Inconfort d'été : 50 % des logements seraient des bouilloires, selon cette étude
Une étude qui tombe – malheureusement – à pic : le bureau d'études Pouget Consultants vient de publier son analyse des 9 millions d'indicateurs "confort d'été" de la base DPE (diagnostic de performance énergétique) de l'Ademe (Agence de la transition écologique), qu'il a réalisée pour le compte d'IGNES (Alliance des industriels des solutions électriques et numériques pour le bâtiment). Et le constat est sans appel : la moitié des logements sont susceptibles de se transformer en bouilloires.
"Malgré des alertes réitérées ces dernières années par les associations, élus et professionnels, l'adaptation des logements ne progresse pas", tranche la déléguée générale de l'alliance, Anne-Sophie Perrissin-Fabert. "Les mesures du Pnacc (Plan national d'adaptation au changement climatique) se font attendre et l'absence de dispositions dans (le projet de loi "relance logement") a surpris."
19 % des logements en RE2020 sont adaptés
Il faut dire que les chiffres de l'étude ne laissent guère de place au doute : seulement 1 logement sur 10 serait suffisamment adapté (indicateur "bon" dans le calcul du confort d'été du DPE) et près d'un sur deux serait une bouilloire (indicateur "insuffisant"). De même, un tiers des logements performants, c'est-à-dire étiquetés A ou B, entreraient dans cette catégorie des passoires thermiques.
Les agglomérations telles que Paris ou Lille, très exposées au phénomène d'îlots de chaleur urbains (ICU), concentreraient même plus de la moitié de ces fameuses bouilloires. À l'inverse, des villes comme Nice, Villeurbanne, Saint-Étienne, Annecy et Tours disposeraient d'un habitat davantage adapté à la multiplication et à l'intensification des vagues de chaleur.
Comment expliquer une telle situation ? "La rénovation n'intègre encore qu'insuffisamment le confort d'été (...)", met en avant l'étude. Idem pour le neuf, "avec un faible nombre de logements neufs adaptés (19 % en RE2020) et une part des logements "bons" qui ne progresse pas au fil des années de constructions et de leurs réglementations".

Source : Étude Pouget Consultants pour IGNES
Les audits énergétiques font l'impasse sur le confort d'été
Les résultats détaillés de l'étude avancent d'autres pistes. On apprend ainsi qu'un logement climatisé sur deux n'a pas effectué les "premiers gestes", pourtant obligatoires, du confort d'été, telle que la pose de protections solaires, et affichent par conséquent un indicateur "insuffisant".
"La réglementation n'est pas appliquée", résument les auteurs, rappelant que l'article 30 de l'arrêté du 3 mai 2007 prévoit qu'en cas d'installation d'un système de refroidissement, la mise en place de protections solaires mobiles est obligatoire sur les façades Sud, Ouest et Est.
Les audits énergétiques, réalisés notamment lors de rénovations globales et de ventes de passoires thermiques, feraient aussi régulièrement l'impasse sur les travaux de confort d'été dans leurs préconisations : 60 % d'entre eux ignoreraient par exemple l'installation de protections solaires extérieures.
Seulement 10 % de PAC air-air ?
L'absence de ces dernières (43 % des DPE épluchés) expliquerait pour l'essentiel l'inadaptation des logements aux très fortes chaleurs, puisque l'isolation de la toiture est déjà réalisée dans 86 % des cas et que la plupart des maisons sont traversantes. Les auteurs relèvent néanmoins que 95 % des appartements et 94 % des maisons étudiés ne sont pas équipés de brasseurs d'air. En outre, sept logements sur dix n'ont pas une bonne inertie thermique.
Le taux d'équipement en systèmes de climatisation (appareils mobiles mis à part) ne s'élèverait d'ailleurs qu'à 10 %, et ne consisterait quasi-exclusivement qu'en des pompes à chaleur air-air, "une proportion qui semble sous-estimée au regard d'autres chiffres disponibles et des dynamiques de ventes". L'Ademe chiffre pour sa part à 14 % le nombre de logements équipés d'une PAC air-air, et le ministère de la Transition écologique à 800.000 le nombre d'unités vendues chaque année.
Enfin, l'étude tacle les erreurs et incohérences de l'indicateur confort d'été, en épinglant que 38 % des DPE ne le renseignent pas – un chiffre qui culmine à 91 % pour les logements neufs. Certes, le taux d'erreurs a chuté de 26 % en 2024 à 9 % en 2026, mais cette proportion demeure élevée.

Source : Étude Pouget Consultants pour IGNES
Erreurs et incohérences
"Les taux de logements climatisés, notamment dans le neuf, semblent incohérents, tout comme la répartition géographique de la consommation de climatisation. Au-delà des problèmes liés à l'application de l'indicateur, la méthodologie même de celui-ci mériterait d'être revue pour un indicateur plus proche de la réalité", notent encore les auteurs.
D'après eux, "la surreprésentation des logements avec un indicateur 'insuffisant' en zones rurales – à moindre risque de surchauffe – et dans les territoires du nord de la France – moins sujets aux fortes chaleurs – traduit la conséquence de la non prise en compte de la localisation (climat local, environnement proche, présence de masque...) dans l'indicateur". Ils jugent également que la performance des équipements, telles que la qualité de la protection solaire ou l'automatisation, "mériterait d'être mieux prise en compte pour refléter la capacité d'un logement à éviter la surchauffe".
"Des réponses rapides peuvent être apportées ; nous demandons de réunir les acteurs pour passer enfin à l'action", lance Anne-Sophie Perrissin-Fabert. Les enseignements de l'étude de Pouget Consultants trouvent d'autant plus d'écho que la France vient de subir deux semaines d'une canicule historique, et que l'accélération du changement climatique va aggraver le risque de surchauffe dans les logements inadaptés (surtout pour ceux de petite et grande taille) au cours des prochaines années, en ville comme à la campagne.
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