Avec un budget reconduit, le Fonds chaleur se veut complémentaire à l'électrification
Un temps menacé lors des débats sur une éventuelle suppression de l'Ademe (Agence de la transition écologique), le Fonds chaleur confirme son rôle dans le financement de la décarbonation. Le dispositif piloté par l'établissement public depuis 2009 vise en effet à remplacer les combustibles fossiles brûlés pour la production de chaleur – qui représente aujourd'hui 43 % de la consommation énergétique de la France – par des énergies renouvelables et de récupération.
La chaleur renouvelable est déjà promue par des documents structurants telle que la troisième Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE 3) qui, pour rappel, ambitionne de passer de 60 % d'énergies fossiles en 2023 à 60 % d'énergie bas-carbone en 2030.
Pour ce faire, elle fixe comme objectif d'atteindre une fourchette entre 328 et 421 térawattheures de chaleur renouvelable et de récupération à horizon 2035, à comparer aux 172 TWh produits en 2022. En parallèle, il faudrait que la chaleur distribuée par les réseaux de chaleur atteigne entre 68 et 90 TWh d'ici neuf ans, dont 80 % d'origine renouvelable et de récupération, là aussi à comparer aux 26 TWh (dont 64 % d'EnR&R) en 2022.
Sanctuarisation de l'enveloppe
Une feuille de route pour le moins ambitieuse donc, et qui doit se conjuguer aux efforts entrepris en matière d'efficacité et de sobriété énergétiques. Dans le bilan 2025 du Fonds chaleur, l'Ademe assure que "la France dispose de nombreuses ressources locales, renouvelables et de récupération, d'un savoir-faire industriel et de soutiens publics".
D'après elle, "le déploiement des projets aidés par le Fonds chaleur concourt, de façon particulièrement efficiente pour les finances publiques, à la décarbonation de l'économie et à la souveraineté énergétique du pays", et "c'est dans cet objectif que l'État a conforté le budget du Fonds chaleur à 800 millions d'euros en 2026".
La sanctuarisation de cette enveloppe – elle était de 801 M€ en 2025 – devrait ainsi permettre de poursuivre la dynamique engagée l'année dernière, à savoir la construction de 643 kilomètres de réseaux de distribution et de 1.200 nouvelles installations produisant 3,5 TWh par an, soit l'équivalent de la consommation de chauffage d'environ 200.000 logements.
Les réseaux de chaleur, premiers bénéficiaires du fonds
"La totalité de ce budget a été engagée", affirme l'agence, soulignant au passage "la montée en puissance de Contrats chaleur renouvelable accompagnant de nombreux projets de moindre taille", ce qui s'est traduit en 2025 par "une forte croissance des projets de géothermie". Dispositif propre au Fonds chaleur, les CCR permettent de financer des "grappes" de projets d'EnR&R, y compris des dossiers "de petite taille" qui, pris individuellement, n'y seraient pas éligibles.
Plus largement, 727 M€ de l'enveloppe ont servi à subventionner des investissements, tandis que le reste a été fléché vers des mesures d'accompagnement, tels que des études, le Fonds de garantie géothermie (géré par la SAF-Environnement, filiale de la Caisse des dépôts et consignations qui a signé une convention avec l'Ademe) ou encore des prêts bonifiés aux logements sociaux proposés par la Banque des territoires.
En ayant touché 298 M€ d'aides à l'investissement, les réseaux de distribution de chaleur sont les premiers bénéficiaires des subventions du Fonds chaleur. Ils sont suivis par les chaufferies biomasse (155 M€ d'aides), la géothermie de surface et profonde (85 M€) et les équipements de récupération de chaleur fatale (21 M€).
Le solaire thermique et les systèmes de valorisation du biogaz par injection au réseau arrivent encore après, avec respectivement 10,6 M€ et 8,1 M€. "C'est la biomasse énergie qui contribue le plus à cette production de chaleur (52 %), suivie par la géothermie (21 %) puis par la récupération de chaleur fatale (18 %), la méthanisation (9 %) et le solaire thermique (0,5 %)", précise l'Ademe, ce qui reviendrait à éviter l'émission de 777.000 tonnes de CO2 par an.
Tensions sur la ressource biomasse
Pour 2026, l'agence reste confiante sur le rythme de déploiement des installations de chaleur renouvelable. "La dynamique dans les territoires reste très forte puisqu'en parallèle le portefeuille de projets cumule un montant de demande d'aides atteignant environ le double de ce budget. Les conditions d'éligibilité et de financement ont été révisées afin de pouvoir accompagner davantage de projets", analyse l'agence.
Parmi ses priorités figurent la montée en puissance de la géothermie, grâce à la mise en œuvre du plan d'actions lancée début 2023 par Bercy, ainsi que le renforcement de la démarche de priorisation des EnR&R. Cette dernière consiste à diversifier les sources d'approvisionnement en biomasse pour tenir compte des enjeux de disponibilité de la ressource, qui peuvent se traduire par des tensions sur les plaquettes forestières dans certaines régions.
Une alternative aux pompes à chaleur
Pour autant, l'Ademe insiste sur le fait que la biomasse reste "essentielle", particulièrement "pour des usages à haute température". L'agence continue en outre à plancher sur la couverture des risques liés à la récupération de chaleur fatale industrielle.
Enfin, elle vient d'ouvrir, dans le cadre du programme d'investissements France 2030, l'appel à projets BCIAT 2026 (acronyme de biomasse, chaleur, industrie, agriculture et tertiaire), pour lequel les dossiers peuvent être déposés jusqu'en juillet. Il s'agit ici de soutenir des projets de production de chaleur renouvelable dans le secteur de l'industrie, sachant que les projets de pyrolyse/pyrogazéification et de méthanisation en autoconsommation sont aussi éligibles, sous certaines conditions.
Autant de perspectives qui sont censées faire du Fonds chaleur un complément au plan gouvernemental d'électrification des usages, dont les mesures pour le bâtiment ont été précisées par les ministères concernés. Aux yeux de l'Ademe, l'un comme l'autre suivent le même objectif, à savoir réduire la dépendance de la France aux combustibles fossiles. "Les réseaux de chaleur représentent à ce titre une solution essentielle, particulièrement en milieu urbain et dans les situations où les pompes à chaleur ne pourront pas être déployées", relève l'agence.
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