"Le déploiement des ENR offre au parc résidentiel une énergie abondante" (France Renouvelables)
XPair : France Renouvelables a organisé cet été son colloque autour de la flexibilité des énergies renouvelables et du stockage d'électricité. Quels sont les principaux enseignements de ce rendez-vous ?
Étienne Thomassin : Ce colloque avait pour vocation de casser les silos en réunissant 250 acteurs du système électrique. Pendant longtemps, chacun a travaillé de son côté : les producteurs d'ENR, les gestionnaires de sites, les agrégateurs, les fournisseurs d'énergie, les consommateurs…
L'idée de cet évènement était donc de les rassembler et de réfléchir collectivement aux systèmes électriques, plutôt que de rester chacun dans son couloir. Les adhérents de France Renouvelables, eux, sont essentiellement des producteurs, à l'origine éoliens, avant qu'ils ne s'élargissent à l'ensemble du système électrique, pour intégrer les acteurs du solaire photovoltaïque et du stockage.
Comment évolue l'activité des producteurs d'ENR dans un contexte d'électrification de l'économie ?
É. T. : À l'origine, le but de notre filière était de produire des électrons. Nous avons ensuite été intégré au marché de l'énergie, et nous participons aujourd'hui à l'équilibre du système électrique. Les producteurs ont beaucoup progressé ces deux dernières années en fournissant des solutions pour mieux intégrer les fréquences et développer les capacités de stockage et de flexibilité. Mais les attentes des acteurs restent assez fortes.
"Il y a une formidable complémentarité entre le besoin de climatisation et la production photovoltaïque"
Les ENR développées par les adhérents de France Renouvelables, donc l'éolien et le solaire, totalisent 20 gigawatts de capacités installées. Les producteurs ont également bien progressé dans la prévision de la demande puisque plus de 30 % de ces capacités sont en mesure de répondre aux besoins d'injection formulés par les fournisseurs la veille pour le lendemain.
Nos membres comptent aussi 2 GW de capacités de stockage installées, sachant que le stockage suscite beaucoup d'intérêt chez les producteurs, avec une forte hausse des demandes de connexion au réseau. Cela a amené la filière à travailler sur ses modèles économiques et à améliorer les contraintes de raccordement au réseau.
Quelle est la place du solaire photovoltaïque dans les projets actuels ?
É. T. : France Renouvelables regroupe beaucoup de producteurs à taille industrielle, qui proposent pour l'essentiel des grandes installations PV au sol et des batteries supérieures à 1 MW. Sur ces segments, on a constaté une baisse des prix des systèmes de vente d'énergie, liée au fait que les ENR se développent beaucoup et que l'hybridation apparaît comme une solution, consistant à installer des batteries "containers" adossées à des centrales au sol.
Il y aura donc assez d'électricité pour alimenter la massification de la pompe à chaleur ?
É. T. : Nous avons une énergie électrique très abondante, mais dans le même temps 60 % du bouquet énergétique dépendent des combustibles fossiles importés et provoquent du déficit public. C'est cette situation paradoxale qui a déclenché le plan d'électrification à l'échelle européenne ainsi qu'en France. Ce plan a évidemment un impact sur le déploiement des PAC ou des bornes de recharge pour véhicules électriques.
L'objectif du million de PAC est souhaitable car il permettra d'éviter d'importer des fossiles, ce qui sera bon pour la balance commerciale comme pour le climat. Nous produisons environ 500 térawattheures d'électricité en France, donc en rajouter 20 à 30 pour les PAC (d'après les scénarios prévisionnels de RTE) semble jouable.
L'été 2026 a été marqué par de nombreuses canicules qui ont fait bondir la demande en climatisation. Quel rôle peut jouer le solaire dans ces conditions ?
É. T. : Il y a une formidable complémentarité entre le besoin de climatisation et la production photovoltaïque, qui est particulièrement importante en été et vers midi. Il y a donc une cohérence naturelle à faire fonctionner les deux ensemble.
Pendant la canicule de juin, j'ai vu qu'on avait eu recours à des centrales à gaz pour faire l'appoint sur nos besoins de consommation. C'est dans ces moments qu'on peut être content d'avoir le solaire PV pour alimenter les climatiseurs et ainsi réduire le recours à des énergies fossiles importées.
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