Canicule : 7 °C de moins sans climatisation pour une école maternelle de l’Hérault
En juin 2025 lors de la précédente canicule, des températures comprises entre 30 et 32 °C avaient été relevées dans les classes et le taux d’inconfort estival déclaré par les personnels de l’école était de 87 %. Il était donc urgent d’agir, mais avec un budget limité, la commune de Grabels ayant récemment dépensé 5 millions d’euros pour rénover entièrement l’école primaire de la commune.
Pour la maternelle, le choix a été porté sur des solutions low-tech innovantes et efficaces, tout en étant moins coûteuses et plus rapides à installer qu’une climatisation. Elles ont permis de baisser de manière significative les températures effectives et ressenties au sein des classes équipées, même au plus chaud de la journée, grâce à une étroite collaboration entre la mairie de Grabels, l’Alec (Agence locale de l’énergie et du climat) de Montpellier et le programme ACTEE (Action des collectivités territoriales pour l’efficacité énergétique).

Les brasseurs d’air permettent de réduire de 3 °C la température ressentie en classe. © Émilie Wood pour XPair
Voiles d’ombrages en fibre de coco, brasseurs d’air, ventilation nocturne…
Après une période de 10 mois dédiée au diagnostic de l’école, plusieurs actions ont été mises en place : lors des vacances d’avril, des voiles d’ombrages en fibre de coco ont été dressés dans la cour pour créer des zones d’ombres mais aussi pour réduire l’exposition des façades. Cette fibre végétale a été spécifiquement sélectionnée car elle permet la circulation de l’air tout en ombrageant, contrairement à d’autres textiles.
"Il y a quelques années, il fallait expliquer pourquoi nous devions nous adapter au changement climatique. Aujourd’hui, il n’y a plus de débat sur pourquoi, mais sur comment le faire."
- Guillaume Perrin, directeur du programme ACTEE
Des brise-soleil en aluminium ont été posés sur certains vitrages afin de bloquer le rayonnement direct. Quatre brasseurs d’air ont été installés dans les deux salles de classes les plus exposées, améliorant la température ressentie par les élèves.

Ces capteurs installés dans toutes les classes permettent de mesurer la température et le taux d’humidité dans l’air. © Émilie Wood pour XPair
Enfin, la ventilation nocturne a été rendue possible en installant un destratificateur posé au plafond dans le couloir principal pour expulser l’air chaud vers les fenêtres, et en engageant un gardien pour ouvrir et assurer la sécurité de l’établissement la nuit. Cette solution a permis de faire baisser les températures intérieures plus efficacement que la seule ouverture des fenêtres le matin. À noter, d’autres écoles du projet Racine ont fait le choix de désigner un élu ou des bénévoles pour ouvrir les fenêtres le soir et les refermer quelques heures plus tard.

L’imposant destratificateur, situé en hauteur dans un des couloirs, entouré de fenêtres, est activé la nuit. © Émilie Wood pour XPair
Encore des ajustements à prévoir
Le projet n’est pas fini pour autant : les observations et les relevés de températures de cette année ne sont que la première étape. L’an prochain, il est prévu de repérer ce qui fonctionne le mieux, d’équiper les autres classes et de réfléchir à de nouvelles organisations, notamment pour la ventilation nocturne avec l’automatisation des ouvertures de fenêtres et leur sécurisation.
"Nous avons eu l’appui de Surya Consultants qui travaille sur le guide Brasse avec l’Ademe (Agence de la transition écologique), un projet de recherche sur le fonctionnement des brasseurs, comment les calepiner, quels modèles sont plus performants en montage proche ou éloigné du plafond… Cette expertise nous a permis de mettre les bons brasseurs au bon endroit pour une véritable efficacité", souligne Elia Mangani, chargée de projet rénovation à l’Alec de Montpellier.
De même, le destratificateur est novateur dans ce contexte : "On l’utilise beaucoup en Outre-mer mais c’est rare d’en trouver en France métropolitaine, de surcroît dans une école. On l’a installé pour que l’air chaud intérieur puisse être extrait vers l’extérieur, le soir. Les résultats nous permettront de démontrer l’intérêt de la ventilation nocturne. Il s’agit d’un projet de recherche-action : recherche parce qu’on instrumente et on mesure, action parce qu’on n’attend pas 3, 4 ans pour agir", souligne Guillaume Perrin, directeur du programme ACTEE.

Les voiles en fibre de coco dans la cour, pour ombrager tout en laissant l’air circuler. © Émilie Wood pour XPair
Des projections climatiques qui se sont accélérées
Pour Guillaume Perrin, bien que les projections climatiques semblent avoir sous-estimé la vitesse à laquelle le changement climatique s’opère, il n’est pas trop tard pour agir.
"La vague de canicule fin mai n’avait pas été prévue par la plupart de nos modèles météo. De plus, sa durée a fait que l’ensemble des territoires ont été touchés, avec des températures plutôt prévues pour 2050. D’où l’importance de chercher à s’adapter dès aujourd’hui, en plus de chercher bien sûr à atténuer les causes de ce changement climatique", analyse le responsable.
"Il y a quelques années, il fallait expliquer pourquoi nous devions nous adapter au changement climatique. Aujourd’hui, il n’y a plus de débat sur pourquoi, mais sur comment le faire. Ma plus grande crainte, c’est que le débat disparaisse dans quelques mois lorsqu’il ne fera plus chaud, parce que les travaux pour adapter un établissement doivent se faire en hiver. Il faut les décider en octobre, novembre, quand il ne fait pas chaud, car chaque été cette problématique va devenir plus importante", conclut Guillaume Perrin.

Devant l’école maternelle de la commune : Guillaume Perrin, directeur du programme ACTEE ; Elia Mangani, chargée de projet rénovation à l'Alec de Montpellier ; Marvin Soulié, conseiller municipal délégué à la communication pour la mairie de Grabels ; et Véronique Causse, adjointe au maire et déléguée à l’environnement et aux mobilités. © Émilie Wood pour XPair
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