Canicule : 7 °C de moins sans climatisation pour une école maternelle de l’Hérault

Par   Émilie WOOD

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Publié le 25 juin 2026
© Émilie Wood pour XPair
Avec une structure béton, bois et bac acier et une isolation limitée, l’école maternelle Jean Ponsy de Grabels, cet établissement de 1.455 m² construit en 2000 était particulièrement exposé aux surchauffes estivales.
EN IMAGES. Alors que la France étouffe sous une canicule historique, des centaines d’établissements scolaires sont contraints de fermer leurs portes. À Grabels, près de Montpellier, l’école maternelle Jean Ponsy a installé des innovations low-tech qui s'avèrent bien plus efficaces qu’une climatisation.

Tandis que le pays est confronté à une canicule sans précédent et que des centaines d’établissements sont contraints de fermer leurs portes, l’école maternelle Jean Ponsy de Grabels, commune proche de Montpellier (Hérault), sort son épingle du jeu. Avec une structure béton, bois et bac acier et une isolation limitée, cet établissement de 1.455 m² construit en 2000 était particulièrement exposé aux surchauffes estivales.

En juin 2025 lors de la précédente canicule, des températures comprises entre 30 et 32 °C avaient été relevées dans les classes et le taux d’inconfort estival déclaré par les personnels de l’école était de 87 %. Il était donc urgent d’agir, mais avec un budget limité, la commune de Grabels ayant récemment dépensé 5 millions d’euros pour rénover entièrement l’école primaire de la commune.

Pour la maternelle, le choix a été porté sur des solutions low-tech innovantes et efficaces, tout en étant moins coûteuses et plus rapides à installer qu’une climatisation. Elles ont permis de baisser de manière significative les températures effectives et ressenties au sein des classes équipées, même au plus chaud de la journée, grâce à une étroite collaboration entre la mairie de Grabels, l’Alec (Agence locale de l’énergie et du climat) de Montpellier et le programme ACTEE (Action des collectivités territoriales pour l’efficacité énergétique).

Les brasseurs d’air permettent de réduire de 3 °C la température ressentie en classe. © Émilie Wood pour XPair

Voiles d’ombrages en fibre de coco, brasseurs d’air, ventilation nocturne…

L’école de Grabels est l’un des 15 établissements pilotes du projet Racine (Recherche sur l’adaptation aux canicules à l’intérieur de nos écoles), lancé par ACTEE en juin 2025 dans le but d’expérimenter des solutions d’adaptation à la chaleur dans les bâtiments scolaires. Le projet Racine s’inscrit dans une démarche coopérative et évolutive, avec une participation active de la commune et des usagers dans la recherche des solutions idéales à mettre en place dans chaque établissement.

Après une période de 10 mois dédiée au diagnostic de l’école, plusieurs actions ont été mises en place : lors des vacances d’avril, des voiles d’ombrages en fibre de coco ont été dressés dans la cour pour créer des zones d’ombres mais aussi pour réduire l’exposition des façades. Cette fibre végétale a été spécifiquement sélectionnée car elle permet la circulation de l’air tout en ombrageant, contrairement à d’autres textiles.

"Il y a quelques années, il fallait expliquer pourquoi nous devions nous adapter au changement climatique. Aujourd’hui, il n’y a plus de débat sur pourquoi, mais sur comment le faire."

- Guillaume Perrin, directeur du programme ACTEE

Des brise-soleil en aluminium ont été posés sur certains vitrages afin de bloquer le rayonnement direct. Quatre brasseurs d’air ont été installés dans les deux salles de classes les plus exposées, améliorant la température ressentie par les élèves.

Ces capteurs installés dans toutes les classes permettent de mesurer la température et le taux d’humidité dans l’air. © Émilie Wood pour XPair

Enfin, la ventilation nocturne a été rendue possible en installant un destratificateur posé au plafond dans le couloir principal pour expulser l’air chaud vers les fenêtres, et en engageant un gardien pour ouvrir et assurer la sécurité de l’établissement la nuit. Cette solution a permis de faire baisser les températures intérieures plus efficacement que la seule ouverture des fenêtres le matin. À noter, d’autres écoles du projet Racine ont fait le choix de désigner un élu ou des bénévoles pour ouvrir les fenêtres le soir et les refermer quelques heures plus tard.

