Photovoltaïque : le risque incendie entre inquiétudes, réalité technique et responsabilité de la filière
Le solaire illumine généralement les enjeux de la transition énergétique. Il le fait certes, mais pas toujours comme prévu. Trois acteurs ont accepté de partager leur regard sur le risque incendie de ses installations : un assureur, une organisation professionnelle nationale et un artisan-formateur.
Selon Nathalie Maroni-Vassal, ingénieur risques chez QBE France, les causes les plus probables d’incendies déjà documentées à l’étranger – notamment au Royaume-Uni – sont en grande partie transposables à la situation française : "Les incendies liés aux installations photovoltaïques sont souvent causés par plusieurs facteurs : la mauvaise installation, le vieillissement des câbles, les défauts de matériel ou la surcharge des batteries".
D'après Nathalie Maroni-Vassal, ingénieur risques chez QBE France, "l’utilisation de composants de mauvaise qualité ou non certifiés multiplie les risques de défaillance et donc d’incendie, surtout pour les batteries lithium-ion importées sans certification claire ou test de sécurité post-arrivée".
Elle précise : "Une installation non conforme ou réalisée par des intervenants non qualifiés peut entraîner des défauts de connexion, des échauffements anormaux ou des courts-circuits, sources potentielles d’incendie. Avec le temps, les câbles peuvent se dégrader, leur isolation devenir moins efficace, ce qui augmente les risques de surchauffe ou d’arc électrique."
Et elle insiste particulièrement sur le rôle des batteries, qui "peuvent être sujettes au phénomène d’emballement thermique, à l’origine d’une réaction en chaîne, d’un incendie, voire d’une explosion et de l’émission de gaz toxiques. Mais si les batteries sont équipées d’un système de gestion (BMS), celui-ci peut limiter les risques en gérant la charge/décharge, en détectant les usages anormaux ou les tentatives de sabotage." À cela s’ajoutent deux facteurs aggravants : les chocs mécaniques et l’exposition aux conditions extrêmes.
Une filière prudente : pas d’analyse sans chiffres
Du côté des organisations professionnelles, Enerplan refuse d’alimenter l’inquiétude tant que les données assurantielles consolidées ne sont pas rendues publiques. Son délégué général, Richard Loyen, répond très clairement : "Enerplan est particulièrement attentif aux enjeux de sécurité liés à l’exploitation des installations photovoltaïques. Nous y avons récemment consacré un webinaire dédié de notre Université de l’autoconsommation photovoltaïque, en faisant intervenir des experts du sujet."
Mais il prévient : "Pour autant, nous n’avons pas vocation à nous exprimer en l’absence de données solides de sinistralité produites par les assureurs. En l’état, ces données ne sont pas disponibles, même si les éléments partiels portés à notre connaissance ne permettent pas de conclure à une augmentation particulière de la sinistralité."
Il rappelle enfin que le syndicat des professionnels de l’énergie solaire "s’investit dans la prévention, la sécurité et la formation des acteurs, aussi bien en diffusant compétences et connaissances auprès de ses entreprises adhérentes qu’en participant aux actions portées par l’organisme de certification Qualit’EnR".
Un marché fragilisé par la course aux volumes
À l’opposé des discours institutionnels, Rémy Dupont, maître artisan frigoriste, pompier volontaire, formateur QualiPV et secrétaire de la Capeb Drôme (Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment), décrit un marché sous pression, et parfois détourné : "Pour la Capeb, les métiers du photovoltaïque sont une nouvelle spécialité. Pour ma part, j’ai fait le choix d’être artisan frigoriste : je me place entre l’électricien et le plombier."
Son activité reflète l’évolution brutale du secteur : "Jusqu’en 2024, j’étais presque à 70 % sur des installations photovoltaïques. L’année dernière, j’étais plus à 50 %, et cette année à 30 %. Le marché est saturé, par des gens pas forcément très honnêtes. Ils ont des systèmes à bas coût."
D’après Rémy Dupont, maître artisan frigoriste, pompier volontaire et formateur QualiPV, le problème n’est pas réglementaire mais opérationnel : "Les contrôleurs ne montent pas sur les toits. On peut mettre n’importe quel produit sur les toits, ce ne sera pas contrôlé."
Selon lui, la prochaine grande source de sinistres sera liée à un détail trop peu discuté : les connecteurs. "Ce sont les connecteurs MC4, de la marque française Stäubli, très spécifiques au monde des panneaux solaires. Sauf que les Chinois ont copié ce produit et qu’ils n’ont pas respecté le cahier des charges. Et si on met le connecteur français avec le connecteur chinois, ça peut prendre feu."
Pour l’assureur, les choses évoluent. Le référentiel APSAD D20 vient d’être mis à jour pour intégrer l’autoconsommation, le stockage, les fermes photovoltaïques et les nouvelles exigences de sécurité électrique.
En somme, le risque incendie lié au photovoltaïque existe, mais dépend moins de la technologie que de la qualité des installations, de la formation des professionnels et du suivi des équipements. Face à ce sujet, Carbon Solar et Terre & Lac, sollicitées dans le cadre de cette enquête, n’ont pas souhaité répondre.
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