Île-de-France : pourquoi les réseaux de chaleur y bénéficient d'un "écosystème unique au monde"
Les réseaux de chaleur franciliens ont de l'avenir. Dans une note publiée en ce mois de février 2026 par son département énergie-climat, et qui coïncide avec le renouvellement de la concession du réseau de chaleur parisien, l'Institut Paris Région dresse un état des lieux de ces infrastructures tout en s'intéressant à leur potentiel de développement à horizon 2050.
Il faut dire que leur histoire en Île-de-France est déjà longue, puisque le premier réseau de chauffage urbain a été créé à Paris en 1927. Entre les années 1950 et 1970, l'urbanisation galopante s'est doublée d'une expansion rapide de ces installations, qui reposaient alors essentiellement sur des chaufferies au charbon, au gaz ou au fioul. Les chocs pétroliers ont ensuite amené le secteur à diversifier ses sources d'énergie, notamment en direction de la géothermie et de la récupération de chaleur des unités d'incinération (UVE), qui génèrent aujourd'hui 3,5 térawattheures, soit 27 % du bouquet énergétique.
À l'heure actuelle, la région parisienne compte ainsi 133 réseaux de chaleur qui bénéficient, d'après l'institut, d'un "écosystème unique au monde" en raison des ressources locales et de son ingénierie en géothermie "de pointe". Cette dernière s'illustre entre autres par l'exploitation de la nappe du Dogger, qui a produit près de 2 TWh en 2023, faisant de l'Île-de-France la première région géothermale de l'Hexagone.
Leur essor pourrait a fortiori apporter une réponse aux enjeux de décarbonation du bâtiment : "Rappelons que le secteur du bâti résidentiel et tertiaire demeure le principal secteur de consommation énergétique et d'émissions de gaz à effet de serre en Île-de-France, faisant de sa transition énergétique une priorité absolue. Les réseaux de chaleur franciliens, d'une densité unique au monde, représentent un levier puissant pour accompagner sa décarbonation", estiment les auteurs de la note.
Bien mais peut mieux faire sur les ENR&R
Pour autant, cette bascule vers les réseaux de chaleur est "loin d'être simple" et implique d'abord de relever "plusieurs défis majeurs". À commencer par une meilleure intégration des sources d'énergies renouvelables et de récupération : avec un taux d'ENR&R de 54 %, le parc francilien a certes franchi la première marche de l'objectif européen fixé à 50 % pour 2028.
Mais les réseaux de la région capitale demeurent largement carbonés en comparaison à la moyenne nationale, qui atteint 66,5 % : ils utilisent encore 45 % de combustibles fossiles, en premier lieu du gaz naturel (6 TWh, soit 44 % du mix), pour un "contenu carbone" de 149 grammes de CO2 par kilowattheure en analyse de cycle de vie, bien au-dessus des 113 gCO2/kWh pour l'ensemble du pays.
"En 2026, le charbon disparaîtra totalement du mix énergétique des réseaux de chaleur francilien. Le fioul, autre combustible historique, n'occupe plus qu'une place marginale (0,1 %, soit 8 GWh)", relève la note. "L'objectif européen est de 100 % d'ENR&R en 2050. Or, transformer les réseaux de chaleur demande de lourds investissements sur le long terme. Il convient donc de penser dès maintenant cette mutation pour calibrer les réseaux et diversifier les ressources."
Le potentiel des data centers et des Pac
Certaines nouvelles filières aux ressources non négligeables, comme le solaire thermique, la récupération de chaleur fatale issue des centres de données, l'utilisation des pompes à chaleur mutualisées ou encore la cloacothermie (utilisation de Pac pour récupérer l'énergie fatale perdue par les eaux usées dans un réseau de chaleur urbain), sont néanmoins en mesure de fournir 200 gigawattheures supplémentaires.
La filière a pris conscience de ce potentiel et s'est lancée dans de nombreux projets de renouvellement et de modernisation des réseaux franciliens, écartant les énergies fossiles pour les remplacer par des énergies renouvelables.
"Malgré ce potentiel exceptionnel, plusieurs limites apparaissent : une possible saturation de la géothermie du Dogger en première couronne, la baisse des déchets incinérés (-5 % entre 2022 et 2023) impactant la chaleur issue des UVE, des tensions croissantes et concurrentielles sur la biomasse liées au changement climatique", ou encore "les besoins importants de foncier pour certaines installations", prévient l'Institut Paris Région.
L'optimisme reste cependant de mise : l'Île-de-France est considérée comme "bien placée pour devenir un modèle de transition énergétique grâce à son histoire, ses ressources et son écosystème technologique".
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