Confort d'été : les pistes de travail des prescripteurs pour contourner les limites de la RE2020

Par   Corentin PATRIGEON

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Publié le 27 juillet 2026
© Capture d'écran webinaire IFPEB - Carbone 4 - Pouget Consultants
Si la répartition du confort d'été en huit zones climatiques dans la RE2020 avait pour but de simplifier les calculs, elle peut également décourager à réaliser des simulations plus poussées.
RÉGLEMENTATION. Si elle a eu le mérite de tirer des enseignements de la canicule de 2003 pour repenser les normes de la construction neuve, la RE2020 aurait bien besoin d'une nouvelle adaptation face à la multiplication des vagues de chaleur. L'IFPEB, Carbone 4 et Pouget Consultants proposent des améliorations en ce sens.

Si la RE2020 a le mérite d'aborder frontalement la problématique du confort d'été, elle a aussi ses limites dans cet exercice qui s'inscrit pourtant de plus en plus dans l'actualité. Alors que la France connaît un été 2026 particulièrement torride, avec pas moins de trois épisodes caniculaires historiques en seulement un mois et demi, l'IFPEB (Institut français pour la performance du bâtiment), le cabinet de conseil Carbone 4 et le bureau d'études Pouget Consultants ont détaillé les avancées mais aussi les pistes d'amélioration de la réglementation pour s'adapter au réchauffement climatique.

"L'Europe est le continent qui se réchauffe le plus vite à l'échelle de la planète. Les nuits tropicales deviennent un enjeu majeur", note Guillaume Meunier, consultant à l'IFPEB. "Ce n'est pas seulement de l'inconfort, mais aussi des morts liés à la chaleur, recensés depuis plusieurs années par Santé Publique France."

Avant de rappeler : "La RE2020 avait pour objectif de sortir des énergies fossiles, de diminuer l'impact carbone du bâtiment et de garantir le confort d'été. L'an dernier, le rapport Rivaton a essayé de poser sur la table les grands enjeux de la RE2020, avec une proposition de révision du confort d'été, car on a bien un objectif, et potentiellement un décret à venir, pour garantir le confort d'été."

Source : Webinaire IFPEB - Carbone 4 - Pouget Consultants

Des enseignements de la canicule de 2003 utiles...

Pour rappel, la RE2020 calcule le confort d'été via l'indicateur DH (degrés-heures), qui transcrit un volume d'inconfort sur un nombre d'heures, et l'écart de ce volume par rapport à un seuil adaptatif. S'il n'existe qu'un seul seuil pour toute la France, celui-ci comporte en revanche deux valeurs : un seuil dit haut à 1.250 DH – en cas de dépassement, le bâtiment neuf n'est pas considéré comme réglementaire – et un seuil dit bas à 350 DH – en-dessous duquel le bâtiment est jugé parfaitement confortable et ne présente aucun besoin de refroidissement.

"On se trouve de manière assez régulée entre 350 et 1.250 DH, avec un inconfort probable, donc un risque non négligeable de pose de climatisation individuelle", reprend Guillaume Meunier, soulignant que "350 DH équivaut à une semaine, donc 7 jours, de canicule". Des études qui ont porté sur le ressenti des occupants ont par ailleurs confirmé la pertinence de la limite des 28 °C.

"Le calcul de l'inconfort est basé sur la canicule de 2003, ce qui est une bonne chose. Mais le réchauffement climatique va vite et ce phénomène devient plus courant, avec un doublement prévu des nuits chaudes en 2050. On pourrait donc mettre plus d'ambition."

- Guillaume Meunier, consultant à l'IFPEB

"Mais on oublie parfois une subtilité : le DH doit être validé pour l'ensemble des zones thermiques, des zones traversantes et non traversantes du logement. On a alors deux résultats de DH, qui doivent être tous deux satisfaisants", relève Guillaume Meunier. 

"Dans la plupart des cas, le DH communiqué est celui des zones non traversantes, où l'on a deux fois plus d'inconfort. Et il est parfois possible de dépasser les 1.250 DH : quand le bâtiment est exposé au bruit, on autorise les occupants à ne pas ouvrir les fenêtres et donc à climatiser. C'est aussi le cas dans les zones climatiques du climat méditerranéen, avec des vicissitudes de calcul réglementaire, où l'on tolère un DH plus élevé."

