Comment ce bureau d'études veut résoudre le problème de dimensionnement des PAC

Par   Corentin PATRIGEON

Actualités
Publié le 4 mai 2026
© G1Besoin
Frédéric Cadieu (à gauche) et Jérôme Raucoules, à la tête du BET et de l'éditeur de logiciels G1Besoin.
INNOVATION. Frédéric Cadieu et Jérôme Raucoules, à la tête du bureau d'études et éditeur de solutions spécialisées G1Besoin, proposent aux installateurs une application pour les aider à respecter et à mettre en œuvre le dimensionnement des pompes à chaleur.

XPair : Pouvez-vous commencer par présenter votre structure ainsi que votre activité ?

Jérôme Raucoules : G1Besoin a deux activités : la première en tant que bureaux d'études thermiques, la seconde en tant qu'éditeur de solutions spécialisées suite à la reprise des logiciels de l'ex-Cardonnel Ingénierie à la barre du tribunal, sous la responsabilité de Frédéric Cadieu. Nous employons 14 personnes. Notre sujet est le dimensionnement des systèmes de chauffage. La réglementation existe avec les normes DTU 65.16 et NF 12831. Il convient simplement de la rappeler en donnant les moyens aux installateurs de la respecter et d’en assurer la mise en œuvre avec notre logiciel.

Quelles sont les origines de votre application CardoPAC ?

J. R. : La première version de notre application CardoPAC était très marquée BET et pouvait servir de support aux fabricants. L'outil a été petit à petit amélioré, simplifié, et a davantage trouvé son public chez les installateurs, qui portent la responsabilité du dimensionnement. Nous avons ainsi développé un moteur 3CL en API (interface de programmation d'application), basé sur le moteur du DPE (diagnostic de performance énergétique) et de l'audit énergétique, le 3CL-2021, ensuite redéveloppé intégralement en interne.

"Si l'on veut collectivement accélérer le déploiement des pompes à chaleur, il va falloir que les quatre piliers soient bien traités – installation, dimensionnement, exploitation et maintenance –, et pas seulement les trois premiers !"

- Jérôme Raucoules

Nous avons aussi travaillé avec la base Atita d'Uniclima, la base technique des données de pompes à chaleur qui permet aux fabricants de déclarer les performances de leurs modèles dans toutes les conditions de température extérieure et de température de régimes d'eau. Cela nous a permis d'ajouter les matrices de COP (coefficient de performance) et de puissance absorbée pour permettre de garantir un calcul de dimensionnement fiable. Notre outil est par conséquent multimarques.

Et où en est le déploiement de votre solution ?

J. R. : Si l'on veut collectivement accélérer le déploiement des pompes à chaleur, il va falloir que les quatre piliers soient bien traités – installation, dimensionnement, exploitation et maintenance –, et pas seulement les trois premiers ! La visibilité de la norme est enfin là, nous pouvons aussi compter sur des partenaires comme Pro Éco Énergies, PG (Professionnels du gaz) et le Synasav (Syndicat des entreprises de maintenance en génie climatique), qui communiquent auprès de leurs adhérents sur notre outil, ou encore MaSimuRéno.fr et Notim.

Concrètement, les installateurs qui utilisent CardoPAC remettent au client final une attestation de bon dimensionnement, normée et certifiée, qui engage G1Besoin, et pas l'attestation d'un logiciel fabricant renvoyant la responsabilité à une tierce partie. Nous comptons aujourd'hui 600 utilisateurs Siren, preuve de la belle croissance de notre solution mais un sujet de fond demeure : la sécurisation du parcours client. L'arrêt de la Cour de cassation de 2024 a reconnu qu'il y avait un flou juridique sur ce point.

Quels objectifs vous êtes-vous fixés ?

