Décarbonation : cette incohérence dans les politiques de rénovation soulevée par un rapport
Les politiques publiques en faveur de la rénovation énergétique mises en œuvre au cours des 20 dernières années ont-elles réellement permis à la France de se rapprocher de ses objectifs climatiques et d'enclencher la décarbonation du bâtiment ? C'est la question à laquelle l'institut TerraWater, un groupe de réflexion largement favorable à l'électrification "massive" des usages, a tenté de répondre au travers d'une note d'analyse sur les priorités de la rénovation et d'un rapport sur l'électrification du bâtiment, rendus publics au moment où s'achevait la consultation publique de la troisième Stratégie nationale bas-carbone (SNBC 3).
Au-delà du caractère évidemment partisan de ce think tank, la méthodologie et les enseignements de son étude méritent malgré tout de s'y attarder. Dès le printemps 2025, l'institut a croisé les données de 25 organisations, administrations et filières professionnelles pour éplucher les choix politiques ainsi que les leviers d'action qui permettraient de respecter les engagements environnementaux et énergétiques de la filière à horizon 2030.
Parmi ses sources, entre autres, le SDES (service des données et études statistiques du ministère de la Transition écologique), le Citepa (Centre interprofessionnel technique d'études de la pollution atmosphérique), RTE (le gestionnaire du réseau haute tension), l'Ademe (Agence de la transition écologique), l'Anah (Agence nationale de l'habitat), le CSTB (Centre scientifique et technique du bâtiment), GRDF, la FEDENE (Fédération des entreprises de services énergie et environnement) ou encore Uniclima.
Entre 500 et 1.000 milliards d'euros de coût pour les finances publiques
Pour commencer, il estime le coût des politiques publiques de la rénovation énergétique entre 500 et 1.000 milliards d'euros depuis les années 2000, soit entre 300 et 800 € par mètre carré. D'après Myrto Tripathi, directrice générale de TerraWater, "la question prioritaire aurait toujours dû être : comment le bâtiment doit-il sortir des énergies fossiles, à quelle vitesse, et quel ordre de priorité donner aux différentes stratégies possibles".
Ses équipes ont plus exactement mené une analyse transversale des ventes de chaudières, du déploiement des réseaux de chaleur, de la transition des fluides frigorigènes et de l'évolution du dispositif des CEE (Certificats d'économies d'énergie). Elles estiment ainsi que la rénovation énergétique "s'est imposée comme principal levier de la politique climatique appliquée au bâtiment", avec un accent mis sur "la réduction des consommations énergétiques" qui a relégué "au second plan la question de la substitution des énergies fossiles".
C'est pourquoi "l'électrification doit constituer le premier acte de la décarbonation des bâtiments, la rénovation énergétique venant ensuite amplifier les gains climatiques obtenus et améliorer la performance du parc immobilier", souligne le rapport. Pour l'organisme, il conviendrait donc d'imposer le plus rapidement possible l'électron dans les systèmes énergétiques des bâtiments avant de chercher à améliorer la performance énergétique du parc.
Électrifier avec des PAC, mais pas n'importe comment
Le rapport détaille également les consommations d'énergie du secteur, en distinguant les différents usages, en associant les émissions de CO2 aux équipements dont elles proviennent, en intégrant aussi les émissions liées au bois-énergie et en évaluant l'impact des leviers de décarbonation, comme la substitution des chaudières au fioul.
Toujours d'après ses calculs, le coût d'abattement carbone de la rénovation sans électrification reviendrait à 500 € par tonne de CO2 évitée. En parallèle, le coût d'abattement carbone de l'électrification sans rénovation oscillerait entre 250 et 400 € / tCO2 évitée.
Il en arrive à la conclusion que "le bâtiment représenterait 24 % des émissions territoriales françaises, contre 19 % dans les approches traditionnelles", et que le chauffage du parc "apparaît ainsi comme le second secteur le plus émetteur de CO2 en France après les transports". Ce poste pèserait plus précisément "55 % de la consommation de gaz naturel, 77 % de la consommation de bois et 8 % de la consommation de produits pétroliers (fioul et GPL)".
"Aux spécialistes d'identifier les solutions techniques les plus efficaces"
D'où l'intérêt, insiste le document, d'électrifier le secteur "par le biais des pompes à chaleur", mais pas à n'importe quelles conditions. Le déploiement des PAC "suppose toutefois de traiter finement les enjeux de thermosensibilité, de qualité des équipements, de dimensionnement des installations et d'adaptation du cadre réglementaire dans le neuf comme dans la rénovation, le secteur du bâtiment représentant déjà 70 % de la consommation d'électricité française".
Pour lever les freins techniques, réglementaires, financiers ou encore juridiques en la matière, TerraWater recommande de mobiliser les "gisements" d'électrification "rapide", d'évaluer la rénovation "à partir de son coût réel par tonne de CO2 évitée", de créer un "choc d'offre autour des PAC" et de responsabiliser propriétaires et collectivités.
Partant du principe que les enveloppes qui y ont été consacrées jusqu'à présent "n'ont pas donné les résultats attendus et ont entraîné des retards et des pertes d'opportunités", ces propositions considèrent que le bâtiment n'a pas besoin de financements publics supplémentaires pour se rénover, mais que les moyens déjà engagés pourraient être optimisés. Selon TerraWater, c'est "aux responsables publics de fixer les objectifs, les contraintes et les arbitrages collectifs", mais il revient ensuite "aux spécialistes d'identifier les solutions techniques les plus efficaces pour les atteindre".
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