"Il faut décarboner au meilleur prix et le plus vite possible, peu importe la technologie", François Gemenne
Les émissions de gaz à effet de serre (GES) du bâtiment baissent, mais pas assez vite. Alors que le secteur de la construction représente toujours 18 % de l'empreinte carbone de la France, et malgré une diminution progressive de celle-ci depuis une vingtaine d'années, la filière ne semble toujours pas parvenir à franchir le pas décisif alors que les signaux d'alerte climatiques se multiplient.
C'est en partant de ce postulat que l'Alliance pour la décarbonation du bâtiment a vu le jour, avec pour mot d'ordre la promotion de la rénovation énergétique et la mobilisation de tous les acteurs autour de projets concrets. "Il s'agit d'un projet fédérateur visant à réunir experts et scientifiques, acteurs publics et privés, grandes entreprises et start-up, collectivités locales et associations pour réfléchir aux solutions pratiques", affirme notamment le manifeste de l'Alliance.
Son président, le politologue François Gemenne, par ailleurs professeur à HEC, a accordé un entretien à XPair afin de détailler la feuille de route de cette nouvelle organisation.
François Gemenne : La raison d'être de l'Alliance, c'est le constat que les émissions de GES du bâtiment ne baissent pas suffisamment et que le secteur est en panne sur une série de projets et de solutions, aussi bien en matière de rénovation énergétique que de construction neuve.
Les membres de l'Alliance sont également motivés par le besoin de faire travailler ensemble des acteurs qui ne le font pas toujours, ou du moins pas suffisamment, alors qu’ils devraient le faire pour précisément faire émerger ces projets et solutions qui font défaut. L'idée est de mettre autour de la même table des professionnels de la construction, de l’aménagement du territoire, des organismes bancaires… pour porter des solutions dans le débat public et les expérimenter concrètement.
Selon vous, faut-il continuer à construire dans un contexte de zéro artificialisation nette (Zan) des sols ? Et la RE2020, tantôt présentée comme un accélérateur, tantôt comme un frein, est-elle un atout pour la filière ?
"Si le secteur s’appuie uniquement sur la subvention publique, les chantiers de rénovation ne se feront pas."
Que propose l'Alliance pour la décarbonation du bâtiment pour sortir le secteur du marasme ?
Nous avons déjà lancé des groupes de travail sur des sujets jugés prioritaires, comme le chiffrage des bénéfices et cobénéfices de l’amélioration de l’habitat, notamment sur la santé. Je pense aussi au financement de solutions pour la rénovation, afin de savoir où trouver l’argent en mesure de financer les chantiers. Nous étudions également d’autres pistes, telle que l’ouverture de nouveaux types de crédits immobiliers ou la mise en place de mécanismes pour faciliter l’accès à la propriété, qui est aujourd’hui un vrai sujet dans le pays.
Le financement de la rénovation a tendance à être transféré de MaPrimeRénov', autrement dit des subventions publiques, vers les Certificats d'économies d'énergie, donc des fonds privés. Quelle serait la meilleure solution d'après vous ?
Il n’y a pas de bonne solution pour financer la rénovation. Le système s’est jusqu’à présent largement appuyé sur la subvention publique, mais cela ne peut plus tenir car les enveloppes s’amoindrissent en raison de l'état des finances publiques. Donc si le secteur s’appuie uniquement sur la subvention publique, les chantiers de rénovation ne se feront pas.
"Selon les cas, la meilleure solution pourra être une pompe à chaleur ou une chaudière au gaz vert. Nous ne partons pas avec l’idée de promouvoir telle ou telle technologie."
Il faut par conséquent trouver d’autres types de financement, par exemple avec des tiers investisseurs, ou encore en mobilisant l’épargne des Français. Sur ce dernier point, nous pourrions peut-être envisager une remise sur les droits de succession conditionnée au lancement de travaux de rénovation.
Avec les pouvoirs publics qui poussent la pompe à chaleur, une opposition se dessine entre l'électricité et les autres énergies. Quel est votre avis sur le mix énergétique ?
La situation actuelle a effectivement tendance à opposer les solutions, et en l'occurrence les énergies, les unes aux autres. Un des points forts de l’Alliance pour la décarbonation du bâtiment sera précisément la neutralité technologique : nous allons rechercher la meilleure solution, adaptée à chaque contexte, en évitant de faire l'impasse sur des solutions pragmatiques qui existent parfois déjà aujourd’hui.
Selon les cas, la meilleure solution pourra ainsi être une pompe à chaleur ou une chaudière au gaz vert. Les membres de l’Alliance ne partent pas avec l’idée de promouvoir telle ou telle technologie, mais avec l’idée qu’il faut décarboner au meilleur prix et le plus vite possible, quelle que soit la technologie utilisée.
Malgré l’instabilité politique, quel est à vos yeux le chantier le plus urgent à lancer ?
Je pense que le chantier le plus urgent à lancer concerne la mobilisation des financements, notamment sur la rénovation. Le logement neuf a l’habitude de compter sur les financements privés et il faut désormais opérer cette même mutation dans le domaine de la rénovation. L'Alliance pour la décarbonation du bâtiment en est encore à ses débuts, c'est pourquoi des acteurs qui souhaiteraient nous rejoindre sont les bienvenus ! L’organisation est ouverte et a vocation à rassembler très largement des professionnels motivés par cette même volonté de décarbonation du bâtiment.
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