Malgré la chute de la construction neuve, l'hydrodistribution tangue mais ne coule pas

Par   Corentin PATRIGEON

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Publié le 3 avril 2025
Crédit photo Corentin Patrigeon pour XPair
De gauche à droite : Benoît Smagghe, président de la commission technique de Cochebat ; Rémi Bertsch, président de la commission communication de Cochebat ; et Florent Kieffer, président de Cochebat.
MARCHÉ. La production de logements historiquement basse enregistrée en 2024 s'est répercutée sur l'activité des fabricants de composants et de systèmes intégrés de chauffage, rafraîchissement et sanitaire. Ceux-ci considèrent néanmoins avoir une vraie carte à jouer dans la lutte contre l'inconfort d'été.

La morosité du secteur du bâtiment affecte aussi l'hydrodistribution et les planchers chauffants/rafraîchissants. Pour sa conférence de presse annuelle, le syndicat national des fabricants de composants et de systèmes intégrés de chauffage, rafraîchissement et sanitaire, Cochebat, a présenté des chiffres en demi-teinte.

Et pour cause : "Une grosse partie de nos activités sont indexées à la maison individuelle neuve", relève Florent Kieffer, le président de l'organisation. Or, "depuis 2021, on est entré dans une récession du logement et du bâtiment en général : de 135.511 mises en chantier en individuel pur en 2021, on est passé à 68.533 en 2024. Le collectif résiste un peu mieux mais le plus fort impact est chez les primo-accédants. Aujourd'hui, on est clairement sur un marché où chacun essaye de sauver sa peau."

À la recherche de solutions plus économiques

Dans ces conditions, le marché de l'hydrodistribution a accusé en 2024 une perte de 17% en volume pour les systèmes polyoléfine et multicouche, soit 53.400 kilomètres de tubes installés. La baisse est de 12% chez les négoces, en raison d'un effet de déstockage.

"On a vu une recherche de solutions plus économiques, le critère premier n’étant plus la qualité mais le prix, ainsi qu’un fort développement des marques propres chez quasiment tous les négoces", analyse Rémi Bertsch, à la tête de la commission communication de Cochebat.

"Le critère premier n’est plus la qualité mais le prix."

- Rémi Bertsch, président de la commission communication de Cochebat

La part de marché du multicouche progresse : en 2020, moins d’un quart des systèmes utilisés étaient en multicouche (le reste en polyoléfine) ; en 2024, cette part est passée à 37%, soit une augmentation de 57% en quatre ans. Dans le détail des segments, "il y a une forte baisse des petits diamètres chez les producteurs. Les chiffres de nos adhérents sont en revanche quasi-stables pour les gros diamètres", poursuit Rémi Bertsch.

Les tubes gros diamètres (50 mm et plus, destinés aux installations techniques comme les colonnes montantes) stagnent, le diamètre 32 (le plus utilisé pour les raccordements de pompes à chaleur) est à -17%, les tubes de petit diamètre (entre 16 et 26 mm, employés dans la majorité des installations standards) reculent à cause de l'offensive des produits à bas prix et de l'essor des marques distributeurs.

La régulation perce dans les surfaces rayonnantes

Pour le reste, les tubes en matériaux de synthèse progressent tandis que les raccords subissent un ralentissement identique à celui des tubes. Les surfaces rayonnantes, elles, reculent de 13%, totalisant 3,7 millions de mètres carrés en 2024.

Après -12% déjà enregistrés en 2023, le marché continue donc à se rétracter "avec un comportement différent en fonction des ingrédients" : les dalles perdent 19%, les tubes et boucles 7%.

Les acteurs constatent par ailleurs que "la forte croissance des plafonds chauffants/rafraîchissants et réversibles basse température (PCRBT)" 's'accompagne d'une "percée des systèmes de régulation dans les surfaces rayonnantes" : environ 20% des solutions de planchers chauffants sont aujourd'hui équipés d'une régulation.

La preuve, pour les adhérents de Cochebat, que les atouts du PCRBT sont enfin reconnus et que celui-ci fait maintenant partie de systèmes complets. "En termes de poids carbone, installer une Pac avec surface rayonnante est la solution la plus économe", avance Rémi Bertsch.

