Géothermie : ce que propose la Cour des comptes pour exploiter le "potentiel important du logement"
À quand une véritable reconnaissance de la géothermie comme énergie renouvelable ? Malgré "des atouts indéniables" et "des objectifs de développement ambitieux", la filière reste en marge de la transition énergétique, estime la Cour des comptes dans un rapport consacré à l'exploitation de la chaleur souterraine paru ce 13 janvier.
Que ce soit pour produire de la chaleur ou du froid, ou encore pour générer de l'électricité, par exemple en cogénération, via des pompes à chaleur ou un raccordement à des réseaux de chaleur, la géothermie ne représentait en 2023 que 1 % de la consommation finale de chaleur en France et 5,5 % de la production thermique des réseaux de chaleur en métropole. À l'heure de l'urgence climatique, elle a pourtant des atouts à faire valoir d'après la rue Cambon : présente partout sur le territoire, sa production décarbonée s'avère plutôt stable et donc facilement prévisible. Et pourtant, son développement reste limité.
Alimentant essentiellement des logements individuels et collectifs ainsi que des bâtiments tertiaires, la géothermie de surface a produit 4,7 térawattheures de chaleur et de froid en 2023, selon l'Association française des professionnels de la géothermie (AFPG). La géothermie profonde calogène, qui exploite des nappes d'eau souterraines et approvisionne les réseaux de chaleur, a atteint pour sa part 2,3 TWh la même année, tandis que la géothermie profonde électrogène, qui permet de produire de l'électricité depuis des zones volcaniques ou des factures profondes, n'affiche qu'une très timide production de 0,1 TWh.
Un "potentiel important" en logement collectif "peu exploité"
Pourquoi ? Le secteur est "freiné par des contraintes de diverses natures malgré des soutiens publics significatifs en 2024, évalués par la Cour à 123 millions d'euros pour la géothermie profonde et 110 millions pour la géothermie de surface", souligne le rapport consulté par XPair. Les trois filières sont chacune confrontées à des "spécificités techniques, organisationnelles, réglementaires et financières" qui contrastent avec les objectifs de développement portés par les pouvoirs publics.
La troisième Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE 3, attendue depuis bientôt trois ans et toujours pas publiée) prévoit de quadrupler la production de chaleur géothermique en France métropolitaine d’ici à 2035, avec dans le viseur 10 TWh de chaleur renouvelable issue de la géothermie de surface en 2030, puis entre 15 et 18 TWh en 2035 ; ainsi que 6 TWh puis 8 à 10 TWh pour la géothermie profonde. Ce qui semble "irréaliste alors que le potentiel important du logement collectif est peu exploité", relèvent les Sages.
En 2022, la chaleur pesait 45 % de la consommation finale d'énergie du pays mais était encore aux trois quarts (73 %) d'origine fossile. La filière géothermique peut malgré tout compter sur des débouchés, qui cependant "reposent moins sur l'augmentation des subventions que sur leur priorisation, le desserrement de certaines contraintes réglementaires sur les forages et le développement d'outils organisationnels et juridiques permettant d'améliorer le fonctionnement du marché et de rentabiliser plus facilement les investissements".
Des innovations face "aux besoins croissants de rafraîchissement des bâtiments"
Si la maturité du secteur n'est plus à prouver, les entreprises qui le composent sont toujours soumis à un certain nombre d'incertitudes et de risques, comme l'échec du forage ou des incidents d'exploitation, ainsi qu'à des coûts initiaux particulièrement élevés, qui oscillent entre 11 et 16 millions d'euros par projet de géothermie profonde. La lenteur des procédures administratives et des professionnels pour tenir le rythme des projets n'aide pas non plus.
D'où la préconisation de la Cour des comptes de revoir la place des dispositifs de soutien financiers tout en précisant "la doctrine de couverture des risques". Afin de mieux répartir les forages aux quatre coins du pays, les acteurs sont aussi invités à enrichir leur connaissance du sous-sol. Notamment en outre-mer, où la géothermie profonde électrogène présente, contrairement à la métropole, un potentiel "élevé", capable d'assurer "l'autonomie" et "la décarbonation énergétiques" des Antilles ou de La Réunion.
D'autant que les innovations sont déjà au rendez-vous, à l'image des boucles d'eau tempérée à énergie géothermique ou de l'extension des réseaux de chaleur et de froid, qui "offrent de réelles perspectives pour répondre aux besoins croissants de rafraîchissement des bâtiments induits par le changement climatique"... à condition de "finaliser le projet de cadastre géothermique", pointe la Cour des comptes. La filière pourrait par ailleurs valoriser encore davantage ses actifs en diversifiant ses usages, par exemple via le stockage thermique souterrain.
Plan d'action national
En conclusion de son rapport, la rue Cambon recommande à la DGEC (Direction générale de l'énergie et du climat), à la DGPR (Direction générale de la prévention des risques) et à l'Ademe (Agence de la transition écologique) de réhausser à 2 mégawatts le seuil de la géothermie de minime importance pour la technique de géothermie sur sonde. Dans la même optique de simplification administrative, elle conseille de définir "la doctrine d'allocation du fonds de garantie en tenant compte du niveau de risque des projets de géothermie profonde" et de "réviser l'arrêté du 20 septembre 2016 pour améliorer le dispositif de couverture du risque de forage".
Les autorités se sont pourtant déjà emparées du sujet. Lancé en février 2023 puis étoffé en juillet 2025 sous l'impulsion de l'ancien Premier ministre François Bayrou, un plan d'action national vise à accélérer le déploiement de la filière géothermique. Ses mesures ambitionnent notamment d'installer deux fois plus de pompes à chaleur géothermiques chaque année, en misant sur des décrets pris en Conseil d'État et en capitalisant sur des retours d'expérience du secteur tertiaire. La mise en œuvre du plan est censée faire l'objet d'un suivi régulier depuis l'automne 2025.
Dans sa réponse au rapport de la Cour des comptes, l'Ademe indique en outre que les aides forfaitaires qu'elle propose dans le cadre du Fonds chaleur pour soutenir le développement des projets de géothermie de surface ont fait passer le nombre d'opérations de 43 en 2015 à 319 en 2024. Ce chiffre inclut les projets financés par le biais des contrats de chaleur renouvelable (CCR), du dispositif Tremplin (destiné aux PME pour les aider à financer des investissements et études en faveur de leur transition écologique) et du Fonds tourisme durable.
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