"Le besoin en softwares monte en puissance pour répondre aux enjeux énergétiques", Ronald Vrancken (Lacroix)

Par   Corentin PATRIGEON

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Publié le 6 mai 2026
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Ronald Vrancken, directeur général exécutif de Lacroix Environnement.
STRATÉGIE. Dans un contexte d'inflation énergétique, le fournisseur de solutions de télégestion des installations CVC ne connaît pas la crise. Son directeur général exécutif, Ronald Vrancken, insiste auprès d'XPair sur l'électrification du bâtiment et l'interopérabilité des protocoles de communication.

XPair : Comment se porte l'activité de Lacroix après une année 2025 compliquée et une année 2026 qui ne commence pas sous les meilleurs auspices ?

Ronald Vrancken : Par rapport à la température ambiante du business, nous nous portons très bien ! 2025 a été une année positive, avec une croissance à deux chiffres portée par le CVC mais aussi par la gestion de l'eau et les infrastructures électriques. La question est plutôt de cibler les bons sujets. La crise énergétique amène nos clients à optimiser et à rendre plus efficaces leurs réseaux en implémentant des systèmes intelligents à distance.

Nous sommes aussi des électroniciens, et donc tributaires de tout ce qui se passe sur le marché mondial de l'électronique, actuellement en plein bouleversement avec les usages de l'intelligence artificielle. Il y a des pénuries de composants avérés mais la force d'un groupe verticalisé comme le nôtre est de pouvoir produire et commercialiser nos propres équipements. Le fait de sourcer nos composants et donc de sécuriser nos approvisionnements nous permet d'être en croissance.

À rebours du CVC, le marché de la régulation et de la GTB se porte bien, précisément grâce au CVC...

R. V. : Je confirme que la régulation se porte également très bien, notamment du fait d'un grand nombre d'obligations légales, françaises et européennes, qui poussent en ce sens, comme le décret Bacs (Building automation and control systems). La demande en régulation s'accroît car il y a ce besoin d'optimiser les installations existantes de production de chaleur et de froid. Les acteurs ont aussi compris que cela leur permettait de réaliser des économies d'énergie, dont les prix sont particulièrement chers.

Il y a aussi un autre marché en pleine expansion, c'est celui des centres de données...

R. V : Les data centers existent déjà depuis quelques années. Différents types de solutions sont proposées sur ce marché d'envergure internationale, qui ne sont pas de notre main car nous sommes spécialisés dans les équipements de télégestion couvrant un ensemble de bâtiments, alors que les data centers sont plutôt des usines au sein desquelles se déploie tout un écosystème.

"Pour voir plus loin, il n'y a pas d'autre réponse que d'électrifier davantage car c'est la seule façon de maîtriser notre empreinte carbone et de devenir indépendants."

Le recours aux centres de données ne cesse d'augmenter à cause de l'IA et leur marché est donc en croissance. Les "hyperscalers", autrement dit les méga data centers, ont des positionnements spécifiques, comme ceux implantés dans les pays nordiques où le refroidissement naturel présente plus d'opportunités. Ce secteur a une problématique importante sur son empreinte carbone, et la régulation et les mécanismes de refroidissement peuvent contribuer à la réduire.

Sur les enjeux environnementaux, considérez-vous que la réglementation européenne est à la pointe de cette prise de conscience ou qu'elle prend au contraire du retard par rapport à d'autres régions du monde ?

R. V. : Chez Lacroix, la préservation de l'environnement est à la fois une philosophie de long terme et une stratégie d'entreprise. Nos centres de R&D développent des solutions de frugalité énergétique avec des critères d'éco-responsabilité. Par conséquent, nous croyons qu'il faut encore renforcer les obligations réglementaires en faveur de l'environnement car cela permet à l'Europe de se démarquer et de prendre une longueur d'avance sur le marché.

L'Europe ne dispose pas tellement de ressources naturelles et elle est dépendante de nombreuses autres régions du monde, c'est pourquoi elle doit se spécialiser sur ces sujets. À notre niveau, nous avons par exemple choisi de ne pas répondre à des appels d'offres qui ne sont pas bénéfiques à la transition écologique.

Considérez-vous que le plan d'électrification du bâtiment va dans le bon sens ?

R. V. : Le plan d'électrification est une évidence. L'Europe doit restreindre sa dépendance aux combustibles fossiles et renforcer sa résilience, il y a donc besoin d'aiguiller les consommateurs et les exploitants vers l'énergie électrique. Cela dit, je ne crois pas à une indépendance totale au gaz et au pétrole. Car la réindustrialisation de l'Europe est une autre évidence, et pour ce faire nous aurons besoin d'importer du gaz naturel pour l'industrie et ses processus.

Dans le domaine du CVC, il y a un équilibrage à faire puisque de nombreux bâtiments dépendent encore du gaz. Beaucoup de nos clients font face à ces choix, et le choix à court terme n'est pas forcément le plus logique et le plus simple à assumer. C'est pourquoi nous accompagnons nos clients dans leurs réflexions en leur proposant des solutions pour optimiser leurs installations, peu importe la source d'énergie.

"Il faut encore renforcer les obligations réglementaires en faveur de l'environnement car cela permet à l'Europe de se démarquer et de prendre une longueur d'avance sur le marché."

Pour voir plus loin, il n'y a toutefois pas d'autre réponse que d'électrifier davantage car c'est la seule façon de maîtriser notre empreinte carbone et de devenir indépendants. Les politiques doivent ensuite trouver le bon chemin pour embarquer tous les acteurs. Mais si la législation vous impose de choisir une énergie, cela crée justement un marché ! En l'occurrence, les chaudières à gaz sont remplacées par des PAC. Ce n'est pas forcément une mauvaise nouvelle.

Il est évident qu'il y a toujours une certaine inertie et que cette transition nécessite des investissements en formation, en équipements... Les entreprises doivent se poser la question de la transformation de leur business, mais elles ont la capacité de changer. Le besoin en softwares monte d'ailleurs en puissance pour répondre aux enjeux énergétiques.

Dans un environnement bâtimentaire toujours plus numérisé, les acteurs des Bacs appellent à une interopérabilité des protocoles de communication. Partagez-vous cet objectif ?

R. V. : Oui, Lacroix a choisi de s'ouvrir à l'interopérabilité dans un contexte où les professionnels doivent changer leurs manière d'agir. Nous avons ainsi élargi notre gamme au protocole BACnet (Building automation and control network), c'est le signe de notre confiance dans la croissance du marché. Notre plateforme LXConnect permet pour sa part de centraliser et de sécuriser la gestion des équipements connectés. Autrement dit, la croissance du secteur est telle que nous lançons de nouveaux produits interopérables et que nous démocratisons nos plateformes.

D'une manière générale, les débats sur la manière de transférer l'électricité sans perte énergétique et sans empreinte carbone alourdie, notamment via l'essor des installations en courant continu, prouvent que tout le monde cherche une énergie électrique capable de parcourir une longue distance et avec peu de déperdition. Le besoin est là : les acteurs cherchent à être toujours plus frugaux et plus performants.


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