... mais obsolètes en 2026

Les organisateurs du webinaire reconnaissent donc que la RE2020 présente des limites, comme le fait de diviser toute la France en huit zones géographiques. Si cette répartition avait pour but de simplifier les calculs, elle peut également décourager à réaliser des simulations plus poussées. Comme à Paris, où l'impact des îlots de chaleur urbains (ICU) n'est pas pris en compte.

"Le calcul de l'inconfort est basé sur la canicule de 2003, ce qui est une bonne chose. Mais le réchauffement climatique va vite et ce phénomène devient plus courant, avec un doublement prévu des nuits chaudes en 2050. On pourrait donc mettre plus d'ambition", juge Guillaume Meunier.

Source : Webinaire IFPEB - Carbone 4 - Pouget Consultants

Certes, des travaux récents se sont attaqués au problème, à l'image du Pnacc (Plan national d'adaptation au changement climatique) auquel est adossée une Tracc (Trajectoire de réchauffement de référence pour l'adaptation au changement climatique).

Dans un monde à +3 °C, et dans une France à +4 °C, des travaux menés par l'Ademe (Agence de la transition écologique), Météo France, le CSTB (Centre scientifique et technique du bâtiment) et la DHUP (Direction de l'habitat, de l'urbanisme et des paysages) sur la base de fichiers météo ont permis d'effectuer des simulations thermiques dynamiques, qui ont intégré des vagues de chaleur en 2030, 2050 et 2100.

"La méthodologie est très bonne mais le seuil est trop élevé"

"Dans le logement collectif, l'Observatoire RE2020 du Hub des prescripteurs bas-carbone a constaté une médiane à 436 DH, soit un écart moyen de 65 % avec le DH maximum, ce qui est très important", embraye Eugénie Prego Cauchet, consultante à Carbone 4.

"On a aussi établi que l'ajout de la consommation fictive de climatisation ne représente pas une contrainte supplémentaire pour le respect des consommations maximales du projet ; autrement dit, le projet n'est pas mis en risque. Dans les projets considérés comme tout à fait confortables, près de 40 % des bâtiments ont un DH sous le plancher."

En faisant un focus sur la zone H2a, les chercheurs se sont également aperçus que tous les projets étaient sous les 350 DH. "Il fait moins chaud en Bretagne et dans la Manche mais ces calculs reprennent aussi les données issues de la canicule de 2003, qu'il conviendrait de mettre à jour. On s'aperçoit aussi que, quel que soit le seuil maximal atteint par le projet, les DH sont largement en-dessous du seuil maximal", poursuit Eugénie Prego Cauchet.

"On a établi que l'ajout de la consommation fictive de climatisation ne représente pas une contrainte supplémentaire pour le respect des consommations maximales du projet ; autrement dit, le projet n'est pas mis en risque."

- Eugénie Prego Cauchet, consultante à Carbone 4

Il semblerait même qu'il y ait une plus grande tendance à respecter le confort d'été en avançant dans les seuils RE2020. S'il n'y a donc pas a priori de difficultés à respecter le DH max, les organisateurs estiment même envisageable de recalibrer le seuil à 600 DH.

"La méthodologie est donc très bonne mais le seuil est trop élevé", résume Guillaume Meunier. "Un seuil à 600 DH n'est pas inaccessible et peut même titiller les initiatives et les innovations des acteurs. Si on veut anticiper 2050, il faut aller plus loin que la réglementation, en passant par des simulations poussées ou en adoptant un seuil encore plus bas."

De l'importance de la position de l'isolant sur le mur extérieur

Autre participant du webinaire, Thomas Lemerle, responsable adjoint de l'activité R&D chez Pouget Consultants, détaille les leviers les plus intéressants pour diminuer les DH et désamorcer les limites de la RE2020 sur le confort d'été. "Le premier concerne les occultations extérieures : le flux de rayonnement solaire stoppé est de l'ordre de 95 %, contre 70 % pour les occultations intérieures, qui peuvent quand même être intéressantes en tertiaire ou en logement collectif."

Ajoutant : "Un paramètre très important est le caractère perméable des occultations, à savoir le taux de passage d'air, de 10 % pour les volets roulants/battants ou stores extérieurs guidés et intérieurs, à 75 % pour les volets roulants à lame orientable ou à projection et les stores vénitiens extérieurs. Cela a un effet très intéressant dans les zones à faible bruit ; dans le cas contraire, il a moins d'impact car les occupants ouvriront moins souvent les fenêtres pour aérer la nuit."

