Solaire : des développeurs s'insurgent contre l'annonce d'appels d'offres "neutres"
Annoncés début juillet par la ministre de l'Énergie Maud Bregeon, le calendrier et les modalités des appels d'offres (AO) de la Commission de régulation de l'énergie (CRE) s'étendant jusqu'à l'élection présidentielle de 2027 ne satisfont visiblement pas tous les acteurs du solaire photovoltaïque.
Deux AO dits "neutres" technologiquement, dans le sens où ils mettent en concurrence tous les projets de production d'énergies renouvelables, seront en effet lancés en octobre 2026 pour 500 mégawatts, et potentiellement en janvier 2027, pour un volume qui n'a pas été précisé.
"Ce calendrier prévisionnel des appels d'offres de la CRE revient à condamner à mort la filière du PV sur bâtiments, toitures et ombrières, en contradiction avec plusieurs années de politiques publiques nationales et avec les stratégies de transition énergétique priorisées dans les territoires", s'insurge un collectif de développeurs PV réunissant Apex Énergies, Green Yellow, Idex, Mexens, Sun'r, Telamon et CVE.
Un "moratoire de fait" sur le solaire sur bâtiment ?
Représentant plus de 2,5 gigawatts de capacités déjà installées ou en exploitation, et plusieurs autres GW de projets en développement ou visés à horizon 2030, ces entreprises dénoncent le décalage entre les objectifs que les pouvoirs publics ont eux-mêmes fixé et le principe même de ces AO "neutres".
"Non seulement les volumes appelés sont très en-dessous des engagements pris par le Gouvernement lors de la publication de la troisième Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE 3) en février 2026 et ne sont pas à la hauteur de l'enjeu qu'est la transition énergétique, mais la généralisation brutale des AO 'neutres' crée un moratoire de fait sur le solaire sur bâtiment qui ne dispose plus de voie de financement."
Une autre incohérence est pointée du doigt : la filière du PV bâtimentaire se retrouverait ainsi "fragilisée" alors que la loi APER (accélération de la production d'ENR) de 2023 oblige "de nombreuses entreprises à équiper leurs toitures et parkings en installations PV à l'horizon 2027", et que la loi Climat et résilience de 2021 "lutte contre l'artificialisation des sols".
Se conformer aux objectifs de la PPE 3
Or le chemin est encore long puisque, toujours selon ce collectif, "seulement 10 à 15 % des sites concernés par les obligations de solarisation de la loi APER seraient en conformité au 1er juillet 2026". Ce dernier craint enfin de potentielles répercussions sur l'emploi : la filière PV compte 45.000 salariés directs en France, dont une majorité "dans des activités aval caractéristiques des projets sur toitures (développement, installation et maintenance)".
La décision de l'État mettrait ainsi en péril "des milliers d'emplois", sachant que des plans de licenciements sont déjà engagés dans des entreprises de la filière, et que des projets de réindustrialisation "verte" sont en difficulté, comme en témoigne l'abandon de celui qui prévoyait l'implantation d'une giga-usine de panneaux solaires à Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône) porté par Carbon.
Les sept développeurs demandent par conséquent au Gouvernement de publier deux AO "bâtiment" de 300 mégawatts-crête d'ici au premier tour de la présidentielle, en avril prochain, comme le prévoit la PPE 3, et de sorte à "donner de la visibilité à une filière industrielle prête à investir pour la transition écologique et la souveraineté énergétique de notre pays".
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