Rénovation : le "gisement d'affaires" du parc privé encore loin d'être pleinement mobilisé

Par   Corentin PATRIGEON

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Publié le 9 septembre 2026
© Capture d'écran webinaire Club de l'amélioration de l'habitat
La dernière édition de l'observatoire du Club de l'amélioration de l'habitat pointe les comportements et les attentes des propriétaires occupants et bailleurs du parc privé en matière de rénovation et de financement des travaux.
ANALYSE. La dernière édition de l'observatoire du Club de l'amélioration de l'habitat pointe les comportements et les attentes des propriétaires occupants et bailleurs en matière de rénovation et de financement des travaux. S'il a une "capacité de développement", le marché a néanmoins du mal à vraiment se lancer.

Face aux travaux de rénovation, quels sont les ressentis, les intentions, les arbitrages et les solutions de financement des Français ? La question était au cœur de l'édition 2026 de l'Observatoire Habitant-Consommateur du Club de l'amélioration de l'habitat, réalisé par la sociologue Audrey Valin du cabinet ACTES et la société de conseil TBC Innovations. Menée en avril dernier auprès de 1.500 propriétaires occupants (73 % du panel) et bailleurs (27 %) du parc résidentiel privé, l'enquête dresse plusieurs constats instructifs, alors que la rénovation performante des bâtiments se fait encore un peu plus pressante à l'heure de l'adaptation au changement climatique et de l'inflation énergétique.

"L'âge moyen des répondants est de 52 ans, avec une dispersion géographique équilibrée entre les quatre quarts de la France, et au niveau des catégories socio-professionnelles un quart de retraités, un autre d'employés, 15 % de cadres et autant de professions intermédiaires. Nous avons catégorisé leurs revenus selon les barèmes MaPrimeRénov' de l'Anah (Agence nationale de l'habitat)", précise Thomas Laran, consultant en études marketing chez TBC.

Ces mêmes propriétaires possèdent des biens dont la superficie moyenne est de 99 m², surtout construits entre 1975 et 2012. Le panel se compose à 66 % de maisons, le reste d'appartements. Le responsable note au passage que "38 % des propriétaires interrogés ne connaissaient pas le DPE (diagnostic de performance énergétique) de leur logement". Sur le plan financier, "à peu près la moitié d'entre eux estime leur bien entre 15.000 et 300.000 €, et leur donnent à 58 % une note sur 10 comprise entre 7 et 8".

L'amélioration du confort énergétique n'est pas une priorité des propriétaires

D'après cet observatoire, il ressort que la principale motivation des propriétaires occupants (PO) pour les travaux qu'ils ont déjà réalisé est la volonté d'embellissement à 70 %, contre 58 % pour l'amélioration du confort énergétique. Chez les propriétaires bailleurs (PB), la volonté d'embellissement tombe à 46 %, l'amélioration du confort énergétique à 42 %.

Jean-Pascal Chirat, le délégué général du Club de l'amélioration de l'habitat (CAH), rappelle que les travaux de ce dernier ont déjà mis en évidence que "le marché d'entretien-amélioration du parc résidentiel est important (un potentiel annuel dormant d'environ 20 milliards d'euros), stable et peu évolutif, mais quand même en capacité d'évoluer".

Le secteur "n'est pas monobloc mais assez diversifié dans ses approches et dicté par deux actions : les univers travaux, c'est-à-dire le contexte dans lequel s'inscrivent ces travaux (améliorer le confort, réparer et maintenir, embellir et décorer, aménager et agrandir), et le profil, autrement dit l'attitude des décideurs (embellisseur, mainteneur, modéré, (re)constructeur et passif)". Le tout formant la matrice de la rénovation, un outil d'analyse et d'interprétation propre au CAH.

Des chantiers trop chers

"Entre deux ménages à revenus équivalents, les attitudes travaux ne seront pas forcément les mêmes", rebondit Audrey Valin. Pour des raisons de coût, les chantiers correspondant plus à des actions ponctuelles sont plus nombreux que ceux s'inscrivant dans un projet global. "Les bailleurs délèguent davantage (69 %) leurs travaux aux professionnels que les occupants (58 %). La rénovation se fait le plus souvent au fil de l'eau, la plupart du temps chez les occupants, sans différence significative entre les barèmes de revenus", illustre Thomas Laran.