Source : Webinaire IFPEB - Carbone 4 - Pouget Consultants

L'inertie est aussi très importante à prendre en compte. D'après Pouget, elle peut être apportée par une toiture terrasse lourde isolée par l'extérieur ou une façade en béton armé ITE. "La position de l'isolant sur le mur extérieur va avoir un impact assez fort. Un bâtiment tout en béton mais isolé par l'intérieur a une inertie lourde, alors qu'un bâtiment tout en bois (façade, plancher, toiture) aura une inertie moyenne", précise Thomas Lemerle.

"Les brasseurs d'airs sont également très intéressants : ils augmentent la vitesse de l'air et permettent d'avoir un refroidissement équivalent (entre 0,5 et 1 m/s, jusqu'à 3 °C de refroidis). Cela consomme moins qu'une ampoule !" Beaucoup de débats sur les normes persistent néanmoins. "La hauteur libre préconisée entre le brasseur et le plafond est de 30 cm, la hauteur sous pales (hauteur sous plafond) recommandée est de 2,3 m", répond Thomas Lemerle.

Opter pour des bouquets de solutions

Concernant la ventilation nocturne, plus le ratio d'ouverture des baies est élevé, plus l'impact est favorable sur le DH car il assurera une plus grande ventilation la nuit. "Il faut donc privilégier les ouvrants à la française", pointe le responsable de Pouget. D'autres leviers sont encore actionnables : geocooling, rafraîchissement adiabatique, puit climatique (ou provençal) peuvent être mis en œuvre si l'opportunité se présente pour gagner encore des DH.

"Des leviers existent donc sur le bâti et dans l'environnement, les baies et les occultations solaires, ainsi que sur les systèmes semi-passifs, type geocooling ou adiabatique."

- Thomas Lemerle, responsable adjoint de l'activité R&D chez Pouget Consultants

Idem pour les toitures végétalisées, les procédés réflectifs ou les bardages ventilés, "des solutions à l'impact réel mais faible sur des parois déjà bien isolées", nuance le BE. À l'inverse, des facteurs aggravants peuvent également apparaître dans certaines configurations. "En zones de bruit fort, on a moins d'ouvertures de baies et donc moins de rafraîchissement nocturne. De même, les petits logements (moins de 30 m²) avec plus d'apport interne et une mono-orientation peuvent subir jusqu'à 300 DH supplémentaires."

Les bouquets de solutions (une gestion automatique des occultations, des occultations perméables et un brasseur d'air par logement, voire par pièce sèche) peuvent parvenir à descendre l'indicateur jusqu'à 500 DH dans un logement non traversant. "Des leviers existent donc sur le bâti et dans l'environnement, les baies et les occultations solaires, ainsi que sur les systèmes semi-passifs, type geocooling ou adiabatique", note Thomas Lemerle.

Beaucoup de solutions non valorisables dans la RE2020

Pouget a en outre identifié "des imperfections et des leviers d'amélioration indisponibles" dans la RE2020, notamment le caractère ajouré des occultations (volet battant ou accordéon ajouré, brise-soleil orientable…) ainsi que les occultations déportées en périphérie des balcons (auvent enroulable…). Les cale-portes et entre-bailleurs de fenêtres évitent de faire claquer les ouvrants et favorisent la ventilation naturelle mais ne sont pas non plus pris en compte.

"Le caractère anti-effraction d'une occultation nous paraît importante à prendre en compte, surtout pour les logements en rez-de-chaussée, par exemple avec des barreaux", abonde le responsable. "L'augmentation de la surface vitrée est aussi un petit biais des logiciels de calcul de la RE2020, idem pour la définition d'un logement traversant en RE2020."

D'autres leviers ne sont pas valorisables, telles que les solutions améliorant l'ICU (toiture végétalisée…) ou celles ayant un effet marginal (déphasage, comportement hygrothermique des parois bio-géosourcées…). Encore une fois, les premières et principales actions à mettre en place pour lutter contre l'inconfort d'été consistent donc à "protéger du rayonnement, ouvrir la nuit et brasser l'air".


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