À l’École Gustave, le chauffage comme voie de reconversion
Pas de matières générales à l’École Gustave, un établissement de Saint-Denis où des demandeurs d’emploi se forment aux métiers du bâtiment : les élèves se concentrent sur l’acquisition des compétences techniques. Tous les quatre mois environ, deux classes de 25 personnes commencent une préparation opérationnelle à l’emploi individuelle, financée dans le cadre de France Travail.
Pour être définitivement admis, les candidats doivent cependant trouver une entreprise avec laquelle effectuer leur alternance. Lucien Pauvert les accompagne dans cette recherche. "C’est le cœur de ma mission : trouver la bonne maison", explique le chargé des relations entreprises.
Il contacte les employeurs, recueille leurs besoins et conseille les candidats dans leurs démarches : "Je peux aussi avoir des opportunités à leur proposer". Une mission qui s'avère parfois délicate : "J’ai des entreprises qui ont des exigences sur les candidats alors qu’elles n’arrivent pas à recruter".

À 41 ans, Constantin travaillait auparavant dans le jeu vidéo comme concepteur de scénarios. Titulaire d’un CAP Pâtisserie et passé également par la restauration, il s’est tourné finalement vers la plomberie. © Yousra Gouja pour XPair
Des reconversions motivées par l’emploi
Selon lui, "le critère numéro un de l’entreprise, c’est davantage le savoir-être que le savoir-faire". L’âge peut néanmoins devenir un obstacle. L’école accueille des profils très différents, de 18 à 60 ans, mais certaines entreprises privilégient les plus jeunes, dont la rémunération en alternance est moins élevée.
Constantin conserve "beaucoup d’inconnues sur l’après, surtout au regard de mon âge et du travail au black librement exprimé, et cet aspect ne me plaît pas particulièrement".
Mehdy Trabelsi, formateur en plomberie-chauffage, évoque ainsi des candidats de seulement 26 ans déjà considérés comme trop coûteux.
"J’ai vu une annonce sur le site de la mairie de Paris", raconte-t-il. Il apprécie la dimension concrète du métier, même s’il conserve "beaucoup d’inconnues sur l’après, surtout au regard de mon âge et du travail au black librement exprimé, et cet aspect ne me plaît pas particulièrement".

Mehdy Trabelsi s’est réorienté après avoir perdu son emploi dans la climatisation. Formateur indépendant depuis un an et demi, il apprécie la liberté pédagogique offerte par l’école. © Yousra Gouja pour XPair
"C’est un échange"
Erwann, 23 ans, venu se renseigner à l’École Gustave, possède une licence en gestion d’entreprise avec une spécialisation en analyse de marché. Il a découvert l’établissement sur les réseaux sociaux alors qu'il jugeait les mastères trop chers et leurs débouchés incertains : "Faire trois ans pour être au chômage et attendre encore un an pour trouver du travail, le calcul est vite fait".
De son côté, Mehdy Trabelsi s’est réorienté après avoir perdu son emploi dans la climatisation. Formateur indépendant depuis un an et demi, il apprécie la liberté pédagogique offerte par l’école. Pour lui, enseigner ne consiste pas seulement à transmettre un geste : "C’est un échange : nous, on leur transmet quelque chose et eux, nous transmettent leur vécu". Il tient donc compte des difficultés personnelles de chacun : "Je sais que si mon élève a un problème, il va mal travailler. Je parle donc aussi de la vie au quotidien."
À l’École Gustave, le parcours accéléré peut ainsi ouvrir rapidement la porte d’un métier en tension... a priori. Car une fois les bases acquises, tout se joue dans l’entreprise, qui décide du recrutement, avec ses propres critères. Une dernière étape que les étudiants ne comprennent souvent qu’à la sortie de l’établissement.

À l’École Gustave, le parcours accéléré peut ainsi ouvrir rapidement la porte d’un métier en tension... a priori. Car une fois les bases acquises, tout se joue dans l’entreprise, qui décide du recrutement, avec ses propres critères. © Yousra Gouja pour XPair
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