Coût de ces opérations : 23.000 €, portés par la mairie de Grabels en attendant d’éventuelles aides extérieures. Les résultats sont là : à températures extérieures égales l’an passé, la température des classes équipées a baissé de 4 °C, et de 3 °C supplémentaires en confort ressenti lorsque les brasseurs d’air sont en fonctionnement. Ce qui permet une baisse cumulée d’environ 7 °C dans les classes après ces interventions.

L’imposant destratificateur, situé en hauteur dans un des couloirs, entouré de fenêtres, est activé la nuit. © Émilie Wood pour XPair

Encore des ajustements à prévoir

Le projet n’est pas fini pour autant : les observations et les relevés de températures de cette année ne sont que la première étape. L’an prochain, il est prévu de repérer ce qui fonctionne le mieux, d’équiper les autres classes et de réfléchir à de nouvelles organisations, notamment pour la ventilation nocturne avec l’automatisation des ouvertures de fenêtres et leur sécurisation.

En effet, le projet a également pour objectif de mesurer scientifiquement les améliorations apportées par ces solutions, cela afin d’apporter par la suite à d’autres écoles les meilleures réponses pour s’adapter au climat. Par exemple, les brasseurs d’air, à ne pas confondre avec des ventilateurs classiques, sont encore relativement nouveaux en France métropolitaine.

"Nous avons eu l’appui de Surya Consultants qui travaille sur le guide Brasse avec l’Ademe (Agence de la transition écologique), un projet de recherche sur le fonctionnement des brasseurs, comment les calepiner, quels modèles sont plus performants en montage proche ou éloigné du plafond… Cette expertise nous a permis de mettre les bons brasseurs au bon endroit pour une véritable efficacité", souligne Elia Mangani, chargée de projet rénovation à l’Alec de Montpellier.

De même, le destratificateur est novateur dans ce contexte : "On l’utilise beaucoup en Outre-mer mais c’est rare d’en trouver en France métropolitaine, de surcroît dans une école. On l’a installé pour que l’air chaud intérieur puisse être extrait vers l’extérieur, le soir. Les résultats nous permettront de démontrer l’intérêt de la ventilation nocturne. Il s’agit d’un projet de recherche-action : recherche parce qu’on instrumente et on mesure, action parce qu’on n’attend pas 3, 4 ans pour agir", souligne Guillaume Perrin, directeur du programme ACTEE.

Les voiles en fibre de coco dans la cour, pour ombrager tout en laissant l’air circuler. © Émilie Wood pour XPair

Des projections climatiques qui se sont accélérées

Pour Guillaume Perrin, bien que les projections climatiques semblent avoir sous-estimé la vitesse à laquelle le changement climatique s’opère, il n’est pas trop tard pour agir.

"La vague de canicule fin mai n’avait pas été prévue par la plupart de nos modèles météo. De plus, sa durée a fait que l’ensemble des territoires ont été touchés, avec des températures plutôt prévues pour 2050. D’où l’importance de chercher à s’adapter dès aujourd’hui, en plus de chercher bien sûr à atténuer les causes de ce changement climatique", analyse le responsable.

"Il y a quelques années, il fallait expliquer pourquoi nous devions nous adapter au changement climatique. Aujourd’hui, il n’y a plus de débat sur pourquoi, mais sur comment le faire. Ma plus grande crainte, c’est que le débat disparaisse dans quelques mois lorsqu’il ne fera plus chaud, parce que les travaux pour adapter un établissement doivent se faire en hiver. Il faut les décider en octobre, novembre, quand il ne fait pas chaud, car chaque été cette problématique va devenir plus importante", conclut Guillaume Perrin.

Devant l’école maternelle de la commune : Guillaume Perrin, directeur du programme ACTEE ; Elia Mangani, chargée de projet rénovation à l'Alec de Montpellier ; Marvin Soulié, conseiller municipal délégué à la communication pour la mairie de Grabels ; et Véronique Causse, adjointe au maire et déléguée à l’environnement et aux mobilités. © Émilie Wood pour XPair


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