"Le CVC a 10 ans de recrutements devant lui", Arnaud Gracieux (Hupso)

Par   Corentin PATRIGEON

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Publié le 31 août 2026
© Hupso
Arnaud Gracieux, président-directeur général de Hupso.
EMPLOI. Le président-directeur général de cet organisme de formation spécialisé dans les métiers en tension considère que ceux du génie climatique ont maintenant une revanche à prendre sur les sous-investissements qui leur ont fait défaut depuis des années.

Pour commencer, quelle est l'histoire d'Hupso ?

Arnaud Gracieux : Hupso est un organisme de formation créé en 2016 et qui s'est spécialisé dans les métiers en tension. Nous ciblons des professions structurellement en besoin de main-d'œuvre : d'abord multisectoriel, nous nous sommes ensuite concentrés sur le secteur secondaire (bâtiment, industrie…) et une petite partie du tertiaire. Nos équipes proposent deux typologies de formations, soit en 100 % distanciel, soit en 100 % présentiel, pour des métiers manuels tels que technicien de maintenance CVC et frigoriste froid commercial.

Comment financez-vous votre activité ?

A. G. : Deux fonds d'investissement sont présents au capital d'Hupso : Educapital et Evolem, la structure familiale que je dirige et qui est majoritaire.

Où en est votre développement ?

A. G. : Hupso forme actuellement entre 3.500 et 4.000 personnes par an via des formations systématiquement certifiantes ou diplômantes. Nous comptons deux centres de formation à Lyon et Paris pour le présentiel.

"Cette filière a subi un manque d'investissement depuis 20 ans et la tendance commence seulement à s'inverser."

Nous sommes aussi membre du SNEFCCA (Syndicat national des entreprises du froid, des équipements de cuisines professionnelles et du conditionnement de l'air) et du SYNASAV (Syndicat national des entreprises de maintenance en génie climatique) et partenaire d'industriels comme Bosch, Atlantic ou encore Friga-Bohn pour équiper nos plateaux techniques avec les dernières machines.

Sur la partie recrutement, nous travaillons aussi avec Engie, Dalkia, Idex... Nos équipes tiennent à comprendre les évolutions technologiques et réalisent un gros travail de sourçage pour nos candidats.

Quel regard portez-vous sur les difficultés de recrutement actuelles des métiers du bâtiment ?

A. G. : Nous avons commencé par axer nos formations sur le bâtiment au sens large, puis nous sommes ensuite allés vers le CVC. Nous avons en face de nous des entreprises qui ont pris conscience que la seule formation initiale ne suffisait pas à subvenir aux besoins de main-d'œuvre, un peu dans la douleur car elles devaient alors renoncer à des projets. Il faut donc aller chercher des profils et des modalités de formation différents, pas pour remplacer les effectifs existants mais pour les compléter.

Cette filière a subi un manque d'investissement depuis 20 ans et la tendance commence seulement à s'inverser. En outre, les salariés ne restent plus 10, 15 ou 20 ans dans la même entreprise et il y a un besoin constant de formation. Les acteurs doivent donc reformer en intensité. On a clairement vu cette bascule dans la logique des entreprises comme des salariés, c'est pourquoi il nous faut adapter nos formations et être en capacité d'absorber de nouveaux profils.

Quelle est la moyenne d'âge des effectifs que vous formez ?

A. G. : Hupso ne propose quasiment pas de formations initiales donc nous comptons très peu de jeunes (5 à 10 % des effectifs). Nous prenons plutôt des gens entre 25 et 40 ans en reconversion, qui représentent environ 60 % des effectifs. Les 30 % restants sont des reconversions pures, des profils occupant déjà des postes manutentionnaires (réparation, bricolage...) et auxquels nous faisons passer une qualification d'un an.

De quoi se composent concrètement vos formations ?

A. G. : Elles reposent sur une grosse base théorique (environ 60 % du cursus), avec une partie réglementaire importante, notamment en rapport avec les habilitations relatives aux installations électriques et aux fluides frigorigènes. Le reste concerne la pratique des matériels. Nous discutons régulièrement avec nos fournisseurs de machines pour comprendre comment eux-mêmes s'adaptent aux évolutions réglementaires et comment nous pouvons ensuite à notre tour nous y adapter. Plus largement, nos équipes se connectent au marché pour déceler les enjeux et les besoins afin d'adapter au mieux nos formations.

L'intelligence artificielle prend de plus en plus de place dans un nombre croissant de professions. Intégrez-vous ces outils à vos formations ?

A. G. : Les métiers du bâtiment sont irremplaçables à date. C'est une opportunité pour eux, après avoir été dévalorisés pendant des dizaines d'années, de rebondir en montrant qu'ils sont résilients et même résistants face à l'IA. Je pense qu'il s'agit d'un argument clé qui va faire venir à eux de plus en plus de gens dans les prochaines années.

"Les métiers du bâtiment sont irremplaçables à date."

À notre niveau, nous essayons d'abord de former de bons techniciens avant de les apprendre à bien utiliser des outils IA, par exemple pour les aider dans leur comptabilité et dans la simplification de leurs procédures administratives.

Le CVC a 10 ans de recrutements devant lui, on essaye par conséquent de faire réagir les entreprises le plus vite possible en leur faisant comprendre dès maintenant que le modèle historique de formation ne suffit plus et qu'il faut désormais rajouter une brique pour attirer d'autres profils. Plus tôt les acteurs anticiperont ces enjeux, moins ils en subiront les tensions, car former une génération prend par définition des années.


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