"Dès qu'il y a rénovation, elle doit désormais être énergétique", Jean-Christophe Repon (CAPEB)
"De l'énergie, on en a, et il va en falloir." C'est par ces quelques mots que Jean-Christophe Repon, le président de la CAPEB (Confédération de l'artisanat et des petites entreprises du bâtiment), a introduit la conférence de presse de rentrée de l'organisation patronale. Car si le patron des petits patrons du secteur, avec ses adhérents, ne comptent pas baisser les bras, le fait est que l'environnement économique dans lequel ils évoluent est loin d'être réjouissant.
"L'été nous a montré que la réalité du changement climatique est indéniable. Nous n'avons eu de cesse de dire qu'il fallait travailler sur la transition énergétique du bâtiment comme une priorité nationale, un message qui pour l'instant n'est pas entendu", a déclaré Jean-Christophe Repon. "Malheureusement, rien ne s'améliore vraiment. La période est compliquée à gérer et amène des tensions."
Soulignant qu'il n'a pas, de mémoire d'entrepreneur, "le souvenir d'une durée structurelle aussi longue de baisse de l'activité" – 13 trimestres consécutifs tout de même –, il a aussi mis en garde sur le sentiment des installateurs "de ne pas voir de chemin de sortie", en dressant un parallèle avec le début de la crise du Covid et de la guerre en Ukraine.
De lourdes craintes sur la trésorerie
Selon Sylvie Montout, directrice économique de la CAPEB, l
"Il nous faut une vision stratégique, une vision d'avenir ! Dès qu'il y a rénovation, elle doit être énergétique. Après l'été qu'on a passé, on ne peut plus construire comme avant. On doit améliorer durablement le stock de logements."
- Jean-Christophe Repon, président de la CAPEB
Une situation qui génère in extenso des tensions sur la trésorerie : le solde d'opinion des adhérents de la CAPEB sur le sujet s'est effondré au 2e trimestre 2026, à -32 points (se rapprochant de son niveau de la période Covid), sachant que le montant moyen des besoins en trésorerie s'élève à 22.000 €.
La confédération comptabilise par ailleurs quasiment 9 % d'augmentation des créations d'entreprises (22.783 au total) entre avril et juin 2026 en comparaison à la même période un an auparavant, les micro-entreprises représentant toujours quasiment 60 % des créations. Sur le même laps de temps, les défaillances de sociétés se sont rétractées de 2,1 % (3.619).
Trois régions renouent avec la croissance
Les segments d'activité connaissent des fortunes diverses : tandis que la performance énergétique stagne, le logement neuf recule. Au global, la dégradation de l'activité marque certes un ralentissement, mais il reste encore de la marge par rapport aux besoins en matière d'entretien-amélioration et de rénovation énergétique. Si le Grand Ouest (Bretagne, Pays de la Loire, Centre – Val de Loire) renoue avec la croissance, la Normandie fait du sur-place, quand Bourgogne – Franche-Comté et Île-de-France subissent un recul d'activité.
L'impact des canicules et sécheresses sur l'activité des installateurs
D'après une étude réalisée par la CAPEB auprès de 3.000 de ses artisans en mai-juin 2026, 7 entreprises sur 10 disent avoir conscience de l'augmentation de la fréquence des aléas climatiques.
À l'image de bien d'autres secteurs, ceux-ci impactent évidemment directement leur organisation et leur activité durant l'été. C'est le cas de l'instauration d'horaires décalés pour soulager les employés (55 % des répondants), des retards de chantiers provoqués par la chaleur (58 %) et de la surcharge de stress que tout cela occasionne pour les patrons (62 %).
Les entrepreneurs s'adaptent en conséquence : 70 % aménagent leurs horaires de travail, 49 % utilisent régulièrement des applications et plateformes météo pour anticiper les risques, et 28 % achètent des vêtements techniques (anti-UV, rafraîchissants…) pour leurs salariés.
Pour leur rentrée, les chauffagistes et installateurs se retrouvent ainsi face à un tableau bien sombre, et moins bon qu'attendu. "La reprise de l'activité espérée en début d'année est donc compromise, à cause du conflit au Moyen-Orient, de l'instabilité réglementaire (les évolutions de MaPrimeRénov'…) ou encore du plan d'électrification, qui se traduit par un vrai changement pour favoriser la pompe à chaleur au détriment des autres monogestes", analyse Sylvie Montout.
Une hausse des devis et commandes de PAC suite au plan d'électrification
De fait, les équipes de la CAPEB n'augurent pas un troisième trimestre très positif. Son président, lui, rappelle les dossiers les plus urgents à traiter. "On voudrait voir MPR réaffectée sur plus de monogestes. Et comment les passoires énergétiques vont-elles être requalifiées après le changement des coefficients de conversion de l'électricité dans le DPE (diagnostic de performance énergétique) ?"
Pour lui, "il ne suffit pas d'aller dans une GSB (grande surface de bricolage) pour acheter des ventilateurs en espérant avoir moins chaud dans son logement… Il nous faut une vision stratégique, une vision d'avenir ! Dès qu'il y a rénovation, elle doit être énergétique. Après l'été qu'on a passé, on ne peut plus construire comme avant. On doit améliorer durablement le stock de logements."
C'est pourquoi la confédération lance aujourd'hui une consultation auprès de ses membres sur les 17 priorités à porter auprès des candidats à l'élection présidentielle, "que nous prioriserons dès la fin septembre". En attendant, les chauffagistes confirment "une accélération des devis et des commandes de PAC" depuis la présentation du plan d'électrification, espérant que cette tendance sera "perceptible" dès cette rentrée. "
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