Fin programmée du biofioul : les chauffagistes fustigent "une décision brutale et incompréhensible"
Dans la 2e phase du plan d'électrification des usages présenté par la ministre de l'Énergie Maud Bregeon hier, une mesure a provoqué l'ire des chauffagistes : l'extension de l'interdiction d'installer des chaudières au fioul neuves aux matériels fonctionnant au biofioul.
Dans un communiqué, la FF3C (Fédération française des combustibles, carburants et chauffage) fustige "une décision brutale et incompréhensible pour les professionnels qui travaillent depuis de nombreuses années au déploiement d'une solution de chauffage alternative au fioul domestique pour les ménages vivant dans les territoires ruraux et périurbains".
D'autres biocombustibles sont déjà dans les tuyaux
Deux semaines auparavant, lors du salon Interclima, le Cetiat ( Centre technique des industries aérauliques et thermiques) et la FF3C avait présenté l’avancement de la commercialisation du biofioul en France, ainsi que les résultats de suivi d'une vingtaine d'installations en conditions réelles de fonctionnement, réparties dans deux zones climatiques.
La décision du Gouvernement pourrait ainsi "interrompre le travail de toute une filière mené depuis plus de 7 ans" sur le F30, ce biocombustible contenant jusqu'à 30 % d'Emag (ester méthylique d'acide gras) issu essentiellement du colza cultivé dans l'Hexagone.
Actuellement distribué par 400 établissements de la filière, il est annoncé avec un niveau d'émissions de gaz à effet de serre de 270g CO2eq/kWh PCI, contre 300g CO2eq/kWh PCI pour les chaudières fonctionnant avec du fioul domestique fossile et donc la pose est interdite depuis le 1er juillet 2022.
Pour la FF3C, le choix des pouvoirs publics "serait d'autant plus incompréhensible que la DGE (Direction générale de l'énergie) a elle-même mandaté le BN Elip (Bureau de normalisation des énergies liquides et des infrastructures de production) en avril 2024 afin de mener une étude devant aboutir à l'établissement des spécifications techniques d'un biocombustible liquide contenant 55 % d'Emag, le F55, ainsi que d'un bioliquide de chauffage F100 [dont le taux d'Emag atteindrait dans la même logique 100 %, NDLR]".
Des tests de performances concluants
Or le Cetiat a précisément confirmé à l'issue de ses tests que le F55 peut être utilisé dans les chaudières fonctionnant actuellement au F30, sans occasionner de perte de performance. Alors que les échéances de commercialisation du F55 et du F100 sont respectivement estimées à 2027 et après 2030, la FF3C prévient qu'"un mode de chauffage ne peut pas et ne doit pas être imposé partout, à tout le monde".
Plaidant pour le bouquet énergétique des solutions de chauffage, elle considère que "chaque territoire, chaque typologie d'habitat a ses spécificités". La pompe à chaleur, implicitement visée, doit faire l'objet "de dispositifs spécifiques d'accompagnement pour les ménages qui changent leur chaudière au fioul (offre intégrée PAC, bonus CEE et éco-PTZ)", a indiqué Bercy.
"L'objectif est de passer à un chauffage électrique, qui peut diminuer d'un facteur 2 à 3 la facture", se justifie le ministère, qui espère une réduction de 50 % du nombre de foyers chauffés au fioul avant la fin de la décennie.
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