Parmi ceux qui n'ont pas réalisé de rénovation globale, les trois quarts des occupants citent le coût trop élevé de tels travaux, contre 61 % chez les bailleurs. Cette problématique écrase les autres freins, bien que l'insuffisance ou que le manque de visibilité des aides financières représentent chacun un quart des réponses. Sur ce point, l'enquête montre que 86 % des répondants seraient favorables au phasage des travaux, ce qui pourrait en faire un levier d'acceptabilité pour parvenir à davantage de rénovations globales dans le temps.

"Plus le DPE est dégradé, plus les propriétaires envisagent de réaliser des travaux"

Les PO (à hauteur de 75 %) et, dans une moindre mesure, les PB (54 %), souhaiteraient dans l'absolu améliorer l'efficience énergétique de leur logement, les premiers essentiellement pour réduire leurs dépenses de chauffage, les seconds plutôt pour préserver, voire augmenter la valeur patrimoniale de leur bien. Dans le détail, 15 % des sondés citent spontanément l'isolation, 12 % les pièces d'eau et 11 % l'adaptation ainsi que l'accessibilité.

"Nous avons tous conscience de la nécessité de soutenir les politiques de rénovation et de les rendre plus stables, mais nous avons tous conscience aussi des limites de financement de l'État, donc il faut continuer à cibler les aides."

- Jean-Pascal Chirat, délégué général du Club de l'amélioration de l'habitat

"Un tiers des ménages aux revenus supérieurs ne compte pas faire de travaux, contre 26 % pour l'ensemble du panel", relève Thomas Laran, qui signale aussi que "plus le DPE est dégradé, plus les propriétaires envisagent de réaliser des travaux pour améliorer le confort énergétique". Si "le désir de rénovation énergétique croît donc à mesure que le DPE se dégrade", la rénovation fait malgré tout toujours l'objet d'un arbitrage.

Par exemple sur le recours à des professionnels : parmi les propriétaires ayant déjà réalisé des travaux, 37 % des PO ont fait appel à des entreprises du bâtiment, contre 50 % pour les PB. Et parmi ceux qui projettent de rénover leur logement, 45 % des PO comptent faire intervenir des professionnels, contre 57 % des PB. Ce serait d'abord la recherche de compétences qui motiverait les ménages à faire ce choix, dans la mesure où le fait de réaliser des travaux soi-même répondrait plus à une contrainte budgétaire qu'à un véritable plaisir.

Envisager des aides à l'adaptation au vieillissement et au changement climatique

Quant aux solutions de financement de la rénovation énergétique, les propriétaires interrogés dans le cadre de l'observatoire plébiscitent celles faisant preuve de simplicité et de lisibilité. Le prêt personnel travaux est déjà utilisé par près de 3 répondants sur 10, tandis que 21 % ont recours au financement intégré à un achat immobilier. À l'approche de l'élection présidentielle de 2027, l'attente est toutefois forte en matière d'aides et de simplification.

Un sondé sur 5 souhaiterait ainsi des dispositifs dédiés à l'adaptation au vieillissement et au changement climatique. Chez les bailleurs, 22 % espèrent que l'accès au logement sera facilité, 16 % demandent plus de protection dans la lutte contre les squats et les impayés, 10 % plaident pour un assouplissent des normes et un soutien à l'investissement locatif, et seulement – sans surprise – 8 % sont favorables à l'encadrement, voire à la baisse des loyers.

"Nous avons tous conscience de la nécessité de soutenir les politiques de rénovation et de les rendre plus stables, mais nous avons tous conscience aussi des limites de financement de l'État, donc il faut continuer à cibler les aides", décrypte Jean-Pascal Chirat. "Il y a aujourd'hui un marché, qui est certes important mais encore insuffisant. Il ne faut pas combattre les fraudes en supprimant les aides, mais en renforçant les contrôles. Nous avons en face de nous un gisement d'affaires, une capacité de développement du marché."

L'été 2026 ajoute cependant une nouvelle problématique à celles déjà soulevées par l'observatoire. "Il est assez probable que si l'enquête était faite aujourd'hui, un certain nombre de remarques pourrait être fait sur la question de l'adaptation aux fortes chaleurs", admet le délégué général du CAH. "L'habitabilité est un élément qui sera à prendre en considération en plus de la performance énergétique. Il y a d'ailleurs une convergence entre les travaux d'adaptation au vieillissement et ceux de rénovation énergétique."


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