Photovoltaïque : la Chine impose ses standards, l’Europe tente de réagir

Par   Yousra GOUJA

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Publié le 6 mars 2026
© iStock/Pixelci
Une centrale solaire photovoltaïque.
ENQUÊTE. Les importations massives de modules photovoltaïques chinois continuent de faire chuter les prix sur le marché européen, ce qui accélère le déploiement du solaire mais interroge aussi sur une potentielle dégradation de la qualité, voire une hausse de la sinistralité.

En matière de solaire photovoltaïque, la Chine impose ses standards et l’Europe suit... à moins qu'elle ne tente, enfin, de réagir ? Les importations massives de modules photovoltaïques chinois continuent de faire chuter les prix sur le marché européen. Cette baisse accélère le déploiement du solaire, mais suscite des interrogations persistantes chez les installateurs, assureurs et financeurs : la pression sur les coûts pourrait-elle dégrader la qualité des équipements et générer, à moyen terme, une hausse des sinistres ?

"Le low-cost ne signifie pas non qualitatif. Le modèle économique est différent, mais le produit remplit sa fonction."

- Jérôme Teste, président du GMPV-FFB

La Chine exerce aujourd’hui une forme d’hégémonie industrielle sur les filières clés de la transition énergétique avec des standards industriels prédéfinis. Pour le président du Groupement des métiers du photovoltaïque de la Fédération française du bâtiment (GMPV-FFB), Jérôme Teste, cette dynamique s’inscrit dans un mouvement industriel global. "La Chine a pris une avance structurelle sur l’ensemble des filières technologiques, y compris le photovoltaïque, exactement comme dans l’automobile."

Contrairement aux idées reçues, le bas coût ne rime pas avec sous-performance. "Les modules chinois affichent aujourd’hui des densités de puissance au mètre carré élevées, issues d’une R&D (recherche et développement) très active. On observe une montée en gamme technologique continue : cellules plus efficaces, formats agrandis, ingénierie maîtrisée..."

Selon lui, il n’existe pas de signal faible indiquant une sinistralité spécifique liée à l’origine des panneaux : "Le low-cost ne signifie pas non qualitatif. Comme dans l’aérien, le modèle économique est différent, mais le produit remplit sa fonction." La compétitivité chinoise repose sur plusieurs leviers bien identifiés : subventions à l’export, volumes industriels massifs, standardisation des formats et logistique optimisée.

Un marché qui va mécaniquement se rééquilibrer

"Les fabricants chinois représentent près de 90 % du marché mondial, ce sont eux qui fixent aujourd’hui les standards dimensionnels et électriques", souligne Jérôme Teste. Les systèmes de raccordement sont désormais précâblés selon les normes européennes, même s'ils viennent de Chine, et ne présentent pas de complexité particulière pour les installateurs.

"L’industrie chinoise ne peut pas rester durablement déficitaire. Elle doit reconstituer ses marges."

- Richard Loyen, délégué général d’Enerplan

Pour Richard Loyen, délégué général d’Enerplan, le scénario d’un afflux incontrôlé de modules non assurables est par ailleurs peu crédible. "Les projets photovoltaïques, qu’ils soient en toiture ou en centrale, nécessitent des équipements finançables et assurables. Or cela impose des modules classés Tier 1 selon la méthodologie de BloombergNEF [un cabinet de conseil spécialisé notamment dans les énergies renouvelables, NDLR]."

Et le contexte économique chinois évolue rapidement : la suppression, au 1er avril 2026, du crédit d’impôt à l’exportation des panneaux solaires, combinée à un plan gouvernemental visant à réduire la surcapacité industrielle, devrait entraîner une concentration du secteur – notamment sur la production de silicium – et une hausse modérée des prix. "L’industrie chinoise ne peut pas rester durablement déficitaire. Elle doit reconstituer ses marges", précise Richard Loyen.

La réindustrialisation, une course contre la montre

En parallèle, la France tente de reconstruire une filière industrielle avec les projets Carbon et Holosolis, dont les premières productions sont attendues à l’horizon 2027, y compris sur la chaîne du silicium. Des mécanismes réglementaires pourraient conditionner certaines aides publiques à l’utilisation de panneaux européens, dans l’esprit du Net Zero Industry Act, au prix d’une complexité administrative accrue – l’un n'allant probablement pas sans l’autre.

Sur le terrain, les installateurs restent prudents. "Le choix du matériel dépendra toujours du client, du financement et du niveau de risque accepté", conclut Richard Loyen. "Les modules low-cost existent, mais au vu des écarts de prix désormais réduits, beaucoup privilégieront des solutions premium." À court terme, la Chine domine. À moyen terme, l’enjeu européen est clair : absorber le différentiel de compétitivité industrielle pour sécuriser une véritable souveraineté énergétique.


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