À cause d'un logement en berne, l'hydrodistribution et les surfaces rayonnantes prennent l'eau
Le bâtiment souffre, l'hydrodistribution aussi. Dévoilés ce 26 mars, les chiffres 2025 du confort hydraulique s'inscrivent dans le ralentissement, voire le recul d'activité global qui s'observe dans la filière. Entre la production de logements qui a atteint son plus bas historique, la quête du prix qui tourne à l'obsession et les nombreuses défaillances d'entreprises, les surfaces autorisées et les mises en chantier ont plongé, entraînant avec elles les solutions du vecteur eau.
"Non seulement on a moins de logements, mais en plus leur surface diminue", observe Florent Kieffer, le président de Cochebat, le syndicat des acteurs du confort hydraulique du bâtiment. Les tubes et raccords en polyoléfine ont ainsi baissé de 10 % en volume, en lien avec la diminution du neuf et la recherche effrénée de produits les moins chers possible. Un constat à mettre en corrélation avec les marques distributeurs (MDD) et autres acteurs atypiques qui accélèrent leur développement.
Pression des concurrents low-cost et percée des solutions de synthèse
"La question du prix est évidemment importante mais on la pose au détriment de la qualité des produits ou des systèmes, si bien qu'on arrive à une dichotomie extrêmement marquée entre la valeur de l'investissement et la valeur de l'exploitation de l'investissement", analyse Florent Kieffer. "C'est simple de vendre quelque chose pas cher mais qui va coûter cher en exploitation."
Avec un recul de seulement 3 % en volume, les tubes et raccords multicouche résistent mieux. Ici, "l'approche système soutient le marché puisque le tube et le raccord sont forcément de la même marque". Cochebat note aussi que les solutions de synthèse continuent à grignoter des parts de marché (PDM) sur les matériaux métalliques traditionnels : le multicouche aurait ainsi bondi de 37 % en à peine 4 ans, atteignant 37 % de PDM en 2025, contre 63 % pour le polyoléfine.
Une tendance qui devrait encore s'accélérer, d'après son président : "Le cuivre a des débouchés bien plus lucratifs que le tube : véhicules électriques, data centers... des filières qui payent plus facilement que le bâtiment". Au niveau des diamètres, le 16-26 est le plus banalisé. Distribuant eau chaude et eau froide dans les appartements, il est considéré comme un marché de commodité sur lequel les MDD avancent leurs pions.
Le diamètre 32 plombé par les Pac, le > 32 résiste
"Le ratio économique du transport est moins impactant sur cette famille de produits, avec un nombre considérable d'acteurs sur ce marché, y compris des acteurs exotiques", ajoute Florent Kieffer. Directement lié à l'installation des pompes à chaleur, notamment air/eau, qui ne sont pas actuellement le marché le plus porteur, le diamètre 32 voit sans surprise ses volumes diminuer. Le diamètre > 32 augmente pour sa part de 5 à 10 %, notamment grâce aux applications type sous-station et colonnes montantes.
Le polyoléfine connaît donc une "crise durable", confronté à un marché du résidentiel neuf – débouché historique du PER – lui-même en berne et à la pression de la concurrence à bas coût. Affichant des volumes étales, les tubes pré-fourreautés sont toutefois moins impactés que les tubes nus du fait de leurs applications pour la distribution d'eau chaude sanitaire.
"Le multicouche a bénéficié d'une relative stabilité de la rénovation, qui lui est plus favorable qu'au PEX. On commence aussi à avoir du pré-isolé dans les logements grâce à une prise de conscience sur l'isolation thermique des réseaux sanitaires portée par le décret calorifugeage", poursuit le responsable, en soulignant la progression de 4 % de ce marché.
"La boucle à eau chaude n'a pas le succès qu'elle devrait avoir"
"La boucle à eau chaude n'a pas le succès qu'elle devrait avoir puisque tout est concentré sur le prix et que le choix du vecteur air est avant tout un choix économique", déplore Florent Kieffer. "Je préfère dire que le vecteur air est une alternative, même s'il faut reconnaître que c'est une solution faisant du chaud et du froid, et qui plus est facile à installer."
D'autres tendance sont à l'œuvre sur le marché des surfaces rayonnantes : tandis que les isolants à la résistance thermique moyenne (R) sont en perte de vitesse, ceux aux R les plus élevés montent en puissance du fait de la RE2020. De même, les isolants de faible épaisseur progressent de 8,7 %, portés par le collectif, la rénovation, les plafonds et les systèmes secs (sans chape).
Adopter une approche système
Ces derniers enregistrent d'ailleurs un bond de 45 % grâce à leur popularité en rénovation, à leur intérêt pour le rafraîchissement en plafond et à l'implication des plaquistes. Les solutions rayonnantes semblent aussi avoir une carte à jouer sur leur réactivité, les systèmes de régulation leur permettant d'optimiser l'efficacité énergétique du logement. Toujours selon Cochebat, plus d'1 installation rayonnante sur 5 était gérée par une régulation en 2025, ce qui démontrerait la nécessité pour les acteurs de la filière d'adopter une approche système.
"Si nous voulons continuer à produire nos solutions en France, nous devons continuer à innover, accompagner et former", résume Florent Kieffer, qui relève malgré tout des "signaux positifs" durant le dernier trimestre 2025. En prévision d'une reprise de leur activité, les professionnels du vecteur eau s'attellent à développer des solutions de rafraîchissement et à renforcer leurs propositions en matériaux de synthèse, qui suscitent un certain intérêt du fait de leur facilité d'assemblage et de leur efficacité.
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