Quoi qu'il en soit, la filière se félicite d'avoir assez bien résisté dans une conjoncture difficile. "On a finalement de meilleurs résultats que le marché du bâtiment dans son ensemble. Après avoir atteint le point bas, le point d’inflexion, on constate un sursaut en ce début 2025", assure Florent Kieffer.

Déployer la "puissance" du vecteur eau dans le collectif

Les acteurs arguent que les surfaces rayonnantes permettent d’économiser de la surface, qu'elles consomment moins d’énergie et génèrent moins d’émissions de gaz à effet de serre. Une force qui devrait leur ouvrir de nouvelles parts de marché : "C’est évident qu’on va entrer dans le collectif, et le phénomène sera boosté par l’inconfort d’été. Les sollicitations pour des grandes surfaces qu’on reçoit aujourd’hui sont beaucoup plus importantes qu’il y a quelques années."

Ils veulent aussi croire à un sursaut de la rénovation : "Toutes les filières ont appelé de leurs vœux une stabilité auprès des pouvoirs publics, notamment pour les aides ; le message a peut-être commencé à être entendu". Et face au fort développement des réseaux de chaleur, Cochebat souhaite fédérer ses adhérents autour de cette nouvelle activité en misant sur le segment des tubes pré-isolés.

"Lorsqu’on considère l’orientation de la RE2020 vers le confort d’été, on estime pouvoir fournir une réponse avec le système PCRBT."

- Benoît Smagghe, président de la commission technique de Cochebat

D'une manière générale, les acteurs continuent logiquement à mettre en avant "la puissance du vecteur eau" mais préviennent qu'il faut aussi "savoir ce qu’on veut en faire", souligne Benoît Smagghe, président de la commission technique du syndicat. Pour cadrer les choses, ce dernier lance une campagne de communication pour promouvoir le PCRBT et l’hydrodistribution en matériau de synthèse, en insistant sur leurs avantages techniques, sanitaires, en termes de confort ou encore d’espace.

"Ce n’est pas la température de la pièce qui fait le confort ou l’inconfort, c’est le rayonnement", insiste Rémi Bertsch. "Les systèmes rayonnants demandent moins d’entretien, n’ont ni soufflerie ni vibration, ont donc un fonctionnement silencieux et contribuent ainsi à l’isolation acoustique." Son collègue Benoît Smagghe embraye : "Lorsqu’on considère l’orientation de la RE2020 vers le confort d’été, on estime pouvoir fournir une réponse avec le système PCRBT. En étant l’émetteur de la Pac, il fonctionne avec une température basse qui consomme moins d’énergie et rejette moins de carbone."

Inclure l'émetteur des aides à la rénovation

En outre, les tubes et raccords des adhérents de Cochebat affichant une durée de vie de 50 ans minimum, et étant contrôlés et certifiés sur le plan de la qualité sanitaire, "cela nous donne de très bonnes FDES (fiches de déclaration environnementale et sanitaire)", poursuit le responsable. Le PCRBT aurait également le mérite de faire participer la structure du bâti à son fonctionnement énergétique, "à l’inverse de tous les autres systèmes qui n’agissent que sur l’air".

Le pilotage constitue un autre enjeu : "Tous ces systèmes sont centralisés sur des collecteurs qui peuvent être pilotés pièce par pièce. Le PCRBT s'adapte aussi aux nouveaux systèmes constructifs et est intégré aux surfaces, donc il est complètement invisible, engendrant un gain de surface utile estimé à 7% et ne provoquant pas d’excroissances pour des splits ou des radiateurs", complète Benoît Smagghe.

Bref, "il y a de la place pour tous les systèmes", résume Florent Kieffer. Le responsable estime cependant que la filière de l'hydrodistribution se retrouve aujourd'hui à "une croisée des chemins" : pour répondre à la "problématique transversale" qu'est l’inconfort d’été, "le vecteur eau a une place tout à fait à part, une place encore mal connue et mal exploitée".

Il regrette d'ailleurs que "les aides publiques sont aujourd'hui concentrées sur l’isolation ou le générateur, mais excluent l’émetteur". Et d'appeler donc les pouvoirs publics à prendre en compte que l’émetteur et le générateur sont indissociables. "On raisonne aujourd’hui de manière théorique, en coût d’acquisition au lieu de raisonner en coût d’exploitation", déplore le patron de Cochebat. "Mais on va petit à petit finir par arriver à cette obligation de résultat."


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