Photovoltaïque : ce qu'il faut retenir des appels d'offres de la PPE 3

Par   Corentin PATRIGEON

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Publié le 2 avril 2026
© Compte X de Maud Bregeon
La ministre de l'Énergie Maud Bregeon lors de la présentation des appels d'offres sur le solaire photovoltaïque de la PPE 3.
SOLAIRE. Dans le cadre de la troisième Programmation pluriannuelle de l'énergie, Bercy a présenté en détail les appels d'offres relatifs à la relance du solaire photovoltaïque. Des critères stratégiques font notamment leur apparition.

Ils étaient attendus par les acteurs du bâtiment et de l'énergie : les appels d'offres de la troisième Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE 3) ont été présentés par les ministres de l'Économie, Roland Lescure, et de l'Énergie, Maud Bregeon, ce 2 avril à Bercy. Dans la foulée du décret qui avait été réclamé pendant plus de deux ans et demi par les professionnels, le Gouvernement vient donc de leur préciser les modalités de ces dispositifs.

"Ce chantier se fait à coût maîtrisé pour nos finances publiques, grâce à des technologies moins chères, à l'optimisation des installations existantes et au remplacement de vieux contrats onéreux", explique Maud Bregeon. "Produire davantage d'électricité décarbonée ne suffit pas : il faut également renforcer la demande. C'est l'objet du plan d'électrification que nous engageons en parallèle, pour accompagner l'industrie, les transports et le logement dans leur passage à l'électrique."

En attendant la présentation de ce fameux plan, prévue pour la semaine prochaine, l'exécutif réaffirme sa volonté de porter la production d'électricité décarbonée à près de 700 térawattheures d'ici à 2035 – elle était de 544 TWh en 2025 – tout en divisant par près de trois la consommation de combustibles fossiles – appelée à passer de 900 TWh en 2023 à 330 en 2035. La ministre indique même oeuvrer pour "un véritable changement de modèle", qui se traduira notamment par la priorité donnée à "une souveraineté industrielle française et européenne" via "la relocalisation des filières stratégiques" et la sécurisation de "nos approvisionnements les plus sensibles".

Priorité à l'autoconsommation

Une ambition qui implique le développement de nouvelles capacités d'énergies renouvelables, d'où le lancement des appels d'offres correspondants. En matière de solaire photovoltaïque, l'objectif principal des pouvoirs publics pour les petites installations demeure l'autoconsommation. Le guichet ouvert pour les centrales de moins de 100 kilowatts-crête sera donc de nouveau modifié de manière à encourager "fortement à l'autoconsommation sur le segment 9-100 kWc".

Bercy saisit en parallèle le Conseil supérieur de l'énergie sur un projet de décret "imposant la maximisation de l'autoconsommation dans les opérations d'autoconsommation collectives pour que l'énergie produite soit consommée en priorité par les consommateurs engagés et non revendue sur le marché de gros comme le feraient des producteurs isolés".

Critère de résilience

Concernant les installations de plus grande taille, l'appel d'offres pour le petit PV sur bâtiment (entre 100 et 500 kWc) va être étendu aux centrales au sol dès cette nouvelle période. "La période de cet appel d'offres simplifié pour le soutien au petit PV se tiendra en juillet, pour une puissance appelé de 288 mégawatts-crête", précise le ministère, ajoutant qu'une "période de l'appel d'offres PV au sol se tiendra en juillet 2026 pour un volume de 925 MWc".

Un groupe de travail vient en outre d'être lancé sur les modalités de mise en place d'un appel d'offres "pour le soutien au photovoltaïque 'toutes technologies'", l'objectif étant de le publier pour cet automne. Le Gouvernement veut en outre tenter de réduire la très forte dépendance à la Chine de la chaîne de valeur industrielle du photovoltaïque en favorisant les projets solaires "compétitifs qui s'appuient sur une chaîne d'approvisionnement plus diversifiée" et qui participent ainsi à une forme de réindustrialisation "verte".

Dans la même logique, les périodes des appels d'offres PV au sol et petit PV intègreront également un critère de résilience. Celui-ci imposera la diversification des sources d'approvisionnement pour une part des composants essentiels des panneaux, là encore pour ne pas dépendre d'un seul fournisseur étranger. "À moyen terme, ce critère de résilience sera accompagné d'exigences renforcées en matière de durabilité et de cybersécurité" qui "s'inscrivent dans la stratégie européenne décrite dans le Net Zero Industry Act (NZIA)", développe Bercy.

Aider les projets d'usines en France

Paris veut d'ailleurs continuer à plaider le "made in Europe" – au sens "géographique" du terme – auprès de Bruxelles en vue des futures négociations sur l'Industrial Accelerator Act (IAA), qui devraient notamment permettre de favoriser la production européenne dans des secteurs industriels jugés stratégiques, tels que les énergies renouvelables. Cet aspect pourrait être intégré "dans les meilleurs délais – au plus tard en 2027 – à tous les appels d'offres PV", espère-t-on à Bercy.

Le Gouvernement veut croire que sa stratégie apportera une bouffée d'oxygène plus que bienvenue aux quelques fabricants de panneaux solaires portant des projets d'usines dédiées à la production de modules et de cellules PV dans l'Hexagone, pour un total dépassant 1,5 milliard d'euros d'investissements.

Alors qu'environ 4.000 emplois pourraient être créés à terme et que le contexte géopolitique invite chaque jour un peu plus à adapter la politique de transition énergétique, la réorientation de la demande tricolore vers l'offre industrielle française et européenne par le biais de ces critères spécifiques pourrait "soutenir la montée en puissance de ces nouvelles capacités de production". Pour l'heure, l'exécutif souligne que "ces projets consolident leur actionnariat avant d'engager les travaux de construction d'usines". D'où l'intérêt de leur envoyer dès maintenant des signaux positifs.


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