Pourquoi les acteurs du confort thermique voient dans le pré-isolé une "solution d'avenir"
L'hydrodistribution et les surfaces rayonnantes font grise mine. La morosité persistante du secteur du bâtiment a fait reculer leurs volumes de ventes en 2025. De quoi inciter les adhérents de Cochebat, le syndicat des professionnels du confort thermique, à réorienter leur stratégie vers d'autres segments d'activité.
Il leur faut déjà se préparer aux nouvelles obligations réglementaires dans les tuyaux, telle que la nouvelle directive européenne "Eau potable", "dont le but est d'avoir une qualité de l'eau uniforme dans tous les pays de l'Union européenne", explique le président de la commission technique, Benoît Smagghe.
"Un gros chamboulement" en perspective, qui aura notamment pour conséquence la suppression des attestations de conformité sanitaire (ACS) à partir du 1er janvier 2027 et la mise en place de nouveaux tests sur l'eau froide, chaude et très chaude. Une période de transition s'étendra ensuite jusqu'au 31 décembre 2032, pour une application totale prévue en 2033.
En parallèle, Cochebat travaille avec l'Afnor (Association française de normalisation) et le CSTB (Centre scientifique et technique du bâtiment) sur divers sujets réglementaires et de normalisation pour "porter la voix de l'industrie et amener du bon sens".
De même, un guide de désinfection des réseaux d'eau sanitaire vient d'être publié en collaboration, notamment, avec l'AICVF (Association des ingénieurs et techniciens en climatique, ventilation et froid), Evolis (fédération des fabricants de machines et de biens d’équipement) ou encore le Costic (Comité scientifique et technique des industries climatiques), afin de rendre les installations plus efficaces, par exemple en promouvant des traitements thermiques pour désinfecter et non des traitements chimiques, nocifs pour la santé et l'environnement.
Prendre le train des réseaux de chaleur (et de froid) en marche
Les professionnels de l'hydrodistribution et des surfaces rayonnantes ont par ailleurs décidé de prendre le train des réseaux de chaleur urbains (RCU) en marche. "Tous les RCU se développent, et qui dit RCU dit canalisations", relève Benoît Smagghe. "En mettant en relation nos adhérents compétents en la matière, on élargit notre périmètre", d'où l'ouverture par Cochebat d'un groupe de travail sur les tubes pré-isolés, présentés comme "une solution d'avenir pour l'efficacité énergétique".
"En 2025, le portrait-robot du tube pré-isolé était du monotube de diamètre 63, dont les volumes ont augmenté de 28 % par rapport à 2024, avec une hausse des diamètres des caloporteurs. Et nos adhérents tablent sur une croissance entre 10 et 25 % pour 2026", insiste Laurent Conrard.
Ces systèmes complets (tubes, raccords et kits d'isolation associés) forment des réseaux enterrés destinés aux usages de proximité, telle que l'alimentation en chaud et en froid décentralisée depuis une source biomasse ou géothermique, ou une chaufferie. Les pré-isolés peuvent aussi jouer un rôle dans la distribution sanitaire centralisée, en alimentant plusieurs corps de bâtiments depuis une chaudière centralisée, et permettre le raccordement des groupes extérieurs de pompes à chaleur déportées, limitant de fait les pertes thermiques.
"Dans le cadre des RCU, des tubes en PEX (multicouche) peuvent être utilisés pour recourir au vecteur eau", souligne le pilote du GT pré-isolés, Laurent Conrard. "On a construit environ 430 km de réseaux de chaleur en 2024, et la PPE 3 (Programmation pluriannuelle de l'énergie) pousse encore les RCU en fixant comme objectif d'en installer 600 km par an et de tripler la capacité de chaleur délivrée en 10 ans", ajoute-t-il.
La filière constate déjà une multiplication des réseaux de plus petite taille, techniquement et économiquement plus accessibles et donc réalisables, mais aussi de plus faible puissance et température, l'amélioration de l'isolation du bâti faisant mécaniquement baisser les besoins énergétiques. Les professionnels considèrent donc qu'il y a un créneau à saisir sur les marchés du pavillonnaire et du petit collectif, ainsi que sur celui des réseaux de chaleur et de froid.
Un marché émergent mais à la technologie déjà mature
Aujourd'hui, Cochebat recense déjà plus d'un millier de réseaux existants, cumulant presque 8.000 km d'installations et livrant 28,3 térawattheures de chaleur à quelque 52.000 points. Quatre de ses membres sont déjà particulièrement actifs sur ce type de produits : Elydan, PBTub, Rehau et Uponor.
Si le syndicat met en avant la polyvalence thermique et sanitaire, la souplesse et l'efficacité, la technicité et la fiabilité, ainsi que la connexion et la compatibilité des pré-isolés pour justifier leur intérêt, il estime que le contexte global leur est également désormais favorable. "La technologie se déploie même si elle existe depuis plus de 20 ans. Cela ouvre de nouveaux horizons et renforce l'attractivité du syndicat. Si on peut dresser un parallèle, cela nous ramène à la naissance du plancher chauffant, ce qui est très prometteur", se réjouit le pilote du groupe de travail.
Ce dernier s'attelle actuellement à faire reconnaître ces solutions, dont les produits sont sous Avis Techniques, et à intégrer leurs systèmes dans les certifications actuelles. Bien que les pré-isolés constituent encore un marché émergent et donc plutôt méconnu, et que les nouveaux acteurs de la filière ont besoin d'y être sensibilisés, Cochebat est persuadé que les objectifs français de décarbonation et d'efficacité énergétique vont contribuer à l'essor de ce marché.
Pallier le manque de formation
"Les indicateurs sont positifs mais les volumes se réduisent", alerte cependant Florent Kieffer, le président du syndicat. "Nous voyons déjà un impact de la guerre au Moyen-Orient ; toute l'incertitude géopolitique actuelle balaye l'activité du bâtiment et donc la nôtre."
"La formation n'a pas du tout été embarquée dans la réforme énergétique", pointe Florent Kieffer.
Les acteurs tentent en outre de pallier à la baisse de compétences des installateurs, qu'ils expliquent par la complexité croissante des systèmes vis-à-vis des enjeux d'efficacité énergétique. "C'est un manque de perception de la réalité et du temps nécessaire, notamment de la part des pouvoirs publics, vis-à-vis de la réglementation.
"Nous devons continuer à agir sur ces aspects-là, la dernière brique en date étant le pré-isolé qui élargit le périmètre et l'attractivité du syndicat, dépassant ainsi le cadre du bâtiment pour s'étendre à celui du BTP." La feuille de route est tracée.
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