J. R. : Pour 2026, nous espérons dépasser les 2 millions d'euros de chiffre d'affaires. Nous sommes très heureux de l'accélération de notre activité mais nous demandons juste une petite reconnaissance ! Nous sommes convaincus que des initiatives privées peuvent devenir collectives. On le voit dans le domaine de la lutte contre la fraude à la rénovation énergétique. Il faut maintenant qu'il y ait un acte de vérité sur le dimensionnement ! Une norme existe mais elle n'est pas appliquée, volontairement ou involontairement, à cause d'une méconnaissance réelle de la réglementation.

"Environ 30 % des PAC déjà installées n'atteignent pas les performances attendues, généralement à cause d'un dimensionnement inadapté et d'une mauvaise loi d'eau. Il y a donc 1 installation sur 3 qui est optimisable !"

- Frédéric Cadieu

Ce serait une bonne chose que CardoPAC devienne demain une délégation de service public car il ne peut y avoir deux méthodes de calcul en la matière. Deux banques mutualistes sont en train de se positionner, dont le Crédit Mutuel, sur notre solution. On s'est aussi rapproché des assureurs car l'installateur est le cocu de l'histoire puisqu'il continue à payer sa décennale alors qu'il n'aura jamais d'indemnité en cas de certification d'un mauvais dimensionnement. Les fédérations professionnelles peuvent aussi contribuer à faire bouger les choses.

Frédéric Cadieu : Des professionnels peuvent financer des opérations de rénovation de systèmes de chauffage sans méthode de calcul, sans aucune certitude du fonctionnement des installations. Le marché est hyperencadré juridiquement mais complètement en freelance sur le plan des aides ! Si des normes existent, c'est pour sécuriser la PAC et éviter qu'elle ne tombe en panne au bout de 5-6 ans.

Le sujet des industriels est de vendre des matériels, notre sujet est de s'assurer du bon respect des normes et réglementations sur ces matériels vendus. L'attestation de dimensionnement permet de prouver que l'installateur a fait son travail correctement. En parallèle, nous avons aussi développé un certain nombre de services d'aide à la vente, basés sur des outils complémentaires connectés à CardoPAC : simulation d'efficacité énergétique, devis et factures…

Au-delà du respect de la norme, le problème des mauvais dimensionnements n'est-il pas aussi dû à un manque ou à une inadaptation de la formation des installateurs ?

F. C. : Environ 30 % des PAC déjà installées n'atteignent pas les performances attendues, généralement à cause d'un dimensionnement inadapté et d'une mauvaise loi d'eau. Le matériel n'est pas un problème, c'est le dimensionnement qui est en cause. Il y a donc 1 installation sur 3 qui est optimisable ! Concernant la formation, il y a un travail de fond à faire. Il manque la partie dimensionnement dans les formations dispensées aujourd'hui.

Concernant la qualification, nous avons la sensation que la note CEE (Certificats d'économies d'énergie) demandée est suffisante et que certains préfèrent s'arrêter là, alors que des référentiels sur l'efficacité énergétique ne sont pas suivis ni vérifiés. La situation dépend donc aussi des auditeurs RGE (Reconnu garant de l'environnement).

Ne craignez-vous pas que le plan d'électrification du bâtiment, qui ouvre encore un peu plus un boulevard aux PAC, n'engendre encore plus de mauvaises installations ?

J. R. : On serait plus à l'aise avec un plan gouvernemental qui tient compte du biogaz ainsi que des opportunités des zones résidentielles en termes d'hybridation. G1Besoin est en croissance, les professionnels s'intéressent au sujet et y souscrivent. Pour l'heure, nous maintenons notre travail sur l'hybridation et nous ouvrons également notre outil au bon dimensionnement des installations hybrides et biomasse (CardoBois), afin de laisser le choix au client final.

Il faut arrêter d'infantiliser les usagers et leur donner des outils d'aide à la décision honnêtes et sérieux. Quand le marché se resserre, on cherche des éléments différenciants, comme le fait de sécuriser son client avec une attestation certifiée.


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