit qu’une transposition d’énergies mais un véritable changement", affirme Jules Nyssen. Son syndicat met ainsi en garde sur "la triple illusion" selon laquelle les réserves en pétrole et gaz seraient infinies, que leurs approvisionnements seraient garantis en dépit des – très nombreuses – turbulences géopolitiques, et que l’adaptation au changement climatique serait systématiquement possible.
"Paradoxe" français
Pour cela, les acteurs enfoncent une nouvelle fois le clou en proclamant la nécessaire complémentarité des énergies et l'hybridation des systèmes qui les mettent en œuvre. "Nous avons besoin de tous les acteurs pour réaliser la transition énergétique. L’électricité est fondamentale pour réussir la transition mais elle ne représente aujourd’hui que 25 % du sujet et pourtant 80 % de la bande passante de ceux qui s’occupent de politique énergétique !", déplore Jules Nyssen.
"Nous n’opposons pas les filières, nous aurons besoin de tout le monde. C'est pourquoi nous demandons à ce que les chaudières biomasse reviennent dans MaPrimeRénov’, car elles décarbonent autant que les pompes à chaleur. Il n’y aura pas de sobriété s’il n’y a pas de renouvellement du parc."
- Frédéric Coirier, directeur général du Groupe Poujoulat et vice-président du SER
Le SER, qui estime au passage que le prix du carbone n’est pas assez élevé, pousse ainsi pour "le seul moyen de réussir la transition", à savoir "la planification, via la PPE et la redistribution". Les acteurs de l'énergie considèrent par ailleurs que la surabondance d'électricité produite n'est malheureusement pas assez considérée comme un atout dans le contexte actuel : la transition énergétique commande une électrification des usages mais la demande demeure trop timide.
Un "paradoxe" au moment où la France exporte de nombreux mégawattheures à ses voisins européens. "La filière demande aussi une stabilité des dispositifs", enchaîne Frédéric Coirier, directeur général du Groupe Poujoulat et vice-président du SER. Pour lui, la filière de la chaleur renouvelable, "mature, 100 % implantée en France, pourvoyeuse d’emplois et qui réalise des investissements", doit également être encouragée car "le tout-élec n’est pas réaliste".
Les biogaz ont "espoir", le solaire est "alarmiste"
Le représentant de la filière bois-énergie balaie d'ailleurs d'un revers de main les critiques sur le bouclage biomasse, évoquant "des retours des acteurs du terrain", à l'instar de l'ONF (Office national des forêts), qui confirment que "la ressource est là". Autre "victime collatérale" de l'emballement sur l'électron, le gaz.
"Il n’y a pas de transition énergétique sans molécules", tranche Benjamin Haas, également vice-président du SER. "Vous ne trouverez aucun scénario qui avance cette hypothèse."
D'après les données du Syndicat des énergies renouvelables, 2025 a plutôt été une bonne année en matière de gaz renouvelables : la filière compte 15,5 térawattheures de capacités raccordées à fin 2025 pour le biométhane, produits depuis 803 sites qui ont ainsi injecté 13,6 TWh dans les réseaux. Soit "un satisfecit sur 2025 et un espoir sur 2026", se félicite Benjamin Haas.
Malgré cela, "le projet de SNBC est très surprenant sur l'objectif de production de biométhane". Les professionnels s'inquiètent également de la complexité réglementaire et du morcellement des projets qui peuvent freiner les investisseurs.
"Si bien que pour redéployer la filière solaire dans quelques années, il faudra quasiment repartir de zéro et on connaîtra de nouveau des goulots d’étranglement, comme il y a une vingtaine d'années", analyse Vianney de l'Estang, vice-président du SER à la tête de sa commission solaire.
Malgré ses bons "fondamentaux", les professionnels du solaire se montreraient par conséquent assez "alarmistes", tout en plaidant "pour rebâtir une infrastructure de production et de stockage plutôt que de se rétrécir et d’avoir une vision de court terme". Et la boucle est ainsi bouclée : "Publiez cette PPE que personne n’a à craindre !", exhorte Jules Nyssen à l'adresse du Gouvernement.
Avoir "la maîtrise stratégique" des filières ENR dans un "monde dangereux"
"Il faut que la PPE donne des perspectives, notamment à la filière solaire, et évite des objectifs trop bas car nous ne pourrons plus les remonter après. Et en attendant la PPE, rien n’empêche de publier un calendrier d’appel d’offres puisqu’il reste suffisamment de volumes." Le SER appelle aussi à soutenir les plans d’investissement dans les réseaux électriques et se tient prêt à participer à "un débat transparent sur les coûts des ENR, en tenant compte de toutes les retombées, nationales comme locales".
"Rien n’est gratuit, tout a un coût, et c’est normal. Les filières ENR sont dépendantes du soutien public, mais décarboner une consommation énergétique n’entraîne pas immédiatement de retours sur investissement. Nous pouvons optimiser le soutien public aux ENR, mais produire des capacités nouvelles sans filet de sécurité n’est pas possible, que ce soit via MaPrimeRénov' ou le Fonds chaleur."
- Jules Nyssen
Parmi ses doléances, le Syndicat des énergies renouvelables demande aussi une révision de la trajectoire attribuée aux gaz renouvelables et de la question de la biomasse. L'enjeu dépasserait même le simple cas de l'Hexagone : "Il faut redonner un cap à la France au sein de l’espace européen, en redémarrant une industrie grâce à des énergies décarbonées et pas chères. Si on ne s’assure pas de la maîtrise stratégique de ces chaînes de valeur, on ne s’en sortira pas", plaide Jules Nyssen.
D'autant que les conséquences économiques et sociales sur les industriels commencent à se concrétiser, avec une multiplication des PSE (plans de sauvegarde de l'emploi) dans la filière. À deux mois des élections municipales, le responsable espère en outre que "les enjeux de transition énergétique reviendront au cœur de débats intelligents et constructifs" car ils font "partie de ceux où il n’y a plus de rationalité dans le débat national". Et a fortiori lors de l'élection présidentielle de l'an prochain.
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