"L'électrification passe par la hausse du volume de demande", estime Négawatt

Par   Manon SALÉ

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Publié le 30 janvier 2026
© iStock/Bilanol
Illustration d'une ligne électrique haute tension et d'une centrale solaire photovoltaïque.
PROSPECTIVE. L'association a dévoilé sa feuille de route pour électrifier les usages d'ici à 2050. Elle s'y attaque aux idées reçues et remet la sobriété énergétique au centre du jeu.

Comment sortir du paradoxe français autour de l'électrification ? L'association Négawatt s'est penchée sur cette épineuse question lors d'un webinaire organisée en janvier. "Alors que la France n’a jamais été aussi excédentaire en électricité décarbonée, la progression de l’électricité dans les usages reste lente", constate en premier lieu l'organisation.

Et ce, dans un contexte où les trajectoires nationales de référence, comme la Stratégie nationale bas-carbone (SNBC 3) ou encore le bilan prévisionnel de RTE pour 2025, prévoient une forte hausse de la consommation électrique dans les prochaines années. Négawatt a donc présenté les conditions selon elle nécessaires pour réussir la transition électrique en France.

Les objectifs de RTE jugés "peu réalistes"

Depuis quelques années, la France fait face à une baisse tendancielle de la consommation d'électricité, après un pic atteint en 2010. Ce décrochage s'explique, d'après Yves Marignac, porte-parole de Négawatt, par les retombées des crises du Covid puis de l'énergie, qui ont poussé les ménages et acteurs économiques à faire des efforts de sobriété.

Afin d'accompagner l'électrification du pays, le bilan prévisionnel RTE 2025 prévoit cependant une hausse de la demande de l'ordre de 60 térawattheures entre 2025 et 2030, puis 70 TWh entre 2030 et 2035, pour atteindre finalement 580 TWh en 2035. "Nous considérons que la réussite de l'électrification passe par la hausse du volume de demande", analyse Yves Marignac.

Or, une telle augmentation ne serait pas nécessairement vertueuse. "Électrification ne rime pas, dans les scénarios de neutralité, avec hausse de la consommation", insiste le porte-parole, selon qui certaines trajectoires de décarbonation intègrent des niveaux d'électrification importants tout en limitant la hausse des volumes demandés.

De plus, les objectifs du bilan prévisionnel de RTE apparaissent "peu réalistes" pour certains secteurs, notamment l'industrie, les transports ou encore l'hydrogène – les hypothèses de consommations des centres de données semblent en revanche plus atteignables aux yeux de Négawatt.

Un équilibre à trouver entre ENR et nucléaire

Alors que les pouvoirs publics tablent sur un redressement de la production nucléaire, l'association rappelle que les différents scénarios de neutralité carbone prévoient une évolution allant d'un arrêt du parc d'ici à 2050, à une légère baisse de l'offre en cas de relance.

Le maintien et le renouvellement des installations pourraient en effet empêcher certains projets de voir le jour et rallonger les délais de construction des nouveaux réacteurs.

Il faut donc que les énergies renouvelables puissent prendre le relais sur le nucléaire en cas de besoin, affirme Négawatt, soulignant au passage que le développement de ces dernières reste faible en France par rapport au potentiel et au déploiement observés dans les pays voisins.

Le prix de l'électricité, un frein à la compétitivité ?

L'électricité, en France, souffre souvent d'une image d'énergie chère. Son prix reste cependant compétitif en comparaison aux autres pays européens, affirme Hélène Gassin, la présidente de Négawatt : "Le prix hors TVA de l'électricité pour les entreprises, qui comprend les taxes et le coût des réseaux, est beaucoup moins cher qu'en Allemagne".

Concernant les usages domestiques, ce coût est, là encore, inférieur à la moyenne européenne – bien que dans une moindre mesure que pour les entreprises. La responsable est également revenue sur l'idée que le prix de l'électricité serait un frein à la compétitivité industrielle : pour elle, l'évolution des tarifs en France ces dernières années ne semble pas suffire à expliquer le changement de visage de l'industrie hexagonale.

De plus, "la comparaison avec d'autres pays confirme une absence de corrélation évidente". Les industriels ont, en revanche, besoin de visibilité sur les prix et font face à un investissement initial qui reste un facteur de blocage pour opérer leur transition électrique. Afin d'accélérer l'électrification du pays tout en assurant la compétitivité des entreprises, Négawatt préconise par conséquent de maîtriser les factures individuelles et le coût du système, ce qui passe dans les deux cas par un travail de sobriété.

Il faut également penser l'arbitrage entre le partage des coûts et celui des bénéfices, insiste Hélène Gassin, pour qui "les prix de ventes prévisibles d'EDF ne permettent pas de couvrir les coûts de production ni d'envisager une rentabilité pour des investisseurs". De plus, les différents scénarios de neutralité ne mobilisant pas le même volume d'investissements ni de typologies d'investisseurs, les politiques publiques devraient donc être adaptées en fonction.


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